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 "Bloody Rose"

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: "Bloody Rose"   Jeu 1 Sep - 18:08

Bloody Rose


Chapitre I


En cette année de 1950, une équipe de tournage avait envahi la petite ville de Thunder Mesa. L’ancienne cité minière, fondée du temps des pionniers, n’avait jamais connu pareille agitation et n’avait jamais vu tant de monde depuis la folie de la ruée vers l’or. Rien n’avait d’ailleurs vraiment changé, le temps semblait arrêté. Une ville hors du temps, mais point abandonnée. Derrière les façades traditionnelles, entretenues dans leur style old west, tout était propret et confortable. Tobias Norton IV, actuel propriétaire du general store Tobias Norton & sons, passait son temps à passer le plumeau sur les rayonnages couverts de boîtes de haricots, de bonbons, de bottes et de munitions. La scène du Lucky Nugget Saloon avait été le premier établissement de la ville à bénéficier de l’électricité, avant même le luxueux hôtel, le Silverspur Steakhouse, rendez-vous des éleveurs du comté. Lorsque la mine qui avait fait la richesse de la ville était encore en activité, nombreux étaient les prospecteurs à s’y rendre. La cité était florissante, elle accueillait en son sein de nombreux visiteurs. Elle cessa d’en recevoir peu à peu et se dépeupla. Pourtant, lorsque l’équipe de la 20th Century Fox était arrivée, elle avait trouvée une ville qui semblait encore aisée en dépit de la fermeture de la mine. Une mine étrange, découverte en un lieu encore plus étrange, creusée dans la roche de la montagne de Thunder Mesa, dominant la ville, se dressant vers le ciel de son imposante couleur ocre. Sa particularité était de paraître avoir jailli du sol sur une île, sur l’immense lac de Thunder Mesa. Il ne semblait, dès lors, n’y avoir qu’une seule activité, l’élevage du Critter Corral, mais celui-ci pouvait-il à lui seul faire vivre Thunder Mesa et son faible nombre d’habitants ? L’hôtel était toujours là, le saloon aussi, et aucun édifice ne tombait en ruine.

La ville, Thunder Mesa… La montagne, celle de Thunder Mesa… Toujours Thunder Mesa… Ce nom évoquait le tonnerre des légendes indiennes. On disait que lorsqu’il grondait sur la ville, quelque chose de terrible allait arriver, et qu’il en avait toujours été ainsi. Comme ce jour lointain, une bonne soixantaine d’années auparavant… Lors du mariage de Mélanie Ravenswood… Thunder Mesa, toujours Thunder Mesa ? Thunder Mesa était l’enveloppe charnelle, mais Ravenswood en était les entrailles. Ce nom dominait l’autre : Thunder Mesa, c’était Henry Ravenswood. Le propriétaire de la mine au siècle passé avait fait édifier la demeure la plus imposante de la ville : un manoir dressé sur un petit promontoire, à la sortie de la ville, orné de jolis jardins, d’une gloriette charmante. Lors des beaux jours, le vent emportait jusqu’au cœur de Thunder Mesa le doux parfum des roses. Jusqu’à une nuit d’orage… Où le vent n’emporta plus que le parfum des roses mortes…

Une étrange histoire était parvenue jusqu’aux oreilles du réalisateur Henry King. Celle de Mélanie Ravenswood. La fille du fameux Henry. Un récit mené tant bien que mal, sans style et doté d’une orthographe douteuse était arrivé sur le bureau du réalisateur sans qu’il sache jamais comment ni pourquoi. Il l’avait d’abord repoussé, puis était revenu à cette liasse de papiers informes toujours sans trop savoir pourquoi, comme attiré par un aimant. Il avait commencé à lire par curiosité, prenant cela pour l’œuvre de quelque illuminé se prenant pour un scénariste amateur. Puis, très vite, il ne put s’en défaire. Il appelait la liasse « le script » et l’emmenait partout pour la relire encore et encore. Cela contait l’histoire d’une mine, d’un manoir dans lequel une mariée errait à la recherche de son fiancé sans savoir que celui-ci avait été pendu au cours de la nuit dans le petit salon hexagonale. Dès le lendemain, Henry King n’avait plus qu’une idée : tourner le film ! En lisant encore une fois, il s’aperçut que le manoir existait réellement, s’étant aidé pour cela d’une carte de l’État. Il y avait bien une Thunder Mesa, dans la chaîne des Cascades. Il s’y rendit seul pour voir si le manoir existait lui aussi, et il le vit. Il n’y entra pas, ayant trop de hâte à retourner à Los Angeles. Il lui fallait l’appui d’un producteur.

Étrangement, les choses allèrent très vite. L’argent fut trouvé, le temps nécessaire aussi, et le scénario fut réécrit convenablement pour en faire une production de la Fox. On écrivit au maire de Thunder Mesa qui donna son accord pour recevoir toute l’équipe, à condition cependant qu’on n’entre jamais dans le manoir. Au pourquoi du chef décorateur, on rétorqua qu’il était trop dangereux et risqué de s’y aventurer. Il était vétuste, la ville n’avait pas encore pu le restaurer. Henry King décida alors que l’intérieur du manoir, extraordinairement bien décrit dans la liasse mystérieuse, serait reconstitué en studio, et que l’on ne tournerait que les scènes extérieures. Le futur film, qu’il convenait déjà d’appeler « Bloody Rose », était présenté comme un événement. Il enthousiasmait ceux qui en prenait connaissance et dès lors la Fox ne comptait plus : se serait grandiose ! Un grand drame romantique, une sublime partition en son Western Electric, le tout en technicolor pour les scènes extérieures, il fallait bien rendre justice à l’ocre triomphant de la montagne de Thunder Mesa, et pellicule en noir et blanc pour les scènes intérieures. Du jamais vu ! La distribution annonçait fièrement pas moins de cinq stars : Tyrone Power dans le rôle du fantôme car il y en faut un, Mélanie serait interprétée par Rita Hayworth que l’on changerait pour l’occasion en innocente mariée, Henry Fonda en majordome organiste, et, loués à la Warner comme Tyrone l’avait été à la MGM quelques années plus tôt, Ava Gardner en diseuse de bonne aventure et Clark Gable en fiancé de Mélanie…
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Jeu 1 Sep - 23:24

Chapitre II


Le Fuente del Oro, restaurante mejicano, offrait à sa clientèle une vue imprenable sur l’imposante montagne de Thunder Mesa pour qui affronterait le soleil implacable sur sa terrasse. Il s’agissait d’une ravissante cour en fer à cheval ornée d’une fontaine comme dans les beaux patios des haciendas. A la différence près que cette cour n’était pas fermée. Non un lieu clos servant autant d’ornementation que de rafraîchissement, sur le modèle des villæ romaines ou des palais mauresques, puisque la cour était largement ouverte en terrasse. L’une des tables était occupée par trois personnes, deux hommes et une femme. Le soleil était à son zénith, mais il n’était nul besoin d’être résistant sous le soleil d’une fin de mois de Janvier. Les nuits étaient mêmes glacées, la chaîne des Cascades plongeant sur la vallée de Thunder Mesa. Henry King avait tenu à tourner les scènes extérieures en hiver. Il ne voulait point que ce lieu old west semble prétexte à un décor de western classique avec ces rues poussiéreuses écrasées de soleil. Il tournait un drame romantique, et non « Jesse James », cette fois ! Filmer en technicolor ne signifiait pas se priver se teintes grisâtres au petit jour. Il hésitait entre brume et neige, mais voyant que le versant était scandaleusement dépourvu de blanc manteau, il avait opté pour la brume qui, elle, ne se faisait pas prier pour envahir la cité minière chaque soir et chaque matin, au risque de faire s’étrangler tout météorologue. Henry King aurait pu faire utiliser de la fausse neige, ayant imaginé des scènes romantiques dans les jardins du manoir au cours desquelles Rita, dans le rôle de Mélanie, laisserait échapper une rose d’entre ses doigts, mais la brume étrange qu’il découvrait ici lui avait donné d’autres idées.

C’était donc sous un beau soleil de fin Janvier 1950 que l’on put voir, sur la terras du Fuente del Oro, rien de moins que Tyrone Power, Clark Gable et Rita Hayworth. Cette dernière avait voulu profiter d’une longue pause au cours de laquelle on s’occupait de préparer la prochaine scène pour aller déguster des tapas, et ses deux chevaliers servants, son amant et celui qui voudrait l’être, l’avaient suivie. Ava Garden et Henry Fonda ne s’étaient pas joint à eux. Ils avaient suivis l’illustre inconnu qui incarnait Henry Ravenswood et la tout aussi inconnue qui jouait Martha, son épouse, jusqu’au Cowboy Cookout Barbecue où l équipe technique était logée. On y dégustait, aux dires de chacun, un délicieux poulet. Cela avait bien fait envie à Tyrone, qui adorait plus que tout le poulet, mais le poulet préparé simplement, et cependant il avait accompagné Rita. Sa maîtresse ne lui aurait pas pardonné cet abandon. Elle aurait cru qu’il suivait plus volontiers Ava que le poulet et elle aurait fait une scène. Elle ne tolérait qu’une autre femme dans la vie de Tyrone, son épouse Rosetta.

Après une discussion somme toute banale sur les nachos qu’ils venaient de manger en apéritif, un silence de quelques minutes s’était fait. Clark le rompit le premier.
- Cela me désole de ne pas voir le manoir depuis cette terrasse.
- On ne voit le manoir d’aucune terrasse, corrigea Tyrone.
C’était la vérité. Le saloon avait une salle magnifique mais intérieure, de même que celle du Silverspur steakhouse, l’hôtel où logeaient les cinq stars, le réalisateur et les premiers assistants. Rita considérait ses mains habituées aux ongles longs et effilés, laqués de rouge. Henry King l’avait obligée à tout limer pour incarner Mélanie.
- Clark… Tu tiens tant que cela à manger devant cette bicoque ?
Son soupirant moustachu incompris en avait à peine fini que c’était maintenant le tour de Tyrone d’exprimer ses doléances. Cela concernait la distribution des rôles qu’il trouvait étrange.
- Je crois que si cela n’avait pas été Henry, si cela n’avait pas été toi, Rita, et si je n’avais pas ce contrat qui me lie à la Fox avec ces paraphes écrits en tout petit qu’on lie à peine en signant, je ne serais peut-être pas là, mais je n’ai pas vraiment eu le choix.
Il se tut et se pencha galamment pour allumer la cigarette de Rita. Il venait d’écraser la sienne dans un cendrier et en prenait déjà une autre. Clark fit de même et, bientôt, la jolie terrasse à la fontaine ornée d’animaux de pierre vit évoluer dans son ciel des volutes de fumées comme un Indien assis avec son calumet.
- Enfin, voilà !
Rita jeta sensuellement la tête en arrière et souffla un peu de fumée.
- Mais… « voilà » ? Enfin, tu n’es pas content de faire le fantôme parce que tu préfères être le fiancé de l’héroïne, mais moi non plus je ne suis pas satisfaite ! Pas pour Mélanie, même si honnêtement j’aurais plutôt vu Linda Darnell pour faire la jouvencelle, mais parce que je ne vois pas pourquoi j’ai Clark pour être mon fiancé ! Euh, Clark, ne le prend pas mal, surtout, n’est-ce pas ?
L’intéressé préféra ne pas répondre. Question d’habitude. Tout autre personne, il l’aurait giflée à force, mais pas Rita.
- Parce que dans le script le fiancé a une moustache, répondit tranquillement Tyrone en jouant négligemment avec la fumée de sa cigarette.
- Tu as déjà eu la moustache dans des films !
- Oui, mais Henry ne veut pas de postiche, tu le sais bien. Tu te souviens de « Jesse James » ? Parfait, mais et la moustache de mandarin que j’ai du porter pendant des mois pour « Le Cygne noir » ? Mon ex-femme se moquait. Alors quand j’ai su que Henry cherchait une affiche prestigieuse avec cinq stars, je lui ai soufflé un nom de moustachu authentique. Imagine comme il était content ! J’ai allumé beaucoup de cierges pour que la Warner accepte de nous louer Clarky !
L’intéressé faisait toujours mine de ne pas entendre. Il jouait le fiancé de Rita, c’était ce qui lui avait plu dans le script, même si l’avenir de son personnage était de finir pendu à la veille de son mariage. Il les entendit ensuite parler du rôle du fantôme et prit enfin la parole.
- Nous avons une scène où Rita et moi faisons un pique-nique. La nappe finit envahie par des insectes en signe de mauvais présage. Il va falloir attendre le printemps si nous voulons la tourner ici.
- J’en ai parlé à Henry, coupa Rita. Il a dit que cela ne serait pas nécessaire puisque le script mentionne un tableau, dans le salon hexagonal, qui représente ce pique-nique. Il suffira que nous prenions la pose tous les deux, aux studios. Du même coup, on évitera aussi le lâcher d’insectes, ajouta-t-elle en faisant une moue dégoûtée.
Les trois acteurs se mirent à rire. Clark allait dire quelque chose lorsque l’un des employés du Silverspur Steackhouse apparut, essoufflé.
- Monsieur Power… on vous demande au téléphone ! Votre femme !
Laissant là Clark et Rita, Tyrone se précipita vers l’hôtel…
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Baptist
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 2 Sep - 14:30

thumleft bounce Génial, avec plein de pasage de description ! J'adore ! Mr. Green

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 2 Sep - 17:44

Merci beaucoup, Phantom Manor Fan !! cheers


Chapitre III


En entrant dans la petite cabine téléphonique du Silverspur Steakhouse, un miracle de raffinement avec son box tout en bois ouvragé, Tyrone crut un instant qu’on se moquait de lui. Il n’y avait personne pour faire patienter l’interlocuteur. On avait tout simplement raccroché ! Fronçant les sourcils et passant une main nerveuse dans se cheveux, persuadé que c’était Rosetta qui avait appelé, il se dirigea vers le bar. Un dialogue de sourd s’engagea.
- Pourquoi avez-vous raccroché ? demanda-t-il au barman.
- Moi, Monsieur ?
- Oui, vous ! L’homme qui est venu me prévenir d’un appel m’a dit que vous aviez décroché.
- Mais le téléphone n’a pas pu sonner, il est en dérangement depuis ce matin !
- Qu’est-ce que vous racontez là ?
Tyrone commençait sérieusement à s’agacer. L’un des deux employés lui faisait une farce. Marmonnant qu’il perdait son temps, il s’apprêtait à rejoindre Clark et Rita, agacé mais désireux de ne pas faire d’esclandre, quand soudain le téléphone sonna. Il tapa sur le bar du plat de la main.
- Et ça ? C’est la sirène d’un bateau à vapeur peut-être ?
Sans attendre la réaction du barman, Tyrone alla décrocher. Il ne put s’empêcher de montrer sa soudaine mauvaise humeur.
- Allô !!!!
A l’autre bout du fil, Rosetta sursauta légèrement. Elle ne s’attendait pas à cet accueil. Son mari semblait contrarié. Sans doute était-il fatigué et nerveux. Il y avait de quoi l’être, entre la pression du tournage, la présence de Rita qu’il ne pouvait se résoudre à quitter malgré les promesses d’amour adressées à son épouse, et l’absence de sa famille. Ce dernier point serait bientôt oublié. Rosetta était en route pour le rejoindre avec leurs enfants. Confus, Tyrone marmonnant une espèce d’excuse en comprenant la surprise de sa femme devant son agacement. Il était heureux d’entendre la douceur de sa voix.
- Pardon, Rosie Chérie, mais j’ai cru te manquer. On avait raccroché avant que j’arrive, c’est incroyable ! … Comment, que dis-tu ? … Mais si, à l’instant ! On est venu me chercher. J’ai cru qu’on te faisait patienter, mais non ! Et… Mais…
L’acteur fronça à nouveau les sourcils. Rosetta prétendait que c’était là son premier appel depuis qu’elle avait quitté Los Angeles quelques heures auparavant. Il se souvenait de celui-ci. Il n’y comprenait rien. Ecoutant distraitement Rosetta lui parler du voyage, il eut soudain l’attention attirée vers une pancarte tombée à terre. Tenant le combiné d’une main, il se baissa et tendit l’autre pour la ramasser. Debout à nouveau, il s’amusait à la faire tourner entre sa main libre quand son mouvement se figea. Il y avait écrit « Out of order ». C’était la pancarte pour signaler que le téléphone était en dérangement...

A la terrasse du Fuente del oro, Clark était dans la plus embarrassante des situations : affronter une crise de jalousie de Rita sans en être l’objet. Cela n’était pas la première fois et cela ne serait sûrement pas la dernière, soupira-t-il. Si seulement sa seule compagnie lui suffisait… Mais non, c’était Tyrone, Tyrone, Tyrone, Tyrone ! Elle avait dit un jour que si son amant lui avait fait une demande en mariage elle l’aurait refusée, mais devenait enragée lorsque Rosetta rejoignait son mari sur les plateaux. Cela n’arrivait pourtant que peu souvent. Lorsque Tyrone tournait en studios, à Los Angeles, la jeune femme restait dans leur demeure de Brentwood et personne ne la voyait. Mais lorsque les équipes se déplaçaient pour plusieurs semaines, voir plusieurs mois, Tyrone lui demandait de l’accompagner avec les enfants ou de la rejoindre en cours de tournage.
- C’est elle, je suis sûre que c’est elle ! J’ai entendu Ty dire à Henry qu’elle allait arriver après-demain. Il fait semblant aujourd’hui, mais tu vas voir que demain il va être impatient tout le temps et qu’il ne pourra pas se concentrer sur son texte ! ET en plus elle va arriver avec ses enfants !
Le cendrier eut la mauvaise fortune de croiser le regard de Rita. Elle s’en empara et le jeta au loin. Voyant qu’il ne se brisait pas, ayant rebondi sur le chemin de terre qui bordait la terrasse, sa mauvaise humeur s’en trouva accrue.
- Et toi, tu ne dis rien ?!
Elle pointait un doigt accusateur sur Clark qui attendait plutôt qu’elle se calme toute seule. Mauvaise stratégie, cette fois. Elle planta ses ongles sur le dos de la main de son ami pour le faire réagir. Même limés, elle réussit à lui faire mal. Clark bondit de sa chaise en pestant et en secouant sa main. Mais cela eut l’effet escompté.
- Écoute, Rita, tu vas te calmer, maintenant…
Il employé un ton ferme mais sans élever la voix pour ne pas attirer l’attention. Voyant que lui tenir tête était efficace, il se radoucit.
- Rosetta va arriver, mais cela, tu le savais déjà. Et puis… Elle va peut-être se perdre en route, qui sait ? Ou bien la ville ne lui plaira pas et elle rentrera ?
Rita se mit alors à rire. Clark savait l’amuser mais aussi la rassurer. Elle imaginait Mrs Power retourner vite chez elle après avoir vu le manoir vermoulu des fenêtres de sa chambre. Voilà qui la mis de bonne humeur…

Tyrone allait devoir patienter un jour de plus avant de serrer dans ses bras sa petite rose et leurs fils. La voiture était tombée en panne et ne serait pas arrangée avant le lendemain. Par chance, c’était arrivé en traversant une petite ville. Cela aurait pu être bien plus ennuyeux. Il attendrait donc… Il était temps maintenant de rejoindre les autres. Le tournage allait reprendre. En passant devant le bar, il agita sous le nez de l’employé la pancarte « Out of order ».
- Elle ne tient pas bien, elle était tombée. Et votre téléphone est miraculeusement réparé : croyez-moi, il fonctionne très bien !
Il allait partir, lorsqu’il se souvint de l’homme qui était venu le chercher au Fuente del Oro.
- Ooh, et… Dites à Bill que je comprends la plaisanterie !
- Bill ? s’étonna le barman.
- Oui, votre employé, l’homme qui est venu me chercher. Personne n’avait appelé comme vous l’aviez si bien dit. Par contre vous avez là quelqu’un avec des dons de voyance ! Je ne me suis pas déplacé pour rien au moins ! Il a sans doute voulu me faire une farce, mais il a peut-être aussi senti que le téléphone allait sonner pour moi, qui sait ?
Éclatant de rire, Tyrone tourna les talons. Avant d’avoir franchit la porte, il entendit le barman dire d’une voix blanche :
- Nous n’avons aucun employé qui s’appelle Bill…
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Pumpkin Man
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 2 Sep - 17:50

cheers bravissimo wonderbard beautiful cheers tu viens decrire mon style de roman prefere sur mon sujet prefere et tu vas devenir mon membre prefere lol!
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 2 Sep - 21:17

Je ne sais plus où me mettre. ** Rougit trèèèèèèèèèèès fort ** Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed

Merci beaucoup ! flower
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Williams
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 3 Sep - 10:41

GENNNIAALLL !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! je vais l'imprimer pour pouvoir le garder et le lire tranquillement !!!!!!!!!!!!!!!!!! une autre une autre !!

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Une question ? Un problème ? N'hésitez pas à me contacter !
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 3 Sep - 11:46

Oooooooooooooh... Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed Pourvu que les chapitres suivants soient à la hauteur...

Merci Williams ! Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 9 Sep - 17:40

Chapitre IV


Rosetta reposa le combiné et fit un signe de tête pour remercier une fois de plus le garagiste des Main Street Motors qui lui avait permis d’utiliser le téléphone dans l’arrière-boutique, derrière l’atelier, pour prévenir son mari. Elle alla ensuite rejoindre les cinq personnes qui l’accompagnaient et qui attendaient dans l’atelier, près de l’automobile immobilisée. Elle alla d’un visage à l’autre. Norbert, le chauffeur, qui tiraillait sa casquette entre ses mains, agacé par l’incident. Helen, la nounou des Powers et l’amie de Rosetta. Les enfants qu’elle faisait patienter le temps que leur mère téléphone : Thomas, sept ans, Tyrone IV, un an et demi et Dallas Power, quelques mois. Ce dernier dormait paisiblement dans les bras de Helen, nullement dérangé par le babillage et les exclamations des aînés, ni même par la panne de voiture qui les avait tous conduit dans le garage d’une petite ville qu’ils ne connaissaient pas.

Ils étaient partis gaiement de leur demeure de Saltair, 407 Rockingham drive, Brentwood, à Los Angeles. Cela faisait une semaine que Rosetta attendait de pouvoir rejoindre son mari sur le lieu de tournage et, lorsqu’il le lui avait permis, elle avait poussé autant de cris de joie que ses enfants à l’idée de retrouver bientôt leur père. Les bagages avaient été rapidement faits. La maîtresse de maison, pas plus que Helen, n’ayant appris à conduire, Norbert avait donc été tout naturellement chargé de les emmener à Thunder Mesa dans l’une des belles voitures de son patron. La route avait été agréable. Tous étaient contents de se rendre aux pieds de la chaîne des Cascades, nonobstant le but de leur venue, rejoindre Tyrone. Et puis, soudain, la panne. Par bonheur, cela s’était produit comme Norbert les faisait entrer dans une petite ville aux allures coquettes, ayant conservé le charme du début du siècle. Rosetta préférait ne pas imaginer les ennuis que cela leur aurait causés si cela était arrivé au milieu de nulle part. La voiture avait presque attendu d’être devant la porte des Main Street Motors pour s’immobiliser et refuser d’avancer. Il avait fallu appeler le garagiste, un moustachu bourru qui avait, pensait Rosetta, des faux airs de Clark. Au premier regard, il apprit à Norbert que ce n’était pas grand-chose et que le véhicule serait prêt dans quelques heures, ne pouvant pas s’en occuper tout de suite. La ville était, en effet, en effervescence car on célébrait une fête locale. Il avait la voiture du maire à vérifier. Rosetta n’osa pas insister. Elle avait donc demandé à téléphoner pour prévenir son mari.

Il fallait donc attendre, et dans quelques heures, trois ou quatre environs avait dit le Clark garagiste, on pourrait reprendre la route. Tous les cinq marchaient à présent sur la place où la panne s’était produite. Ils se dirigèrent vers la petite gare sur leur gauche, laissant derrière eux les Main Street Motors. Ceux-ci présentaient une architecture qui n’était pas s’en rappeler la gare de Copenhague avec ses tourelles, son gothisme romantique de la fin du XIXème siècle.
- Je ne comprends pas ce qui s’est passé, Madame ! s’exclama soudain Norbert. J’ai vérifié la voiture avant de partir, il y avait assez d’essence et tout était en très bon état ! Et maintenant il faut une réparation !
Rosetta n’en doutait pas. Leur chauffeur était un homme très consciencieux. Voyant que tout cela le rendait nerveux, elle essaya de prendre les choses du bon côté, bien que cet arrêt forcé la contrarie elle aussi.
- Pourquoi ne pas en profiter pour nous reposer un peu ? suggéra-t-elle. Nous arriverons avant la nuit, c’est ce que vous disiez tout à l’heure en consultant la carte. En tout cas… les enfants avaient justement besoin de marcher !
Helen approuva. Autant faire contre mauvaise fortune bon cœur !
- Pourquoi n’irions-nous pas nous promener un peu ? poursuivit Rosetta. Je trouve cette ville très jolie !
L’idée fut retenue.

La ville était pavoisée de rouge et de bleu aux couleurs de la bannière étoilée, et aux couleurs de la Californie : blanc, rouge, et l’ours du Golden State. Les toits, les balustrades, les façades des magasins et des maisons, tous portaient ces différents emblèmes. Dans un kiosque, face au City Hall, une fanfare en était aux dernières répétitions : le « Stars & stripes forever » de John Philip Sousa faisait écho aux brass bands qui animaient les rues avoisinantes. Alors que beaucoup s’affairait, une pluie de mélodies, marches et ragtimes, se faisaient entendre. Rosetta vit des journalistes devant le City Hall. Les bureaux de la Main Street Gazette étaient juste en face du bel édifice et les photographes étaient déjà de sortie. Instinctivement, la jeune femme se dirigea dans une tout autre direction. Elle redoutait la presse depuis que Life Magazine avait annoncé les fiançailles de Tyrone avec la petite marchande de fleurs qu’elle avait été. On ne l’avait guère ménagée, on lui reprochait de ne pas avoir l’allure d’une Rita Hayworth. Elle était gauche et timide et on s’en moquait. Les jeunes mariés avaient ensuite été harcelés pendant leur voyage de noce, tant par la presse que par des émeutes de femmes au point de devoir faire appel à un garde du corps. Enfin, lorsqu’elle avait su que Rita était la maîtresse de son mari, elle eut préféré que cela reste entre eux trois et que la presse ne s’en mêle pas. Rosetta se dirigea donc vers une rue bordée de boutiques, bien que personne ne la reconnaisse tant elle était discrète. Elle accompagnait Tyrone aux premières et aux galas. Elle était parfois photographiée dans d’autres occasions, notamment lorsqu’elle était enceinte, lorsque ses enfants étaient nés, mais sans Tyrone personne ne la connaissait.

Tandis que Norbert préférait retourner au garage pour surveiller et ne pas laisser la voiture que le patron lui avait confiée, Helen, Rosetta et les enfants poursuivaient la promenade. De part et d’autre de Main Street, deux galeries latérales avaient été aménagées derrière les magasins. Rosetta avait pris le petit Dallas dans ses bras et Thomas lui donnait la main. Tyrone IV trottinait près de Helen, agrippé à son manteau, refusant d’être porté pour montrer qu’il était grand ; il désigna soudain l’une des arcades en poussant un cri, un large sourire sur son adorable frimousse. Ils empruntèrent donc Discovery Arcade. Les deux jeunes femmes s’arrêtèrent un instant devant de très belles affiches sur lesquelles le concepteur imaginait Los Angeles ainsi que les principales villes du pays à la fin du siècle. Soudain, Tyrone IV attira leur attention en poussant de petits cris joyeux et en tirant sur leur manteau. Il venait de voir une vitrine de jouets au milieu de laquelle trônait Mickey, la souris la plus célèbre d’Amérique. Rosetta aimait beaucoup le travail de Mr Disney. Elle se souvenait toujours avec émotion de l’année de ses 17 ans, lorsqu’elle avait vu dans un petit cinéma « Blanche-Neige et les sept nains ». La Princesse du conte de Grimm immortalisée par Walt Disney était devenue son héroïne préférée. Une fois au bout de l’arcade, les enfants eurent faim. Rosetta poussa donc la porte d’un très joli glacier, le Gibson girl ice cream parlour. Tout y était blanc et rose et rappelait les salons de thé du vieux continent. La célèbre Gibson girl, reconnue comme la toute première pin up, avait son effigie dans l’établissement qui avait choisi de porter son nom. Helen et Rosetta dégustèrent des gaufres accompagnées de thé tandis que Thomas se régalait avec une glace. Les plus petits ne pouvaient pas encore en manger. Par la suite, Rosetta consentit à entrer dans une confiserie, le Boardwalk candy palace, Petit Tom ayant encore assez faim pour manger quelques bonbons...
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 9 Sep - 23:53

super frachement pour tou tavouer les mots me manque et puis cette idee dinserer main street usa ca depasse toutes mes previsions pour la suite cest encore que je limaginais on devrait ladapter au cinema ....... albino
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 10 Sep - 2:56

Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed Je suis vraiment très touchée... J'aime bien faire le lien entre Main Street et PM parce que quand on est sur la première place on peut voir PM de profil ce qui fait un étonnant contraste avec les couleurs pastels et douces de Main Street. Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 13 Sep - 23:01

et sa fait plusieurs anees que tu ecris ca ou ca ta pris dun coup un lond dimanche apres midi ...... Very Happy
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 14 Sep - 14:18

J'ai eu l'idée de "Bloody Rose" fin Juillet. Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Jeu 15 Sep - 20:49

et en mois tu nous a pondu un chef doeuvre , un leonard de vinci


chapeau bas et a quand la suite si suite il ya ta nouvelle dure combien de temps???
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Jeu 15 Sep - 23:27

Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed C'est une fiction toute simple Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed En plus elle pourrait être bien plus avancée, mais j'ai été paresseuse cet été, je ne l'ai commencé que le 31 Août alors que j'avais tout le temps du monde avant pour m'y consacrer, lol ! Enfin sinon j'écris quand j'ai un moment de libre, que je partage aussi avec d'autres choses que j'écris. Pour le moment, j'ai encore 11 chapitres de prévu avec le résumé de fait, et l'histoire n'est pas terminée, donc elle sera longue. J'ai adopté cette fois beaucoup de chapitres au lieu de peu très longs. Je préfère. Ca fait plus feuilleton. En tout cas, c'est certain qu'il y a une suite : on n'est pas encore entré dans le manoir. Wink
Merci pour tous tes compliments et tes encouragements ! Wink flower
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 16 Sep - 23:59

Chapitre V


Des pluies torrentielles s’étaient abattues en l’espace de quelques minutes sur Thunder Mesa, obligeant l’équipe de tournage à remettre à plus tard la scène prévue. Cela avait été étonnant. Chacun s’était laissé surprendre par ce brusque et violent changement de temps. On eut dit que l’on était un autre jour. La terrasse ensoleillée du Fuente del Oro était à présent inondée. Des trombes d’eau l’avaient envahis et le clapotement de gouttes particulièrement grosses, poussées par un vent violent, formait un inquiétant paysage musical. Le ciel s’était assombri très vite alors que Clark jouait, vêtu d’un costume de cow boy, la scène en question, avec pour toile de fond vivante la majestueuse montagne ocre. Il donnait la réplique au personnage de Henry Ravenswood. Tous deux étaient censés se rendre dans la mine sous l’œil déjà inquiétant et lourd de menace de celui que le script nommait sobrement « le fantôme », interprété par Tyrone. Ce dernier avait là un rôle muet, il devait seulement être filmé de dos, enveloppé dans une magnifique cape de couleur parme, telle que l’on en voyait à la fin du XIXème siècle chez les élégants. Drapé dans ce qu’il convenait de décrire comme porté à ravir, il était une ombre, une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la vie des deux personnages qui ne se rendaient pas compte de sa présence. Près de Henry King, Rita, Henry Fonda et Ava étaient spectateurs. Ils n’apparaissaient pas dans cette scène mais tenaient à assister au tournage. A la fois pour soutenir leurs amis, mais aussi pour mieux comprendre les motivations des personnages auxquels ils devraient, dans un autre moment, faire face. Ce fut Ava qui la première remarqua que quelque chose n’allait pas. La montagne, inondée de soleil, avait perdu de ses couleurs. Le réalisateur, bien trop pris par la scène, suspendu aux lèvres de ses vedettes, satisfaits de leur travail, ne s’en était pas encore aperçu. Du moins, cela n’était pas conscient. Il trouvait tout à coup que cela faisait très joli que de voir le ciel s’assombrir de la sorte. On eut dit que cela était exprès, car les nuages s’amoncelaient alors que le fantôme approchait de la mine. Au moment même où Ava faisait remarquer « Vous ne trouvez pas qu’il fait sombre, tout à coup ? », le directeur de la photographie alertait le cinéaste. La pluie avait alors commencé à tomber, et en quelques minutes toute l’équipe, paniquée, du se mettre à l’abri, partant en courant, protégeant le matériel, caméras et projecteurs. On était aussi près du Cowboy Cookout Barbecue que du Silverspur Steakhouse, de sorte que chacun alla vers l’endroit où il logeait. Ils y parvinrent de justesse, au moment où une véritable tempête faisait rage.

Allongé sur son lit, les bras croisés derrière la tête, Tyrone levait sur le plafond de sa chambre d’hôtel des yeux perdus dans le vague. Rosetta arriverait demain. Elle lui avait expliqué que cela était du à une panne, mais à y bien réfléchir cela le surprenait. Il avait TOUJOURS été question que Rosetta n’arrive que le surlendemain ! Un autre fait étrange lui revenait en mémoire. Il se souvenait maintenant que Bill, le fameux employé mystère qui soit disant n’existait pas aux dires du barman, lui avait dit que sa femme attendait au bout du fil. Pourtant, Tyrone était persuadé de s’être demandé, en arrivant au Silverspur Steakhouse, qui l’appelait. Il avait eu le sentiment de se douter qu’il s’agissait de Rosetta, mais non la certitude. « Je suis fatigué, ce doit être à cause du tournage », se dit-il. Étrangement, il n’aimait pas la cape parme que le chef costumier avait dessinée pour son rôle. Il était bien content de ne pas la porter avant le lendemain. Pour l’heure, il était en costume de ville ; en chemise, mais avec la cravate. Les autres acteurs étaient allés souper ensemble dans la très belle salle de restaurant de l’hôtel, mais il avait fait dire par Henry Fonda qu’il ne se joindrait pas à eux. Peu importe ce que penserait Rita, il désirait être seul et pensif, seulement distrait par le bruit incessant de la pluie et du vent. Il appelait son ami « Henry III » depuis le début du tournage. Il y avait « Henry I », alias Mr Ravenswood, le personnage du film. « Henry II », le réalisateur Henry King. Et enfin son ami et ancien amant de Rita. Tyrone avait tout de même faim. Il fit appel au room service pour qu’on lui monte un steak. Lorsqu’il attendait frapper à la porte, il crut que c’était cela, mais on venait lui dire qu’il était attendu au téléphone. Prenant son veston sur le bras, il descendit aussitôt. Cette fois, le combiné était bien décroché et son interlocuteur attendait patiemment à l’autre bout du fil.

C’était Rosetta. Elle appelait d’une cabine téléphonique de style victorien, dans la seconde galerie latérale de Main Street, appelée Liberty Arcade en hommage à Lady Liberty, la dame au flambeau annonçant l‘arrivée sur le nouveau continent depuis 1886. Elle s’y était promenée avec Helen et les enfants en sortant de la confiserie. Tyrone IV montrait les différentes représentations, gravures, peintures et photographies de la Statue de la Liberté en poussant de petits cris admiratifs, si bien que Rosetta avait eu une idée : elle s’était soudain mise toute droite, un genou fléchi et le pieds en arrière, une main tendue vers le ciel tenant le biberon du petit Dallas tel un flambeau. Tyrone IV avait éclaté de rire. La jeune femme était à présent seule. Elle avait une mauvaise nouvelle. Le garagiste des Main Street Motors avait dit à Norbert que l’automobile ne serait pas prête avant le lendemain. Il avait donc fallu trouver un endroit où passer la nuit. Il fallait trois chambres : une pour Norbert, une autre pour Helen, et une pour les deux petits et elle. Elle n’en trouva que deux et partageait donc avec Helen. Les hôtels étaient tous complets en raison de la fête locale que célébrait la petite ville. Ils avaient eu de la chance de trouver une pension de famille, derrière Liberty Arcade, affichant encore « Rooms to let ». Les deux dernières. Au Silverspur Steakhouse, Tyrone regardait distraitement, d’un air absent, la fenêtre voisine du box téléphonique tandis que son épouse lui parlait. Il entendait au loin dans le combiné une mélodie étouffée mais dont il reconnu quelques notes de l’ « American Salute » de Morton Gould. Rosetta avait dit que la petite ville où elle se trouvait était en fête. Portée par un vent au souffle toujours plus fort, la pluie venait violemment heurter les carreaux. Il faisait très sombre et l’on ne distinguait rien au dehors. Plissant les yeux et fronçant soudain les sourcils comme lorsqu’il avait trouvé le panneau « out of order », Tyrone crut voir tout à coup une forme blanche passer au dehors. Qui était donc assez fou pour sortir par un temps pareil ? Il avait sans doute eu une hallucination, cela n’était pas possible. Après avoir conclu sur quelques mots tendres et un baiser, il raccrocha. L’acteur se dirigea vers l’escalier menant à sa chambre, espérant que son steak l’attendrait et qu’il soit encore chaud. Il aperçut ses amis dans la salle de restaurant, sous des volutes de fumée et poursuivit son chemin. Soudain, il s’arrêta après la quatrième marche, la main figée sur la rampe ouvragée du très bel escalier ancien. Rosetta… Elle lui annonçait que la voiture ne serait réparée que le lendemain… Mais… C’était bien ce qu’elle lui avait dit lors de son premier appel ? Il n’y comprenait plus rien ! Surlendemain, lendemain, il était perdu. « Y a –t-il maintenant un décalage horaire en Californie ? » Il reprit son ascension et se jeta à nouveau sur le lit, laissant au passage le veston sur un fauteuil. Il l’avait gardé sur le bras de tout ce temps. Il recommença à fixer le plafond alors que les carreaux de la fenêtre, donnant côté lac, non loin de la butte du manoir, continuaient encore et toujours de se couvrir de pluie…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 17 Sep - 19:38

toujous aussi captivant bonne continuation........ Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 17 Sep - 21:26

Merci à toi ! Je vais d'ailleurs écrire la suite. Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Dim 18 Sep - 2:16

Et d'ailleurs... Voici la suite ! Mr. Green


Chapitre VI


Un beau soleil filtrait à travers les persiennes, éveillant doucement Rosetta. Elle se retourna plusieurs fois entre les draps, s’étirant et gémissant, avant de se lever enfin. Elle s’étonna d’ailleurs de pouvoir autant remuer, mais elle comprit en voyant que Helen, Thomas et Tyrone IV avaient quitté la chambre. Elle était seule, en compagnie de Dallas qui dormait dans son petit lit de bébé. La nuit n’avait pas été de tout repos mais la fatigue avait été la plus forte et les deux jeunes femmes avaient fini par s’endormir en dépit de la promiscuité, mais surtout des fanfares qui avaient joué jusqu’à une heure tardive. Les chambres donnaient sur la City Hall Square et la musique était jouée juste sous les fenêtres. La dame qui dirigeait la pension avait demandé à Rosetta pourquoi n’allait-elle assister aux festivités, mais la jeune femme ne le voulait pas. Elle désirait se reposer, rester en compagnie de ses enfants et ne pas croiser les objectifs des photographes. La dame avait alors été compréhensive en lui promettant sa discrétion : elle avait bien compris en entendant cette dame qui signait le registre « Mrs R. Power » appeler son fils Tyrone ! Rosetta s’était donc immédiatement retirée dans la chambre qu’elle devait partager avec Helen et les enfants. Une fois Dallas installé dans son petit lit, il avait fallu faire du mieux que l’on pouvait pour occuper les lits jumeaux. L’un avait été donné à Thomas et Tyrone IV tandis que les deux jeunes femmes se serraient sur l’autre. Elles étendirent les manteaux des deux côtés du lit des enfants afin que soit amortie une chute éventuelle. Par bonheur, l‘un comme l’autre n’était pas très haut, mais il fallait prendre toutes les précautions.

Il avait été, dans un premier temps, impossible de dormir. Les fanfares ! Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, fatiguées, Rosetta et Helen finirent par se lever et ouvrirent les fenêtres pour regarder le feu d’artifice que l’on tira aux douze coups de minuit. Si les photographes avaient pensé à lever les yeux sur la pension de famille, d’où le panneau « Rooms to let » avait été retiré, ils eussent vu Mrs Tyrone Power en déshabillé, plusieurs châles enroulés sur sa chemise de nuit en raison du froid de Janvier, les cheveux nattés. Une fois le feu d’artifice terminé, la jeune femme crut qu’un repos bien mérité les attendait. Dallas dormait déjà comme un bienheureux, ainsi que ses grands frères que les pétarades n’avaient même pas dérangés. Mais cela n’était pas fini ! Virent un bal populaire accompagné de chansons habituellement interprétées par les Andrews Sisters. Lors d’une soirée de gala, Tyrone avait repris l’une d’entre elles, « Chattanooga choo choo » et l’acteur avait eu beaucoup de succès parmi l’audience. En attendant, sur la City Hall Square, « Sabre dance » adaptée de l’opus éponyme de Khatchaturian, Rosetta sourit malgré son ennui à ne pouvoir dormir tranquille. Avec Tchaikovski, c’était là le compositeur préféré de son mari. Vint ensuite « Rhum and Coca-Cola », puis d’autres encore, ainsi que des chansons que l’on connaissait sous la voix du crooner Bing Crosby. Enfin, elles s’étaient endormies. Rosetta se réveilla à deux reprises lorsque Dallas se mit à pleurer. Elle arpenta la chambre en le berçant, tandis que les lumières s’étaient éteintes partout sur la place. Helen lui avait dit à voix basse de la laisser faire, c’était son rôle de nounou, mais Rosetta lui répondit qu’elle pouvait se rendormir, qu’elle s’en occupait. Les volets avaient été refermés, mais point les tentures, de sorte que le soleil put aisément filtrer à travers les persiennes au petit matin… trouvant Rosetta enfin assoupie.

Alors que Rosetta changeait les langes de Dallas sur un coin du lit, le petit garçon gigotant et babillant joyeusement, Helen revint avec les deux aînés. Elle les avait conduits aux toilettes, au bout du couloir. Après une toilette un peu sommaire, tous descendirent enfin dans la petite salle où le petit déjeuner était servi. Hélas pour Rosetta, il n’y avait plus de thé du tout. N’osant rien dire, la jeune femme commença à boire du café mais ses petites grimaces, qu’elle ne pouvait empêcher, n’échappa point à l’œil attentif de la maîtresse de maison. Elle vint s’excuser une fois encore pour le thé qui n’avait pas été livré et lui proposa d’aller à ses frais déjeuner au Cable Car Bake Shop, un petit peu plus haut sur Discovery Arcade. Rosetta la remercia mais dit cependant qu’elle paierait ce qu’elle prendrait, ainsi que ce qu’elle ne prendrait pas à la pension, comme ce café dans lequel elle avait trempé les lèvres. Elle se rendit alors à l’endroit indiqué, accompagnée de Helen et de trois garçons. Norbert, lui, avait parfaitement déjeuné. Il les accompagna sur quelques mètres et s’arrêta dans le confortable fauteuil du barbier, à l’enseigne Dapper Dan’s Hair Cuts.
- J’ai laissé mon chocolat ! cria soudain Thomas.
Il avait, en effet, l’habitude de déjeuner avec un bol de cacao.
- Nous allons en trouver ici !
Disant cela, sa maman poussait la porte du Cable Car Bake Shop. Un établissement accueillant et chaleureux, qui portait ce nom en hommage au tramway de San Francisco dont il avait aux murs de nombreuses gravures. Une dizaine de minutes plus tard, Petit Tom buvait joyeusement son bol de chocolat. Rosetta avait du thé. Ils étaient seuls dans l’élégante salle où certaines tables étaient séparées par de jolies cloisons de bois. La plupart des habitants de la petite ville était encore endormie, au lendemain des festivités. Rosetta espérait que le garagiste soit levé et que la voiture soit prête. En attendant, le ton était joyeux tout en déjeunant. Rosetta disait à ses enfants que très bientôt ils retrouveraient Papa.

Norbert les attendait déjà aux Main Street Motors, fraîchement rasé – il avait trouvé trop petit le miroir dans la chambre pour se raser lui-même – l’automobile avancée jusqu’à la petite place. Parfaitement réparée. Bientôt, ils laissèrent derrière eux cette ville charmante où ils avaient du faire un arrêt de vingt-quatre heures. La suite et la fin du voyage se déroulèrent sans incident. A leur arrivée à Thunder Mesa, ils furent immédiatement conduits à l’hôtel. On dit à Rosetta que son mari tournait en ce moment même. Désirant se rafraîchir avant de le voir, elle demanda simplement qu’on le prévienne de son arrivée. Ce fut fait sans tarder. C’était toujours la scène dans la mine, que la pluie avait gâchée la veille. Le sol était détrempé, l’air affreusement humide, ce dont se plaignait les deux actrices vedettes, ainsi que l’interprète de Martha Ravenswood, mais le soleil brillait à nouveau, de sorte que l’ocre de la montagne ressortait parfaitement bien et se détachait du ciel comme le désirait Henry King et le directeur de la photographie. Entendant le premier que l’épouse de Tyrone était arrivée, le réalisateur s’écria « Coupé ! » et apprit lui-même la nouvelle à son acteur vedette, lui permettant d’arrêter pour le moment. Il y avait d’autres choses à tourner. Rita regarda son amant se précipiter vers l’hôtel. Elle était surprise, n’attendant la légitime épouse sa rivale que le lendemain. Tyrone s’était montré nerveux toute la matinée, tout en gardant un grand professionnalisme dans son jeu, et il lui avait dit que Rosetta avait été retardée. « Pourtant, j’aurais juré qu’elle ne devait arriver que demain, et maintenant arriver dès aujourd’hui est du à un retard ! Je n’y comprends rien. … Mais je m’en moque ! » conclue Rita. Mrs Rosetta Power était arrivée, il faudrait s’y faire…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Dim 18 Sep - 13:06

génial lool ! visiblement, tu aimes bcp écrire la nuit !

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Une question ? Un problème ? N'hésitez pas à me contacter !
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Dim 18 Sep - 15:00

La nuit ou le matin, xpldrrrrr ! Mr. Green
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 21 Sep - 0:25

Chapitre VII


Pour l’heure l’homme le plus heureux au monde, Tyrone se précipita vers l’hôtel où son épouse et ses enfants l’attendaient. Les battements de son cœur s’étaient accélérés comme s’il ne les avait vus depuis des mois, des années. Comme s’il était un jeune amoureux inexpérimenté. En cet instant, alors qu’on eut dit qu’il volait vers sa famille, sa chair et son sang, sa bien-aimée Rosetta… en cet instant Rita n’existait plus. Il ne savait plus qu’il avait une maîtresse. Elle n’était plus qu’un nom sur une affiche, celle de « Gilda », peut-être, ou bien sa partenaire de « Blood & sand », une étoile sur Hollywood Boulevard. Pourtant, leur liaison était ancienne et les étonnait tous deux par sa durée. Elle avait commencé avant que Tyrone ne rencontre Rosetta pour la première fois, en 1946. Cinq années, peut-être ? Voilà qui était bien inhabituel chez « The King of 20th Century Fox » et « The Goddess of Hollywood ». Pourtant, il suffisait d’évoquer Rosetta, la douce épouse conciliante qui acceptait tout cela en silence, pour que l’acteur ôte de sa mémoire tout ce qui l’entourait… y compris Rita. Et cette amnésie durait parfois de tout le temps où il serait seul en compagnie de sa famille.

Trois chambres à l’usage des Powers avaient été réservées à l’hôtel. La première était pour Norbert, la seconde pour Helen et les deux aînés ; la dernière, la sienne, qu’il partageait avec sa femme et leur bébé. Ne trouvant personne dans les deux premières, l’acteur se dirigea directement vers la sienne. Rosetta s’y trouvais, occupée à défaire sa valise, adorable toute de bleu vêtue, la couleur préférée de Tyrone. Cependant, lorsqu’il l’emmenait au restaurant ou au cinéma, où il exigeait toujours qu’elle porte du noir. Il avança sans bruit. Elle lui tournait le dos. Son manteau était soigneusement rangé dans l’armoire dont la porte entr’ouverte permettait qu’on le voit, ainsi que son chapeau posé sur une étagère. Elle sortait de la valise ses combinaisons de nylon et ses bas dans l’idée de les déplier un peu. Ses robes et jupes étaient déjà sorties et reposaient pour le moment sur le lit. Alors, tout doucement, l’acteur posa sa main sur l’épaule de sa femme.
- Rosetta…
La jeune femme se retourna aussitôt un poussa un léger cri de surprise. Elle croyait être seule, et qui viendrait la toucher sur l’épaule ? Elle ne reconnut pas la voix de son mari. Ce n’était d’ailleurs pas lui… Elle avait face à elle un homme vêtu comme au siècle dernier, coiffé d’un haut de forme, enveloppé dans une cape, les mains gantées de parme… et son visage… était celui d’un squelette… Livide en l’espace de quelques secondes, la jeune femme, décomposée, entrouvrit une bouche tremblante, des yeux écarquillés agrandis par la peur... Elle perdit connaissance sans un cri, s’affaissant sur le sol comme une poupée de chiffon…

- Seigneur !!
La voix de Tyrone, pourtant, mais étouffée par le masque… Dans sa hâte à retrouver les siens, l’acteur en avait oublié qu’il portait encore son costume de fantôme. Redingote de la fin du XIXème, chapeau haut de forme. La fameuse cape de couleur parme, les gants assortis. Un masque terrifiant au visage figurant une tête de mort. Il avait marché si vite qu’il n’avait pas remarqué l’amusement des quelques personnes, techniciens pour la plupart, qu’il croisa sur le court chemin qui le mena du décor naturel de la montagne au Silverspur Steakhouse. Non que son costume étonne, chacun savait quel était son rôle, mais parce qu’il courait presque en le portant, ce qui donnait un effet involontairement comique à sa démarche. Il avait eu de la chance de ne point tomber alors qu’il portait ce masque entravant pourtant un peu sa vue, mais il était parvenu sans encombre à gravir quatre à quatre les marches qui le conduisirent au premier étage de l’hôtel, jusqu’aux chambres. D’abord stupéfait devant la réaction de sa femme, il se rendait compte à présent qu’il portant ce satané costume. Il ne pouvait qu’imaginer sa frayeur ! D’ordinaire particulièrement émotive, douée d’une aptitude remarquable à s’évanouir à tout propos, Rosetta avait du avoir la peur de sa vie. Enjambant son corps inanimé gisant sur le sol, il alla se pencher devant le miroir de la table de toilette et se rendit à l’évidence que oui, dans ce costume et avec ce masque il était effrayant. Il ôta aussitôt le masque, ainsi que le haut de forme, les gants et la cape. Puis il revint ensuite à sa femme, la souleva dans ses bras et l’allongea sur le lit après avoir poussé les combinaisons. Il lui donna une légère gifle qui produisit aussitôt ses effets : la jeune femme ouvrit doucement les yeux.
- Rosie Chérie… On dirait que tu as vu un fantôme… plaisanta-t-il.
- Tyrone… C’est bien toi…

Voyant son mari éclater de rire, la jeune femme crut qu’il lui avait fait une farce. Il le comprit à son sourire, lisant en elle comme dans un livre ouvert, et ne chercha pas à la détromper en lui disant qu’en vérité il avait oublié d’ôter son costume, même si c’était pour la rejoindre plus vite.
- Je suis heureux que tu sois là, dit-il enfin en l’embrassant.
Rosetta offrit ses lèvres au langoureux baiser de son mari. Il était encore amusant de le voir ainsi à la fois dans sa redingote de fantôme mais son visage et sa coiffure habituelle, serrant sa femme dans ses bras. Il n’avait pas eu besoin de laisser pousser de favoris ni d’avoir des crans aux cheveux comme pour « Suez », lorsqu’il avait incarné Ferdinand de Lesseps, car son personnage de fantôme apparaîtrait toujours masqué à l’écran. Cela le satisfaisait pleinement, lui qui se précipitait chez le coiffeur, au salon Drucker’s, le même que Clark, au moindre centimètre de cheveu en trop, alors que parfois certains films lui avaient imposés des boucles qu’il obtenait naturellement s’il ne faisait pas entretenir ses cheveux très courts. Il ne supportait pas pour un homme les fantaisies capillaires.
- Où sont les enfants et Helen ? demanda-t-il après le baiser.
- Helen a emmené les enfants dans la salle de restaurant pour qu’on leur serve une collation et que l’on prépare le biberon de Dallas. Norbert est avec l’auto.
Des bruits de pas se firent entendre dans les escaliers.
- Ce sont eux ! s’écria Rosetta.
Mais ce n’était pas Helen et les enfants… C’était Rita…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 23 Sep - 21:50

Chapitre VIII


Le sourire de Rosetta se voila légèrement. Telle était toujours sa première réaction en voyant Rita, la maîtresse, lorsque cela faisait un petit moment que les deux jeunes femmes ne s’étaient pas croisées. Il arrivait parfois que Tyrone l’invite à la maison, ainsi que ses amis Clark, Glenn Ford, Gary Grant. Parfois Henry, Ava et d’autres. Rita passait alors une bonne partie de la soirée à épier Rosetta et à lui adresser sourires narquois et paroles doucereuses, mais la jeune femme s’y était habituée. Une seule fois, elle avait demandée à Tyrone pourquoi l’invitait-il « elle » de temps en temps le vendredi soir. Il lui avait répondue « Ce sont mes amis, elle en fait partie » et Rosetta n’avait plus demandé. De son côté, Rita avait du promettre à son amant de bien se conduire en présence de sa femme, d’être très aimable avec elle et de lui épargner les piques qu’elle aimait tant à lancer autour d’elle. De ne plus l’appeler « la marchande de fleurs » comme l’avait fait la presse au moment de la nouvelle des fiançailles, puisque Rosetta avait rencontré Tyrone en livrant des roses dans sa loge, de ne plus s’amuser à faire rougir la timide Mrs Power. Rita avait promis, mais elle avait bien trop de malice pour ne pas se permettre parfois quelque allusion. Tyrone lui adressait alors un regard d’avertissement, sourcils froncés, et tout se passait bien.

Rita venait donc de surgir dans la chambre occupée par les époux Powers au Silverspur Steakhouse. Elle avait fait de ne pas voir Tyrone quitter précipitamment les lieux du tournage pour rejoindre sa famille et s’était concentrée sur le jeu de Clark dans la mine. Henry King avait décidé de tourner les passages où l’on n’avait pas besoin de la présence du fantôme, soit quelques pages de script plus loin. Puis elle avait fini par s’agacer et était partie à son tour. Elle voulait voir Ty, sous un prétexte quelconque, même si elle savait que cela lui ferait mal de le trouver avec sa famille. Se découvrant en présence l’une de l’autre, les deux jeunes femmes se dévisageaient donc en silence. Très vite, Rosetta baissa les yeux, ne pouvant soutenir le regard de Rita. Ce fut d’ailleurs elle qui salua en premier, après un « Rita… » prononcé par un Tyrone visiblement contrarié par l’intrusion de sa maîtresse dans un moment où il retrouvait sa femme, et bientôt ses enfants.
- Bonjour, Rita…
Souriante, Rosetta s’était levée et était allée à la rencontre de l’actrice.
- Bonjour, Rosetta. Vous voici enfin arrivée, Tyrone ne cessait de parler de vous et de regarder si vous arriviez !
Rita souriait aussi, mais d’une façon ironique. Tyrone intervint. Il eut l’envie irrésistible d’agacer sa maîtresse.
- Mais c’est bien normal, Rita ! J’aime tant Rosetta que d’en être séparé même peu de temps est douloureux ! Et les enfants ! Si je ne peux pas les voir tous les jours, c’est comme si… Ooh, Helen !
Rita se retourna. Elle vit « la nounou » comme elle l’appelait qui s’apprêtait à regagner sa chambre avec les enfants. Elle n’eut pas le temps d’être furieuse contre Tyrone. Il venait de passer devant elle comme une fusée pour courir vers ses enfants. Rita vit alors le spectacle d’un Tyrone qu’elle trouvait « gâteux », accroupis devant ses fils, les prenant dans ses bras en riant, tandis que les petits poussaient des cris de joie qu’elle trouvait excessivement bruyants.
- Les enfants !
- P’paaa !!!!!!!!!
Rosetta les rejoignit, tenant le bébé dans ses bras. Maintenant, Tyrone s’adressait à Helen avec autant d’affection que s’il s’était agit d’une cousine de sa femme. Ils parlèrent quelques minutes puis, alors que l’acteur reportait son entière attention sur ses enfants, Helen et Rita échangeaient en silence des regards hostiles. La jeune fille ne comprenait pas comment Mrs Power pouvait tolérer parfois cette femme chez elle. Elle détestait Rita et tenait à le lui faire savoir sans pour autant déplaire à son patron. Elle aimait sa place chez les Powers, Rosetta était son amie, les enfants adorables et Mr Power très gentil. Elle ne lui voyait d’ailleurs qu’un seul défaut : Rita, son infidélité maladive. Mais Rosetta le tolérait, alors elle ne disait rien.
- Rosie Chérie, s’écria soudain Tyrone, si tu es prête nous pourrions aller nous promener avec les petits !
Rita détestait quand il appelait sa femme ainsi.
- Je suis sûr qu’ils aimeront voir Thunder Mesa, n’est-ce pas mes chenapans ? ajouta-t-il en riant, ébouriffant au passage les cheveux de Tyrone IV.
Rosetta approuva. Elle-même voulait découvrir un peu les environs. Elle suivit Helen dans l’autre chambre pour mettre les manteaux aux enfants. Elles entendirent la voix de Tyrone.
- Au fait, Rita, que voulais-tu ?
L’actrice n’eut pas à chercher bien loin. Il y avait un motif tout trouvé.
- Toute l’équipe va se réunir au Lucky Nuggett Saloon, ce soir, tu te souviens ? Tu ne savais pas si tu viendrais, alors je voulais savoir, et… inviter bien sûr ta femme…
Ces dernières paroles lui coûtèrent. Tyrone se mit à rire. Il se surprenait à vouloir être odieux avec elle.
- Mais je t’ai dit que je n’irais pas parce que Rosetta et les enfants allaient arriver ! Ça n’a pas changé, Rita ! C’est avec eux que je veux passer la soirée, et les suivantes. Et je n’emmènerai pas ma femme dans un saloon ! Vas-y avec Clark, plutôt. Il sera ravi !
L’acteur laissa là sa maîtresse furieuse et interdite tout à la fois et rejoignit sa famille qui attendait à l’autre bout du couloir, chaudement vêtue, prête pour la promenade.

Ainsi que Tyrone l’avait prévu, les enfants étaient enchantés de se promener dans Thunder Mesa. Ils passèrent devant les commerces, laissant le saloon derrière eux, puis continuèrent en direction de l’adorable petite gare tout en bois. Ils passèrent devant le Fuente del Oro sans s’arrêter auparavant sur les lieux du tournage. Le travail n’était pas fini, Tyrone ne voulait pas les déranger. Rosetta voulut entrer chez « Tobias Norton & sons », le general store de Thunder Mesa. Elle s’amusait à regarder les vêtements de pionnier avec Helen.
- Regarde, Rosetta…
Tyrone lui montrait une petite poupée indienne.
- Regarde comme elle est jolie ! Je vais l’acheter.
- Mais, nous n’avons pas de petite fille…
- Pas encore, précisa-t-il avec un petit sourire entendu.
La poupée fut achetée.

En sortant du magasin, l’acteur vit que le tournage s’achevait. Il emmena donc Rosetta avec lui pour que ses amis la saluent. Il leur confirma qu’il n’irait pas au Lucky Nuggett. Il passerait la soirée avec sa famille. La nouvelle, au fond, réjouissait Clark…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 24 Sep - 2:24

Chapitre IX


Ce fut en retournant à l’hôtel que Rosetta découvrit Ravenswood Manor. Pourtant imposant, dominant Thunder Mesa de son promontoire, la jeune femme ne l’avait étrangement pas vraiment remarqué à son arrivée. Sans doute trop excitée à l’idée de retrouver son mari, songeait-elle. Pourtant, comment ignorer une telle demeure ? Il n’y avait point de brume pour la masquer. Et c’était seulement maintenant qu’elle lui faisait face qu’elle la découvrait comme une évidence. Elle voyait de loin les grilles de fer forgé, un bout des jardins sur la partie la moins surélevée de la pente. Une gloriette. Elle devinait un pavillon plus loin. Comme hypnotisée, elle crut un instant entendre un chant léger, étouffé, porté par le vent. Elle se sentait portée, comme attirée. Elle voulait pousser les grilles de fer forgée, elle voulait entrer dans ces jardins. Elle voulait…

La voix de Thomas la tira d’une demi somnolence dans laquelle elle avait semblé tomber sous quelque emprise invisible parce qu’elle s’était arrêter pour contempler le manoir. Bien qu’éloignée encore des grilles, quelque chose l’attirait et la fascinait. Lorsqu’elle se retourna vers son mari, ses enfants et Helen, elle vit qu’elle était la seule à s’être tant approchée. C’était comme si le manoir était apparu pour elle. Elle se tourna à nouveau et fut presque soulagée de voir qu’il était encore là.
- M’man ! P’pa est habillé bizarrement !
La voix de Thomas. Effectivement, Tyrone portait toujours la fameuse redingote du fantôme.
- C’est pour le travail de Papa, expliqua-t-elle.
Puis, s’adressant directement à son époux :
- Heureusement que tu as enlevé ce masque affreux, le chapeau et la cape ! Tu aurais terrorisé les enfants !
- Tu as raison ! Déjà, tu t’es évanouie, je suis coupable. Je me demande d’ailleurs pourquoi ne me suis-je pas changé pour me promener ? Tout à l’heure, j’étais pressé de vous rejoindre, mais là ? Imagine que la presse nous ait pris en photos, j’aurais eu l’air bien dans ce costume au milieu de vous !
La jeune femme se mit à rire. Mais une chose n’allait pas.
- Tyrone… Où est la presse ? Je n’ai vu aucun journaliste depuis que je suis ici. Oh, depuis très peu de temps, bien sûr, mais ne devrait-il pas y en avoir comme tout à l’heure lorsque nous avons salué tes amis ?
- Oui, tu as raison ! Pourtant tout le monde sait que nous sommes ici, on en a parlé dans Life, mais personne ! On ne va pas s’en plaindre, n’est-ce pas, ma chérie ?
L’acteur éclata de rire et déposa un baiser sur la joue de sa femme. Ils cessèrent de penser à cela et s’engouffrèrent dans l’hôtel. Mais avant de se remettre en route, Helen se retourna pour regarder le manoir. Un long frisson lui parcourut l’échine. Sans en connaître la raison. Mr Power n’avait pas paru s‘étonner en voyant sa femme avancer pour s’arrêter enfin quelques pas devant eux, les yeux posés sur la demeure. Mais Helen avait ressenti quelque chose et cela lui déplaisait…

Deux heures plus tard, les Powers se rendaient dans la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse. Tyrone, sa femme, mais également Helen, les enfants et Norbert. Alors qu’ils descendaient les escaliers, un premier coup de tonnerre se fit entendre, réveillant brutalement le petit Dallas. Rosetta se mit à le bercer, murmurant des paroles apaisantes et douces. Elle non plus n’aimait pas les orages. Elle tenait cette peur de la guerre. Elle n’avait pas connu de bombardements mais chaque coup de tonnerre lui faisait l’effet d’un avion de l’Air Force touché par l’ennemi et tombant en flamme. Elle eut tremblé à chaque minute, à chaque seconde si elle avait été la femme de Tyrone dans ces années-là. Ses talents de pilote, en effet, l’avait conduit à conduire de nombreuses missions sur le front du Pacifique. Un océan qui alors portait bien mal son nom, comme une ironie cinglante. Ce fut, cette fois, la voix de Rita qui la détourna de ses pensées.
- Tyrone ? Tu soupes ici, alors, tu n’as pas changé d’avis ?
- Non, pour rien au monde je ne sacrifierais une soirée avec ma famille, l’entendit-elle répondre.
Rita se mordit les lèvres. Il savait être blessant ! Était-ce la présence de Clark à ses côtés ? Oui, c’était sûrement cela ! Tyrone était jaloux ! Elle s’en convainc et en fut satisfaite, retrouvant aussitôt sa bonne humeur. Elle n’allait pas devenir verte de rage pour « la petite Rosetta ». Elle ne put cependant s’empêcher d’être un peu jalouse alors qu’elle portait son regard sur les mains de Mrs Power. Celle-ci berçait toujours son bébé. L’actrice vit qu’elle portait un très joli vernis à ongles, ce qui lui était interdit à elle pendant la durée du tournage ! Elle se contenta de constater que Rosetta ne portait pas d’autres bijoux que son alliance et une petite croix autour du cou. Tyrone préférait sans doute en offrir à sa maîtresse, à elle ! Il lui avait offert de très beaux colliers, des bracelets magnifiques. Là n’était pourtant pas la raison. Tout simplement, Rosetta aimait la simplicité, et son mari lui avait dit que Thunder Mesa était une ville de pionniers et qu’il n’y avait pas besoin d’y paraître comme lors d’un gala au Graumann’s Chinese Theatre. Devant le refus persistant de Tyrone, les deux acteurs quittèrent l’hôtel pour se rendre au Lucky Nuggett. Clark dans un costume assez sobre. Rita dans une extravagante robe fushia. Les Powers n’entendirent pas celle-ci dire à son compagnon : « Ty devient bien pantouflard ! Il reste avec Madame et les gamins, maintenant ! »

Loin de la salle bruyante et enfumée du saloon, Tyrone, Rosetta, Helen, Norbert et les enfants soupaient agréablement dans le cadre feutré du restaurant. Dallas avait cessé de pleurer. Il suçait à présent son pouce, à demi endormi. Il avait pris goulûment tout son biberon. Un repas avait été préparé aussi tout spécialement à l’intention de Tyrone IV puisqu’il n’avait pas encore dix-huit mois. Il se tenait très sage car l’orage qui continuait de gronder l’intimider. Les deux plus jeunes enfants avaient fini par s’habituer au bruit que cela faisait de temps à autre. Ce n’était pas leur premier orage, mais le premier coup leur faisait toujours peur avant que cela ne passe. Les quatre adultes parlaient du voyage, Tyrone posant beaucoup de questions sur la nuit qu’ils avaient du passer dans cette petite ville, lorsque l’automobile était tombée en panne. Norbert partit dans des explications très techniques que le garagiste lui avait fournies. L’acteur hochait la tête d’un air entendu, puis passait la main dans les cheveux de Thomas lorsque le petit garçon parla des bonbons, du café que l’on avait servi au petit déjeuner à sa maman ce qui les avait conduits à dans un autre endroit. L’on riait, Tyrone ne pensait plus à Rita, Helen au manoir. L’acteur avait enfin quitté l’habit du fantôme pour un costume de ville à fines rayures.
- L’orage, après la pluie qu’on a déjà eu hier ! C’est incroyable ! Il n’y a plus de saison ! dit-il nonchalamment.
Helen se tourna vivement comme il prononçait ces mots : elle avait cru ressentir sur l’instant comme un souffle glacé sur sa nuque. Elle poussa un léger cri en voyant derrière sa chaise un employé de l’hôtel. Tyrone, pourtant assis en face de la jeune fille, ne l’avait pas vu arriver non plus. Sans doute parce qu’il parlait en contemplant son épouse ?
- Thunder Mesa est la ville du tonnerre, dit l’homme avec lenteur.
Les Powers étaient jusque là seuls dans la salle de restaurant. Tout le monde était parti au saloon. Cet homme n’était pas celui qui leur avait apporté les plats. L’acteur vit qu’il portait son nom accroché à son gilet.

« Bill Leota »…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 27 Sep - 21:33

Chapitre X


Sans y avoir été invité, l’homme s’empara de l’une des chaises de la table voisine de celle occupée par les Powers et vint s’asseoir entre Tyrone et Helen. « Il vient sûrement de dehors », se dit cette dernière, « son souffle est glacé… Mais il devait être bien abrité car il n’est pas mouillé… » Le souffle froide, en effet, fut la première chose que l’on remarquait. C’était de cette manière, quelques secondes avant qu’il ne commence à parler, que la jeune fille avait senti sa présence. Rosetta ne disait rien, mais elle semblait méfiante, cela se voyait à la petite moue qu’elle faisait tout en regardant l’homme du coin de l’œil. Les enfants le regardaient aussi, mais trop intimidés par cette « apparition » soudaine pour demander « Qui, M’man ? » Quant à Tyrone, ce fut le nom qui lui causa une drôle d’impression : « Bill Leota… Bill ! Un rapport avec cet homme qui est venu me chercher hier et que le barman prétend ne pas connaître ? C’est étrange, je ne me souviens pas de son visage. Je l’ai surtout vu de dos, je l’ai entendu. Je ne me rappelle plus de sa voix… » Afin d’en être certain, l’acteur lui posa la question.
- Je vois que vous vous appelez Bill Leota. Alors, vous êtes un employé de l’hôtel ?
L’homme sourit d’abord de toutes ses dents, puis donna une réponse évasive.
- On peut dire ça…
Il occulta d’avance la prochaine question de Tyrone, qui aurait voulu en savoir plus, en prenant la parole d’un ton monocorde.
- J’ai dit que Thunder Mesa est la ville du tonnerre. Vous savez pourquoi ? Je vais vous raconter quelque chose d’intéressant !

A ces mots, tandis que Dallas s’endormait, les deux aînés prirent leur visage en coupe avec leurs mains, coudes posés sur la table, pour écouter l’histoire. Fascinés avant même de savoir de quoi allait-il être question. Helen et Rosetta s’en aperçurent mais, sans pour autant faire de même, elles de cherchèrent pas, cette fois, à les leur faire ôter. Elles auraient presque pu s’en amuser, tant il était adorable de voir le petit Tyrone IV, un an et demi, se tenir comme son grand frère.
- La ville du tonnerre, la mine du tonnerre de la montagne du tonnerre ! répéta soudain Bill.
Dehors, l’orage grondait toujours. Si l’établissement n’était pas pourvu d’électricité comme il l’était depuis bien longtemps, on eut dit un lieu hanté. S’il n’avait pas été si beau, si feutré et élégant, on eut dit une réunion autour d’un feu de camp pour y conter des histoires de fantômes. Mais ce n’était pas de cela qu’il s’agissait…
- C’est une légende indienne, reprit Bill. Au siècle dernier, lorsque les pionniers ont fondé la ville, ils ont donné le nom de « tonnerre » à tout. Il y avait encore des tribus indiennes par ici – oh, pas pour longtemps, le Général Custer est venu dans la région, lui aussi – les pionniers connaissaient la légende. Mais tout ce qu’ils en ont retenu, semble-t-il, est ce nom qu’ils ont trouvé bien pour leur nouvelle ville. Pourtant, on disait que si les entrailles de la montagne, la mine d’or, étaient exploitées, une créature - que l’on qualifie de fantastique lorsque l’on refuse d’y croire - l’Oiseau Tonnerre, se réveillerait et ferait tomber la foudre sur ces insensés. Et quelque chose est arrivée ! Un éboulement, un tremblement de terre ! La mine s’est effondrée ! Mais elle n’a enseveli que deux personnes : Henry et Martha Ravenswood, qui étaient alors les propriétaires du manoir. On prétend ignorer ce qu’ils faisaient tous deux dans la mine. Elle était exploitée depuis longtemps, déjà… Mais en vérité… Ils y ont été attirés par un être venu de l’Au-Delà pour les punir. Leur manoir… Ravenswood l’a fait bâtir sur un cimetière indien !!!!!!

Le visage de Bill Leota était demeuré livide de tout son récit et ne s’anima pas de la moindre couleur bien qu’il eut conclu presque en criant. Rosetta avait d’ailleurs sursauté. Elle craignait que cet « hurluberlu » effraye les enfants. Mais il n’avait pas fini…
- N’entrez jamais dans le manoir… Des fantômes l’habitent… Ils pourraient effrayer les plus jeunes !
Sur ces mots, Bill se leva et quitta rapidement la salle de restaurant par l’arrière avant même qu’on puisse le rattraper. Norbert avait fait un geste dans cette intention, voulant en savoir plus. Le patron était fasciné lui aussi.
- Un être venu de l’Au-Delà… des fantômes… peste ! En voilà un qui se sera procuré un exemplaire du script de « Bloody Rose » !
Il parut presque tiré d’un état hypnotique lorsque la voix de Rosetta parvint enfin jusqu’à lui.
- Ty… Cet homme a fait peur aux petits !
- Mmm ?
Mais Dallas dormait toujours, nullement importuné par le cri que Bill avait poussé en évoquant le cimetière indien foulé par les fondations du manoir. Tyrone IV et Thomas finissaient leur dessert.
- Les enfants aiment les histoires de fantômes. Mais les petites filles en ont peur lorsqu’elles deviennent grandes, ajouta l’acteur avec une pointe de malice.
Rosetta rougit à cette remarque. Le souper s’acheva paisiblement, jusqu’à l’instant où Tyrone décréta « Allons nous coucher. »

Après avoir embrassé les aînés pour la énième fois, Rosetta sortit de la chambre qu’ils partageaient avec Helen, non sans leur envoyer un dernier baiser de la main. Tyrone l’attendait en lisant un journal vieux de deux jours. Il faisait froid et, bien qu’il fût déjà confortablement installé sous les couvertures, l’acteur portait une robe de chambre sur son pyjama rayé. « Ça ne s’arrange pas en Corée sur le 38ème parallèle ! Ça sent la guerre ! » commentait-il comme elle entrait. Pendant qu’il poursuivait sa lecture, la jeune femme alla se pencher sur le petit lit de son bébé, qu’elle tenait à avoir avec eux pour être là immédiatement lorsqu’il pleurait la nuit. Elle se mit ensuite en chemise de nuit et prit place devant la coiffeuse. Tandis que son mari continuait de commenter quelques événements marquants, elle brossait sa chevelure brune, mettait ses papillotes et un filet par-dessus le tout. Enfin, elle se glissa dans le lit. Tyrone fit mine de ne pas s’en apercevoir, poursuivant sa lecture quelques minutes encore dans un bruissement de feuilles à chaque fois qu’il tournait
une page, dans une odeur d’encre d’imprimerie qui incommodait un peu sa femme mais qui n’osait pas le lui dire – après tout, c’était même moins gênant que le tabac - avant de plier son journal et de le laisser tomber au sol. Il la contempla d’abord en silence, se bornant à sourire, puis fit un geste pour l’inviter à se blottir dans ses bras.
- Viens là…

Quelques minutes s’écoulèrent ainsi. Rosetta, nichée contre son mari, écoutait le tonnerre gronder. Lui-même ne bougeait pas, leur cœur à l’unisson.
- J’aimerais que tu me raconte l’histoire de « Bloody Rose », s’il te plait… demanda soudain la jeune femme d’un air absent mais néanmoins, au fond, attentif à tout ce que son mari dirait.
- Eh bien… Je vais alors te raconter l’histoire d’une jeune fille du nom de Mélanie Ravenswood…
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