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 "Bloody Rose"

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Pumpkin Man
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 28 Sep - 15:15

je sais plus quoi tellement cest superbe fais moi confiance et envoie ton sript a une maison dedition ou a disney tu verras bien la reponse quest que tu risque ............????
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 28 Sep - 19:42

Ca ferait un beau film, hein ? Mr. Green

Ce que tu me dis me touche beaucoup. Embarassed Wink
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 28 Sep - 23:02

Attention, chapitre "sensible"... J'espère que la storyline ne vous choquera pas... Embarassed


Chapitre XI


Tyrone ferma les yeux quelques secondes, cherchant la manière de commencer son récit. Il en vint à la conclusion que le « montrer » ne serait pas plus mal. Il avait pourtant d’indéniables talents de conteur. Tous ceux qui le connaissaient s’accordaient pour dire qu’il avait le sens des mots, le don de la parole. Lorsqu’il se mettait à évoquer des lieux où il était allé, il entraînait chacun avec lui en voyage et l’on voyait en images ce qu’il décrivait. Mais, pour « Bloody Rose », il désirait tourner des pages de papier sous les yeux de Rosetta, raconter comme s’il s’agissait d’une histoire avant de s’endormir. Une romance d’abord, un crime ensuite… Un conte horrifique en définitive.
- Apporte-moi le script, Rosie Chérie, il est sur la table, demanda-t-il.
La jeune femme ne se fit pas prier. Elle se leva immédiatement et alla le lui chercher. Elle reprit ensuite sa place. Le script posé sur ses jambes, Tyrone murmurant à son oreille, un bras passé autour de ses épaules et l’autre tournant les pages, l’histoire pouvait commencer.

Le script en lui-même, dans sa forme, ne présentait aucune originalité. Il ne s’agissait pas, bien évidemment, de l’original, cet étonnant manuscrit véritablement tombé entre les mains de Henry King, qui le conservait dans un lieu connu de lui seul. Le cinéaste s’était d’ailleurs bien gardé d’évoquer ce mystère, prétendant à un scénariste amateur de sa famille, un cousin lointain bien trop timide pour se montrer, tout cela afin de ménager ce que l’on comptait de superstitieux parmi les gens des arts. Dans la profession, cependant, on disant tout bas que le véritable auteur n’était autre que Henry King lui-même et qu’il ne voulait pas que cela se sache. Le script que Rosetta avait sous les yeux était tapé à la machine. C’était un exemplaire parmi d’autres et l’un de ceux destinés à l’ensemble de la distribution. Tyrone avait souligné au crayon rouge ce qui concernait son rôle, fait des accolades, des annotations en marge, encadré les didascalies le concernant. Son habitude était d’apprendre son texte le soir en s’arrêtant à 11 pm.
- Tu connais la distribution, le scénario, n’est-ce pas, Rosetta ?
- Oui, d’après ce dont tu m’as parlée avant de quitter Los Angeles. C’est l’histoire d’une mariée qui erre dans son manoir à la recherche de son fiancé, ignorant qu’il vient de mourir assassiné. C’est terrifiant !
- C’est bien cela. Et cette mariée se nomme Mélanie Ravenswood. C’est le rôle de Rita. Nous sommes bien d’accord pour dire que c’est inapproprié, qu’une autre actrice aurait bien mieux convenu au rôle, mais Henry l’a voulu elle. Heureusement, elle est très talentueuse, elle nous fera croire à son personnage, et nous surprendra ! … Enfin, donc, Mélanie Ravenswood…
Tyrone se rendit compte que sa femme n’attendait pas qu’il parle de sa maîtresse, qu’il fasse l’éloge de l’actrice, mais qu’il lui raconte l’histoire de « Bloody Rose ».

Les pages du script défilaient entre ses doigts au fur et à mesure que, mêlées à son pouvoir sur les mots, à sa voix envoûtante, l’acteur faisait découvrir à son épouse la vie et l’errance de la malheureuse mariée.
- Le film va commencer par un plan panoramique sur la ville de Thunder Mesa. Ce sera en technicolor, puis en noir et blanc à l’intérieur du manoir.
- Et les jardins ? questionna Rosetta avec perspicacité.
- Les jardins en technicolor. Ils sont dehors. Bon, je t’accorde qu’ils font partie du manoir, et j’imagine qu’y pénétrer sans y avoir été convié, du temps des Ravenswoods, aurait valu à l’imprudent un coup de fusil ou quelque chose comme ça…
- Comme si quelqu’un entrait dans notre parc, à Saltair, mais tu ne lui tirerais peut-être pas dessus…
Les deux époux se mirent à rire.

L’orage grondait toujours. Reprenant son sérieux, Tyrone poursuivait l’histoire.
- Maintenant, Rosetta, imagine-toi à la fin du siècle dernier. Je sais que tu n’as aucun mal à le faire tant tu aimerais y vivre. Tu es une jeune fille, l’unique héritière du manoir. Les Ravenswoods n’ont pas eu de fils. Ils savent que par son mariage Mélanie prendra le nom de son époux et quittera la demeure. Pour que leur sang se perpétue à travers elle, son père a décidé que le manoir serait sa dot. En se mariant, elle le place dans la famille de son mari, mais le sang des Ravenswood perdurera dans le manoir par les enfants qu’elle aura. Mais… encore faut-il que cette descendance ait pour l’autre moitié un sang digne de leur grandeur ! Ils n’ont aucun doute là-dessus. Le manoir pour dot, le nom des Ravenswood… Les plus beaux partis de l’État vont se présenter ! Mais… Elle s’est éprise de l’un des cow boys du Critter Corral ! Clark, dans le film, un moustachu rude, bourru et sans distinction mais qui fait battre ton cœur ! Pourtant, Henry consent au mariage. Il a consulté sa voyante, une femme étrange qui lui avait indiqué le terrain où faire édifier son manoir. Elle le persuade de laisser faire, que cela ne peut qu’être bon pour l’avenir de la famille. Henry se laisse convaincre, après tout ce cow boy fera peut-être fortune plus tard. Les préparatifs du mariage commencent donc. Mélanie est la plus heureuse au monde ! Mais tout cela va sombrer dans la tragédie ! Henry n’a jamais reconnu la voyante sous son accoutrement comme celle qu’il a repoussé jadis et qui aurait du être la maîtresse de Ravenswood manor. Elle entend bien se venger. Elle utilise pour cela un homme qui lui est dévouée, organiste de talent et embauché pour la noce. La veille du mariage, ils attirent dans la mine Henry et Martha, cette femme qu’elle hait pour avoir pris la place qui aurait du être la sienne, alors qu’un éboulement se prépare. Rien de bien sorciers, de simples bâtons de dynamite disposés au bon endroit, mais que Thunder Mesa prendra pour la vengeance de l’Oiseau Tonnerre. Tu te souviens de l’histoire que cet homme nous a racontée tout à l’heure, pendant le souper ? Eh bien c’est exactement cela ! Le manoir sur le cimetière indien, la malédiction, et cætera ! Mais bien étrange malédiction qui utilise la dynamite ! On s’en est servi. Oui, mais… Il y avait bien une malédiction ! Après l’effondrement de la mine, Henry reparaît changé en fantôme. Là, ça devient mon rôle ! Il y a une scène que nous avons tourné l’autre jour, quand tu es arrivée et que tu m’as vu dans mon beau costume, où je suis les Ravenswoods dans la mine. Eh bien cela symbolise la transformation future de celui qui avait profané un cimetière indien. Le fantôme de Henry, manipulé par la voyante qui possède le don de parler aux revenants, tue le fiancé de sa fille en le pendant dans un salon hexagonal. Voilà pourquoi la voyante s’était arrangée pour que le mariage soit organisé ! Pour se venger de tous les Ravenswoods ! Sans exception, qu’importe que Mélanie soit une innocente jeune fille qui n’a d’autre tort que d’être la fille de Henry et de Martha. La mariée que la voyante aurait pu être. Le matin du mariage, Mélanie commence à chercher son fiancé, et elle l’attendra toute sa vie, tourmentée par le fantôme de son père mais aussi ceux des invités du mariage, condamnés à ne jamais quitter le manoir. Le film s’achève avec sa mort, et l’on ne retrouve d’elle qu’une poupée vêtue d’une robe de mariée, à l’effigie de la voyante, qui appelle toute personne de passage à entrer et demeurer dans le manoir pour tenir compagnie à ses fantômes.

Rosetta essuya une larme qui perlait au coin de son œil.
- C’est si triste… Si…
- C’est un film, la rassura Tyrone en déposa un baiser sur ses cheveux.
- Oui, mais… Je ne peux m’empêcher de songer à cette pauvre mariée ! Quel scénario !
Un fracas assourdissant se fit alors entendre, arrachant à Rosetta un cri de frayeur.
- C’est une explosion ! s’écria Tyrone.
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 5 Oct - 21:41

Chapitre XII


Le premier réflexe de Rosetta fut pour Dallas qui hurlait dans son berceau. Elle le prit dans ses bras, tentant de contrôler les tremblements de ses bras, de se calmer elle-même pour le rassurer, le bercer. Le bruit de l’explosion l’avait arrachée à ses pensées, alors qu’elle tentait de reconstituer l’histoire de Mélanie Ravenswood dans sa tête quelque peu embrouillée par le flot d’informations que son mari lui avait donnée en quelques temps, et le script comportait suffisamment d’éléments pour que les détails échappent à l’attention. Mais pas la mort de la mariée, qui obsédait Rosetta au moment de l’impact.
- Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ?
Tyrone restait maître de lui-même, bien qu’ayant peur intérieurement, peur qu’il soit arrivé malheur à quiconque se trouvant à Thunder Mesa. Il la serra contre lui pour la réconforter tandis que Dallas criait toujours. Des bruits de pas affolés se firent entendre partout dans l’hôtel, on criait « Au feu ! » sans savoir ce qu’il en était.
- Le feu, Tyrone ! Il faut partir !
- C’est une explosion. Elle était loin, à en juger par ce que nous avons entendu. L’incendie ne peut être ici !
On tambourinait dans la porte de la chambre. A travers les élégantes boiseries, la voix de Helen, paniquée, se faisait à peine entendre au milieu des pleurs des petits. Le Lieutenant Power alla ouvrir. Tous descendirent jusqu’à la réception. Ils étaient seuls avec le personnel, les autres clients étant parti s’amuser au saloon.

Tyrone confia les enfants, que leur mère consolait, Rosetta et Helen à Norbert dont le sommeil lourd l’avait empêché d’entendre si bien qu’ils avaient du aller le chercher.
- Je vais voir ce qu’il en est !
Sur ces mots, l’acteur se précipita au dehors, en trench coat sur sa robe de chambre, imité par le personnel de l’hôtel. Le temps parut bien long en son absence, ne sachant ce qui se passait. L’orage avait cessé et des pluies diluviennes s’abattaient maintenant sur Thunder Mesa. Enfin, au bout d’un moment qui parut une éternité, Tyrone revint en compagnie d’une foule de personnes trempées. L’équipe de tournage au grand complet. Il fallut vite leur donner des couvertures, aussi réquisitionna-t-on celles que l’on avait à la lingerie. Les cheminées de la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse furent bienvenues et envahies. Ce lieu feutré où les Powers avaient soupé quelques heures plus tôt prenait maintenant des allures de quartier général en état de guerre.

La foudre était tombée sur le Cowboy Cookout Barbecue. Par bonheur, personne ne s’y trouvait. Tous étaient au saloon, y compris le personnel. Lorsque les vedettes, le réalisateur et tout ce que l’on comptait d’équipes techniques en étaient sortis, chacun s’était dirigé vers son hôtel et ce fut à ce moment-là que la foudre tomba, provoquant un gigantesque incendie. Immédiatement, on s’était précipité sur les lieux. Que faire sinon constater les dégâts ? Par chance, l’incendie fut maîtrisé par la nature même qui l’avait créée. Les pluies diluviennes finirent par avoir raison de lui au moment où la poignée de pompiers de Thunder Mesa arrivait sur les lieux. La façade du Cowboy Cookout Barbecue n’en était pas moins calcinée. Le toit détruit. On ne savait pas encore où loger tout ces gens, aussi pour le moment attendait-on que les pluies se calment pour aviser. Tyrone proposa que, une fois les chambres libres du Silverspur occupées, chacun prenne une personne du Cowboy dans la sienne. Cette idée ne fut pas du goût de Rita.
- Je ne veux pas qu’on prenne ma chambre et je ne veux pas héberger quelqu’un ! trépigna-t-elle.
Sa coiffure était défaite et pendait lamentablement, sa robe fushia trempée, perdue. Elle n’avait plus l’air triomphant de son départ.
- Il faut bien qu’ils puissent dormir !
- Mais pas dans ma chambre ! Arrête de jouer les bons Samaritains, prend-les avec toi si tu veux, mais laisse-moi tranquille !
Tyrone ne se le fit pas dire deux fois à propos de ce dernier souhait de sa maîtresse et, pendant que Rita se moquait des papillotes et du filet de Rosetta, le Lieutenant Power prit la direction des opérations. Les protestations de l’actrice ne firent rien, l’idée fut adoptée. Immédiatement, avec la bonne coopération de chacun qui ne s’appelait pas Hayworth, les chambres furent remplies et celles déjà occupées réparties.

Il y avait encore, quelques instants plus tard, des allers et venues dans les couloirs du premier étage mais ils n’étaient dus qu’à une seule personne : Rita. Furieuse, l’actrice avait du accepter dans sa chambre l’une des maquilleuse du film et cela la contrariait.
- Je ne la veux pas dans mes affaires ! répétait-elle.
Mais Tyrone s’était montré inflexible. Voyant cela, Clark s’approcha de son amie et lui parla d’une idée qu’il avait eu pour qu’elle puisse envoyer la maquilleuse ailleurs : il en avait une lui aussi, pourquoi ne pas les mettre toutes deux dans la même chambre ?
- Ainsi, je pourrai t’accueillir, Rita, ce serait mieux, n’est-ce pas ?
Une gifle sonore fut la réponse de l’actrice. Clark retourna donc se coucher plus malheureux que jamais, guère content de retrouver sa compagne d’une nuit. Tyrone avait pris soin de ne pas faire de chambre mixte mais la jeune femme avait fait un échange pour être avec Clark. L’aubaine était trop tentante. Cependant, si en temps normal, il aurait été enchanté de cela, cette fois cela n’arrangeait pas ses affaires.

Tyrone, lui, n’avait pris personne car il avait déjà Rosetta. La jeune femme dormait paisiblement dans ses bras. Il n’osait faire le moindre mouvement, de peur de la réveiller. Il n’avait pas sommeil. Son regard allait de son épouse à leur bébé, et les minutes s’égrenèrent ainsi. Thomas et Tyrone IV devaient certainement dormir aussi. Tous, sauf lui, peut-être… Il considéra le journal au sol ; il l’avait déjà lu plusieurs fois. Son texte ? Il le connaissait et n’avait guère envie de s’y replonger. Il avait le Reader’s Digest, mais il était dans ses bagages. Non, mieux valait dormir, essayer. Souriant avec tendresse, il se mit à caresser doucement du regard le doux visage de Rosetta. Quelques minutes passèrent encore… Il s’impatientait de ne point trouver le sommeil. Son sang irlandais le rendait peu patient. C’était la raison pour laquelle il ne supportait pas les retards, de quelque nature qu’ils soient. Relâchant son étreinte, se levant avec précaution afin de ne point réveiller sa femme, il quitta la pièce toujours enveloppé dans sa robe de chambre. Fumer le calmerait. Il s’installa dans l’escalier. Tandis qu’il allumait une cigarette, il vit Rita passer en bas et se diriger vers la porte en pestant. Elle portait un trench coat et un chapeau de pluie jaune. Furieuse, elle se plaignait à voix haute de l’indifférence de Tyrone.
- … Et puis d’abord je hais ma chambre ! Il y en aura de plus dignes de moi à côté ! Après tout, je suis encore une Princesse ! ajouta celle qui avait été plusieurs années l’épouse de l’Aga Khan et dont le divorce n’était pas encore clos.

Tyrone venait de comprendre… Rita avait l’intention de dormir dans… Ravenswood Manor !
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 18 Oct - 18:37

Chapitre XIII


Il pleuvait toujours mais moins abondamment toutefois. Rita n’hésita pas un seul instant à traverser ce rideau de pluie pour rejoindre Ravenswood Manor. Bien que superstitieuse, ou du moins le prétendait-elle, la légende ne la retenait pas. Ni de savoir le manoir vétuste. Tyrone, lui, y songeait.

« Ce ne sont pas des fantômes qu’elle va voir, mais des plafonds et des planchers vermoulus et pourris ! Pourquoi diable nous en interdirait-on l’accès pour le tournage s’il n’y avait pas un réel danger ? Pour ceux qui croient aux fantômes, on sait qu’ils sont supposés sortir la nuit et nous tournons le jour ! C’est bien qu’il y a des termites géants qui rongent les murs, les portes et si tout doit s’écrouler sous ses pieds ça va coûter cher à la Fox ! Non mais, vous rendez-vous compte ? Il faudra dédommager la Columbia ! C’est bien le drame quand on loue des acteurs aux autres Studios ! Qui plus est… »

Sous le porche du Silverspur Steakhouse, regardant Rita pousser sans aucune difficulté les grilles qui marquaient l’entrée des jardins du manoir – preuve qu’elles étaient plus qu’usées ! – Tyrone se tut en instant avant de reprendre son monologue. Le ton variait d’une seconde à l’autre.

« … Qui plus est… Rita est mon amie, surtout mon amie… Je ne supporterais pas qu’à cause de sa bêtise, de sa jalousie à l’égard de Rosetta il lui arrive quelque chose. Idiote, croit-elle que je peux m’afficher avec elle quand Rosetta et les enfants sont là ? Ah non, alors, je te jure ! »

Entre inquiétude et exaspération, Tyrone écrasa la cigarette qu’il venait d’allumer et se dirigea à grand pas vers le manoir.

L’actrice était à présent hors de portée de sa vue. Elle avait pénétré dans les jardins endormis. Nul ne pouvait désormais la voir, pas même Helen, songeuse sur le balcon de bois circulaire de l’hôtel. La jeune fille avait remarqué, en tirant les rideaux et fermant les volets, que l’on voyait fort bien le manoir de la fenêtre de sa chambre. Elle avait passé sa tête sous l’encadrure à guillotine et L’avait vu. Lui. Ravenswood Manor. Il exerçait une sorte de fascination sur elle depuis la promenade avec Monsieur et Madame Power. Passant une robe de chambre sur sa chemise de nuit, alors que les enfants étaient profondément endormis, elle s’était alors rendue sur ce balcon. Accoudée à la balustrade, protégée de la pluie désormais fine par le léger rebord du toit, elle contemplait le manoir maudit. Elle avait vu une ombre aller jusqu’à lui avec l’indifférence de celle qui ne croyait pas aux fantômes tout en ressentait une très forte attraction pour un lieu qui semblait en contenir, bien qu’il soit seulement en ruine, disait-on.

En revanche, Tyrone attira son attention lorsqu’il passa. Encore une fois, la lune révélait à chacun ce qu’il désirait voir, et Monsieur Power était de ceux-là. Helen l’aimait en secret depuis ce jour où elle était arrivée chez lui pour cette place de nounou, en réalité une place d’amie pour Rosetta. Éprise de lui en secret, la jeune fille était souvent tourmenté et obnubilé par lui. Cela arrivait la nuit, non quand elle le voyait car dans ces moments-là elle voyait le patron, l’ami aussi. Mais la nuit… Cela durait depuis bientôt trois ans. Elle espérait un jour qu’il la remarque enfin comme elle le désirait, comme il remarquait d’ordinaire les autres femmes, celles qui lui plaisaient. Cela lui donnait parfois de terribles doutes, peut-être ne lui plaisait-elle pas du tout ? Tyrone avait Rosetta, l’ancienne petite marchande de fleurs, mais au contraire de Glenn Ford il aimait passionnément les actrices. Helen se définissait comme « une Rosetta avant Lui », mais la place de « Rosetta avant Lui » était prise et cela la mettait au désespoir. Elle se disait qu’il fallait peut-être forcer le destin pour qu’il la remarque d’une manière autre, mais depuis trois ans elle n’avait jamais rien tenté. Elle n’osait pas pour de multiples raisons. Ce n’était point sa nature, elle était timide, réservée et elle-même s’emportait lorsqu’elle voyait la manière dont se comportaient les amies de Tyrone. Elle craignait également de perdre son emploi qu’elle désirait conserver plus que tout même s’il arrivait que côtoyer l’acteur pût être comme mourir chaque jour. Elle affectionnait très sincèrement Rosetta qu’elle ne voudrait faire souffrir pour rien au monde. Il y avait déjà assez de Rita et d’autres femmes pour la rendre malheureuse. De la part de Helen, ce serait comme une trahison. Elles étaient amies, logeaient sous le même toit. Mrs Power avait confiance en elle, elle lui confiait ses enfants lorsque sa présence était requise auprès de son mari lors de ces interminables galas. Alors Helen se résignait… Elle se résignait depuis trois ans…

Avant même de parvenir aux grilles du manoir, Tyrone s’arrêta dans sa course. Il avait hâté le pas, voyant qu’il perdait de vue Rita. Il était maintenant immobile, face à ce lieu étrange. Une plaque de cuivre était apposée là. Elle avait la forme d’un démon et portait l’inscrïption latine « Non omnis moriar ». Cela eut arrêté n’importe qui, par curiosité, désapprobation devant quelque chose d’aussi mauvais goût pour marquer l’entrée d’une habitation, ou bien par peur, paralysie peut-être, mais ce n’était pas le cas de Tyrone. Dans la nuit, il avait seulement distingué une plaque de forme ovale sans en voir les cornes, le sourire grimaçant. Sans pouvoir deviner ou lire la devise. Il ne pleuvait plus. Cela avait été si violent, avant de s’arrêter brusquement comme pour permettre à quelque mortel imprudent de s’enfoncer dans la nuit noire et aller jusqu’au manoir, qu’on eut dit qu’une main invisible, un deus ex machina, venait de refermer le robinet du ciel. Face au manoir, il était difficile d’en attribuer le mérite à Dieu. Cela semblait le territoire du diable. Pourtant, Tyrone ne ressentait pas tout cela ; il était encore convaincu que le manoir était seulement pourri par des décennies d’abandon. Il eut fallu, ainsi que cela devait être dans le film qu’il tournait, en cet instant un coup de tonnerre pour révéler à ses yeux la plaque, l’inscrïption. Il n’aurait alors plus manqué qu’une intervention orchestrale en son western electric. Pourtant, nulle besoin d’effets spéciaux, l’atmosphère était étrange en elle-même. La nuit était noire à l’entrée du manoir, elle était baignée par la lune rousse devant le Silverspur Steakhouse. Helen distinguait Tyrone en contrebas. Le balcon circulaire faisait le tour de tout le premier étage et dans son extrémité se rapprochait de beaucoup du manoir. Pourtant, la lune se cachait de l’acteur. Un nuage, sans doute. Il ne pouvait voir que les grilles, la forme de la plaque, le début des jardins. Mais, en se retournant, il vit Helen sur son balcon, Helen qui l’observait.

L’acteur fit un signe de la main, s’avança jusqu’au balcon. Portant un doigt à sa bouche, pour lui ordonner le silence, il dit à la jeune fille : « Je vais chercher Rita ; le manoir est dangereux mais cette idiote y est partie. Ne réveillez pas Rosetta ! » Le son ayant la faculté de monter, la nuit étant silencieuce, Helen entendit. Les paroles de Tyrone la mirent en colère au point de vouloir se quereller avec lui mais il avait déjà disparu. Il s’enfonçait à nouveau dans les ténèbres. Main posée sur la grille encore entrouverte après le passage de Rita, Tyrone la poussa sans hésitation et entra dans les jardins de Ravenswood Manor…

Du haut de son balcon, Helen, les larmes aux yeux, murmura : « Rita, idiote, oui. Mais vous… Oh, quel imbécile… »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 25 Oct - 12:46

Chapitre XIV


Un silence paisible environnait à présent l’hôtel, à peine perturbait quelques instants auparavant encore par le ruissellement de la pluie. Une telle tranquillité était plus que jamais la bienvenue après le terrible orage, la foudre et l’incendie qui avaient détruit une partie du Cowboy Cookout Barbecue. A présent chacun, dormait en attendant le jour. Henry King avait prévu de tourner encore quelques scènes extérieures dans les décors naturels de la mine, avant de franchir les grilles du sanctuaire de Thunder Mesa, Ravenswood Manor. Non pour y tourner des scènes d’intérieur, puisque cela lui était interdit, mais pour les jardins. Les fabuleux jardins que le script décrivait comme enchanteurs du temps de la splendeur des Ravenswood et qui n’étaient plus qu’abandon portant, selon la légende « le parfum des roses mortes ». Ils seraient parfaits pour de longs travellings en steadycam, plans aériens et contre-plongée à la Welles. Montrer les jardins après la déchéance, s’en servir pour montrer les effets du temps qui passent.

Le cinéaste comptait filmer une statue qui se couvrirait lentement de neige, laquelle fondrait ensuite et finirait par découvrir la pierre nue couverte de mousse et de lichen, creusée par endroits de fines rainures causées par le passage du temps, brisée peut-être par endroit, polie et usée. Cette idée lui plaisait et il avait hâte de faire les prises de vue nécessaires. Son autre projet concernant les jardins avait pour nom « opération Gazebo » et pour objet une charmante gloriette. Certainement en ruine elle aussi, il comptait la faire photographier sous tous les angles afin d’en obtenir une copie en studio servant aux scènes fastes de la destinée du manoir. « La splendeur des Ravenswood », expression qu’il s’était plu à évoquer plusieurs fois, pestant de ne pouvoir l’utiliser en sous-titre de « Bloody Rose » pour la première partie du long métrage, répétant « mais pourquoi cet imbécile d’Orson Welles a-t-il appelé l’un de ses films « La Splendeur des Amberson » ? Il ne faisait cependant pas cette remarque devant Rita puisque Orson était son ex mari, avant le Prince. Mais l’appréhension des jardins du manoir n’était pas encore pour demain. Il y avait déjà bien des choses à faire avant de boucler les scènes de la mine. Il fallait déblayer le Cowboy Cookout, récupérer les chambres qui pouvaient être habitables pour désengorger le Silverspur où bien trop de monde était entassé.

Enroulée dans les couvertures, Rosetta dormait paisiblement sans se douter que Tyrone était parti depuis maintenant deux heures. Il savait quitter le lit avec précaution et ne pas la réveiller à moins de le vouloir. Ce furent les pleurs de Dallas qui la firent revenir du pays des songes dans un gémissement étouffé. Elle ouvrit des paupières encore lourdes de sommeil et laissa aller instinctivement sa main sur le matelas, à la place occupée par Tyrone, pour voir s’il dormait ou bien si les pleurs l’avaient réveillé aussi. Elle constata alors qu’il était parti. Rosetta ne s’occupa alors que de son bébé qui pleurait toujours et de plus en plus fort. Il n’y avait pas à chercher Tyrone, il reviendrait. Il n’avait pas disparu et il pouvait même y avoir plusieurs raisons à son absence. Il pouvait s’être rendu aux toilettes à l’autre bout du couloir, il pouvait être allé fumer en bas si par hasard le sommeil ne venait pas… et il pouvait être avec Rita. Non, pas cette fois, corrigea mentalement la jeune femme. « Rita a du partager sa chambre avec une maquilleuse ou je ne sais plus qui. Il n’irait pas alors qu’elle n’est pas seule. » Elle changea les couches de Dallas et se remit au lit ; mais ne s’endormit pas. Elle attendait qu’il revienne. Elle s’étonna lorsqu’elle entendit frapper à la porte. Il n’aurait jamais fait cela. Emmitouflée dans un châle, elle se leva, pencha l’oreille contre le panneau de bois et demanda ce que l’on voulait. C’était Helen.

La promenade sur le balcon circulaire était finie depuis longtemps pour la jeune fille. Elle était rentrée une fois que son patron eut disparu de son regard dans les jardins de Ravenswood Manor. Elle était alors rentrée se coucher en pestant contre lui et surtout contre Rita, et n’avait pas s’endormir. Elle songeait à Mrs Power qui connaissait leur liaison et ne disait rien. Elle aurait voulu aller à l’encontre des ordres du patron, aller dire à sa femme qu’il était parti dans cet horrible manoir, mais elle ne voulait pas non plus la réveiller. Peut-être serait-il de retour assez tôt pour qu’elle ne se rende compte de rien ? Les pleurs de Dallas lui firent comprendre que Rosetta était réveillée. Elle savait donc que son mari était parti. Elle venait donc la voir, tenant une lampe torche afin d’épargner à Dallas le désagrément de devoir allumer la lumière.
- Helen ? Entrez, asseyez-vous !
- Merci, Madame. Je…
Rosetta remarqua la nervosité de la jeune fille.
- Mais que se passe-t-il ? Thomas et Ty IV dorment-ils ?
- Oh oui, ne vous inquiétez pas ! Je… Je voulais seulement… On dit que cette chambre a une belle vue sur le manoir ! Puis-je regarder ?
- Euh, oui…
Rosetta était surprise, le comportement de Helen était des plus étranges. Elle commençait à s’affoler.
- Vous savez que Tyrone est parti, n’est-ce pas ?
Helen dut l’admettre.
- Où est-il ? Vous le savez ? Vous êtes bien venue ici pour me le dire, n’est-ce pas ?
- Il… C’est… En vérité, j’ai seulement entendu Rita dire qu’elle voulait voir le manoir de près et je l’ai vu se diriger vers les grilles, les ouvrir et pénétrer dans les jardins…
Rosetta comprit alors. Helen, quant à elle, avait su lui faire comprendre sans lui dire, elle n’avait donc pas contrevenu à la volonté de son patron.

Une fois Dallas confié à Helen, Rosetta s’habilla à la hâte.
- Je dois aller le chercher ! Cette demeure n’est pas sûre, un plancher, un plafond pourraient s’écrouler, que sais-je encore ?
Réprimant ses larmes, elle ferma la porte à double tour derrière elle et tendit la clé à la nounou. Cette dernière avait voulu qu’elle sache, mais maintenant elle doutait d’avoir eu là une bonne idée. Et si Mrs Power avait un accident ?
- Vous ne pouvez y aller seule ! Cette demeure est dangereuse pour vous aussi ! Faites-vous au moins accompagner !
Avisant un peu plus loin la porte de la chambre de Clark, Rosetta opina. La peur que Tyrone ne tombe dans un trou dans cette maison rongée par les décennies avait été plus forte que la raison. Elle était consciente de se retrouver tremblante de peur, toute seule dans la nuit, par le simple fait d’ouvrir la porte de l’hôtel et de passer la tête hors du battant, vers l’inconnu et l’obscurité. Rosetta avait peur du noir, peur de la nuit et elle ne sortait jamais seule. Elle serait un bien piteux secours si elle ne parvenait même pas à quitter l’hôtel !

Frappant quelques coups légers, Rosetta espérait que Clark ne dormait pas trop lourdement et l’entendrait. Elle attendit un bref instant, nerveuse, tordant ses mains, jusqu’à ce qu’enfin la porte de la chambre s’ouvre.
- Clark, dit-elle alors, j’ai besoin de votre aide…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 25 Oct - 18:26

Chapitre XV


Le premier mouvement de surprise provoqua un léger décalage entre les deux bouts de la moustache de Clark. Le second la remit à sa place.
- Rosetta ? C’est vous, c’est bien vous ?
Que lui arrivait-il donc pour qu’elle vienne ainsi frapper à sa porte, en pleine nuit ?
- Puis-je entrer, s’il vous plait ?
- Ooh, euh, oui, bien sûr !
Se ressaisissant, il s’écarta de la porte pour la laisser passer. Il lui indiqua un fauteuil tandis qu’il tirait le verrou derrière lui.
- Vous avez vu ? Elle dort, elle dort bien, même ! La lumière est allumée – je ne trouve pas le sommeil par terre sur ce fichu matelas – vous frappez à la porte, je parle, aucune réaction !
L’acteur désignait en riant la maquilleuse qu’on lui avait donné à héberger. Rosetta regardait, en effet, cette jeune femme endormie en boule alors que Clark se promenait dans la pièce, trouvant sans doute peu agréable le matelas que l’on avait apporté pour elle en renfort ; par galanterie, il lui avait laissé le lit et le regrettait peut-être un peu, en particulier son dos.

Un second fauteuil fut approché près de celui de Rosetta et l’acteur s’y assit, jambes croisées, offrant le spectacle d’un Clark Gable en pantoufles. La jeune femme s’attarda sans le vouloir sur un détail, l’initiale brodée sur la robe de chambre, identique à ce qu’elle voyait du pyjama : un C comme Clark qui ressemblait aussi à un G comme Gable. Elle n’arrivait pas à déterminer de laquelle des deux lettres il s’agissait, comme si cela avait quelque importance capitale. Elle se souvint qu’elle n’était pas venue pour cela lorsqu’il demanda :
- Que puis-je pour vous, Rosetta ? Vous avez l’air bouleversée…
Levant les yeux vers lui, elle constata que Clark avait l’air sincèrement inquiet.
- Tyrone est parti, il est allé dans le manoir !
- Quoi ? Allons, Rosetta, vous avez rêvé, sans doute ! Pourquoi Ty irait-il dans le manoir et en pleine nuit, en plus ? Vous êtes sûre qu’il n’est pas dans l’un des salons du bas ? Au bar, peut-être ?
Il n’osa pas suggérer qu’il puisse être dans une chambre quelconque avec une autre femme, mais il y pensait et il trouvait que c’était manquer d’élégance alors que Rosetta était dans le même bâtiment.

Pour toute réponse, Rosetta se mit à pleurer.
- Il a suivi Rita dans le manoir. J’ignore la raison, s’ils ont voulu se retrouver là-bas… s’isoler… ou bien s’il l’a suivie, s’il veut la rejoindre ou la ramener… mais… peut importe ce pourquoi… Le manoir est dangereux, Clark, il ne faut pas les laisser là-bas…
Le sourire de Clark mourut sur ses lèvres. C’était donc vrai, Tyrone avait commis cette folie ? Comment osait-il donner tant de chagrin à une femme si gentille ? Et son inconscience n’était pas seulement en cause : il y était… avec Rita ! Les moustaches de Clark se mirent à frémir d’indignation. Sa Rita ! Non contente d’assortir d’une claque son refus de partager la chambre, elle partait vers ce manoir dangereux pour y réaliser on ne sait quelle lubie ? A celle qui hantait ses nuits, il n’adressait plus seulement que de douces pensées, il avait envie de la gifler et il enviait Glenn Ford qui pouvait le faire si souvent dans les films dont ils partageaient la vedette : il ne faisait jamais semblant et frappait de bon cœur par souci tout professionnel de réalisme. Rita, du reste, en faisait autant, ne lui avait-elle pas cassé deux dents sur le tournage de « Gilda » ? «Mon pauvre Glenn, tu n’as pas la mâchoire solide ! Je sais bien que Rita peut être brute, mais de là à t’endommager ! » Mais ce n’était pas cela qui importait à Clark !

Clark était doublement peiné, pour Rosetta et pour lui ; doublement fâché. Il en voulait à Rita pour la manière désinvolte et moqueuse dont elle le traitait, lui qui avait pour elle des sentiments si forts et qu’il n’éprouvait pour aucune autre femme, ne voulant donner son cœur à aucune autre depuis le décès tragique de son épouse Carole dans un accident d’avion. Il en voulait à Tyrone d’avoir si peu de considération pour Rosetta : était-ce trop lui demander de faire preuve de discrétion dans ses aventures ? Il n’était pas obligé de la tromper impunément presque sous le même toit, ni se rendre dans ce satané manoir alors qu’elle était là ! Clark souriait en regardant la jeune femme, visage enfoui sous ses mains, sanglotant. Elle était l’épouse que tout homme rêvait d’avoir pour qui recherchait la stabilité d’un foyer. Lui-même se demandait « aurais-je été sensible au dévouement que l’on devine en la voyant si Rita ne tournait pas dans mon cœur comme un vautour sur… », alors qu’elle murmurait dans un souffle :
- La vie de Tyrone ne vaut pas une nuit avec Rita dans un manoir…
Effondrée, elle se laissa glisser en avant et vint pleurer sur les genoux de Clark.

Quelque peu gêné et embarrassé d’avoir le visage baigné de larmes de Rosetta Power sur ses genoux, Clark se retrouva pendant quelques instants sans savoir que faire. Elle était recroquevillée comme une enfant et avait passé les bras autour de ses mollets pour rester accrochée. Doucement, il décroisa les jambes, ce serait plus confortable pour elle. Elle avait du sans nul doute se cogner le front à la rotule en s’effondrant ainsi ! Souriant de telles considérations pratiques qu’il ne pouvait s’empêcher de faire, Clark passa doucement la main dans les cheveux de la jeune femme, avec beaucoup de tendresse avant de la relever doucement.
- Allons, ne pleurez pas…
Il se mit à fouiller dans ses poches et finit par trouver un mouchoir qu’il lui tendit.
- Tenez. Il est propre…
Cette dernière remarque fit rire Rosetta tandis qu’elle essuyait ses larmes et s’asseyait à nouveau.
- Pardonnez-moi…
- Il n’y a rien à pardonner. Mouchez-vous, soufflez fort et faites-moi un beau sourire !

Ils se mirent à parler un peu. De Tyrone, de Rita. Dans chacun des mots de Rosetta transperçait comme une évidence l’amour empli d’abnégation qu’elle éprouvait pour son mari. Si Clark avait très souvent envie de se moquer d’elle – « le bac à fleurs », disait Rita – il la respectait profondément pour cela. Rosetta était sincère et dévouée. Il ne doutait pas de sa réponse lorsqu’il lui dit qu’il fallait pardonner à Rita la mauvaise influence qu’elle exerçait sur Tyrone. Elle ne lui en voulait pas. Elle savait par ailleurs que la vie avait été loin d’être tendre avec elle et que l’année précédente encore elle ne l’avait guère ménagée. Mais avant même d’apprendre que Rita cachait un cœur blessé, Rosetta lui avait pardonnée. Elle avait immédiatement choisi de se résigner et de faire preuve de patience en supportant les aventures de son mari, gardant pour elle la souffrance qu’elle ressentait lorsque cela devenait voyant. Si elle voulait le faire revenir à l’hôtel, ce soir, c’était en raison de la dangerosité du manoir. Elle voulait lui éviter un accident et par là même en éviter un à Rita.
- Clark, vous voulez bien m’accompagner ? Toute seule, je ne pourrai pas. J’ai peur…
- Oh oui, je viens !
Clark passa un trench coat sur sa robe de chambre. Au moment où il allait passer la porte, il revint en arrière.
- Je ferai bien de mettre des chaussettes, grogna-t-il, sinon je vais avoir froid au pieds, moi ! Aah, et des chaussures, aussi ! Mes pantoufles seraient fichues !

Quelques instants plus tard, Clark et Rosetta se dirigeaient vers le manoir, éclairant leur pas de la lueur blafarde d’une lampe torche…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Jeu 27 Oct - 1:05

Chapitre XVI


Le couple insolite et inédit formé par Rosetta et Clark pour venir en aide aux imprudents offrait un contraste saisissant avec l’austérité du manoir. Clark portait à la fois pyjama et robe de chambre avec manteau, chaussette et souliers. Rosetta, quant à elle, était habillée mais son visage angélique devint pâle et inquiet en découvrant, à la lueur de la lampe torche de l’acteur, le démon grimaçant de la plaque de cuivre qui ornait les grilles épaisses. Il défendait la demeure sous la devise « Non omnis moriar », ces mots que Tyrone n’avait pas vus.
- C’est un démon, Clark…
Il ne répondit pas, éloignant aussitôt le faisceau de la lampe.
- Entrons, dit-il simplement.
Et Clark poussa les grilles séparant Thunder Mesa des jardins de Ravenswood Manor, telles le passage entre deux monde : celui des vivants, celui des morts. Le claquement grinçant du portail se refermant derrière eux d’un coup sec fit sursauter Rosetta. Elle se retourna un bref instant sur ces grilles geôlières qui scellaient dès lors sa destinée : continuer, ne pas revenir en arrière. Elle se mit à frissonner.
- J’ai l’impression qu’elles ne s’ouvriront plus…
Clark s’était avancé de quelques pas, levant la lampe de tout côté pour s’orienter, ce qui eut pour effet de plonger la jeune femme dans l’obscurité lorsque la lumière n’était pas dirigée vers elle. Il se borna de hausser les épaules à sa remarque. Ce n’était pas une grille vermoulue avec un démon en cuivre qui empêcherait Clark Gable de quitter les lieux quand il l’aurait décidé. Il revint enfin près d’elle et désigna un escalier de pierre menant à la partie supérieure.

Les jardins avaient été, en effet, dessinés sur deux niveaux, le terrain quelque peu accidenté du promontoire ne pouvant qu’être aménagé en terrasse. La première chose que vit Rosetta fut un lion de pierre, ainsi qu’une sphère taillée sur une petite colonne dont elle ne saurait dire la matière mais qu’elle nommait bronze vraisemblablement par erreur. C’était assez joli. Elle avait déjà vu ce genre de statue dans les jardins de quelques villas, à Hollywood. Peu commun, en revanche, fut le rapace qu’elle découvrit ensuite. Vautour ? Elle ne le savait pas, mais la statue avait un air qui ne lui plaisait pas. Un air… Une statue, un oiseau de pierre, peut-il en avoir ? Elle avait une impression bizarre. Il fallut détourner son regard pour ne plus avoir la sensation déplaisante d’être suivie du regard par ce qui ne vivait pas.
- Voilà quelque chose dont je ne voudrais pas chez moi !
Clark grogna un « Moui » et l’incita à le suivre vers l’escalier majestueux faits de pierres blanches qui menait à la partie supérieure.

A gauche s’élevait sur un petit monticule une charmante gloriette d’un ton foncé et patiné par le temps, surmontée d’une lanterne ; dénuée de porte, ses côtés hexagonaux, entièrement vitrés, s’ouvraient sur le devant pour permettre l’entrée. Rosetta s’arrêta pour la contempler et Clark, voyant qu’elle n’avançait plus, fit de même pour ne pas la laisser dans le noir.
- Que c’est joli !
- C’est ce qu’on appelle un « gazebo », Rosetta ! Savez-vous d’où vient ce mot ?
La jeune femme fit non de la tête.
- D’un cri d’admiration français « Que c’est beau ! », déformé en « kasébo » et enfin « gazebo » !
Si la forme de la moustache de Clark l’avait permis, il l’aurait alors lissée entre ses doigts avec un petit air de fierté pour avoir fourni cette explication, en particulier devant le regard admiratif que lui lança Rosetta.
- Henry veut tourner une scène où Rita prend le thé dans ce gazebo. Il sera meublé d’un fauteuil et d’une petite table où il y aura une théière et quelques babioles. Bien sûr, il sera reconstitué en studio, celui-ci est en bien trop mauvais état.
- Il est pourtant si beau…
- En mauvais état. Il servira pour les scènes du manoir après la déchéance.
Rosetta était fascinée par le gazebo. Si Clark ne l’avait pas appelée pour continuer leur chemin, y serait-elle entrée ? Elle l’ignorait, mais elle en eut la tentation. Elle s’y voyait assise, laissant aux rayons d’un brillant soleil de Juin le soin de filtrer à travers les vitres. Elle voyait le thé fumant, dans sa robe sombre, versé dans les tasses de porcelaine. Elle entendait une mélodie, échappée de l’un des premiers gramophones. Elle…
- Allons, venez. Nous ne pouvons pas nous attarder…
Clark venait de la tirer d’un rêve éveillé, un rêve qui aurait pu être dangereux à en croire le frisson qu’eut la jeune femme en détachant ses regards du gazebo pour le suivre. En silence, elle gravit les marches du bel escalier à ses côtés, se détournant de ces impressions fugaces. Il restait comme une mélodie, autant qu’il pouvait en être… emportée par le vent.

Les deux visiteurs gravissaient mes marches sans peine. Elles étaient larges et parfaitement accessibles. Clark faisait cependant attention à Rosetta, veillant à ce que chacun de ses pas soient éclairés. Si elle était restée en arrière, si elle s’était éloignée, il l’aurait remarqué et n’aurait pas continué en l’ignorant, attendant qu’elle trottine pour le rejoindre dans le noir. Il comprenait qu’elle avait peur de la nuit, très peur, même, et qu’elle faisait l’effort de passer outre pour Tyrone. Il la voyait frissonner, jeter alentours des regards inquiets. Il ne pouvait que lui venir en aide.
- Oh, regardez ! Encore un « G » comme « Gable » ! s’écria-t-il soudain.
Un trait d’humour pour désacraliser l’austère majesté des lieux. Se doutant que Rosetta ne comprenait pas, il donna la solution de l’énigme :
- G comme gate, gardens, gazebo et maintenant garden pavilion !
Un pavillon se dressait devant eux. Non une gloriette comme le gazebo, mais une vaste structure de bois jouxtant la demeure sur la gauche. Une fontaine de pierre semblait exercer un étrange pouvoir sur Rosetta qui s’avança vers elle. Elle était à la fois attirée et repoussée par elle. En son centre, la statue d’un nu féminin se penchait comme pour recueillir une eau, tarie depuis longtemps. Imaginant à nouveau une mélodie ancienne, imaginant des voix susurrant à son oreille, des conversations, une garden party, Rosetta tendit lentement la main pour toucher du bout des doigts le visage de la femme de pierre. Clark la retint en lui prenant le poignet avant même qu’elle l’eut effleuré. Ce qu’elle imaginait disparut comme soufflé au loin, chimériques cendres, par la voix de Clark.
- Ne touchez pas, Rosetta. Qui sait si vous pourrez quitter ces lieux si vous touchez une chose d’ici ?
- Mais…
Les yeux pétillants de Clark lui firent cependant comprendre qu’il plaisantait.
- Mais ce n’est pas la statue du Commandeur, et ce n’est pas le manoir de Don Giovanni, reprit-elle en se ressaisissant.

Laissant derrière eux le pavillon, ils empruntèrent une galerie couverte qui le reliait à l’entrée du manoir, longeant tout un côté de celui-ci. Le plancher craquait sous le poids des ans, des pas des deux visiteurs. La balustrade de bois était belle, les lampes suspendues au-dessus de leur tête se balançaient en grinçant. La porte du manoir était enfin là. Clark la poussa à peine de la main, elle était entr’ouverte. Elle laissait deviner une petite pièce, le foyer : boiseries aux bas des murs, tendue de rose. Alors qu’il s’effaçait pour laisser passer Rosetta, Clark déclama soudain, tel un Orson annonçant une invasion martienne :

« Vous, vous qui avez osé troubler la sérénité de ces lieux... Aurez-vous le courage de franchir la porte de cette maison... ? »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 28 Oct - 22:56

Comtesse Rosetta a écrit:




Rosetta était fascinée par le gazebo.
»
toi comme toi comtesse
et de plus ca devient vraiment palpitant et grace atoi je revit lattraction dans les moindres details et je viens de remarquer que le nom du realisateur et le meme que celui du proprietaire des lieux .
etrange coincidence non???????
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 1 Nov - 17:56

pumpkin man a écrit:
et de plus ca devient vraiment palpitant et grace atoi je revit lattraction dans les moindres details

Voilà, maintenant on est presque dans le manoir. cheers Un grand merci pour tout ceux qui ont patienté jusque là en attendant qu'on entre enfin !

Citation :
et je viens de remarquer que le nom du realisateur et le meme que celui du proprietaire des lieux .etrange coincidence non???????

Vi, loooool ! Mais au début je l'ai juste choisi parce que je regardais "Le Cygne Noir" où Tyrone Power fait un pirate dans des décors qui resemblent beaucoup à POTC dans la première scène. Laughing
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Ven 4 Nov - 21:11

celui avec un couteau a la bouche ,???
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 5 Nov - 2:38

Un couteau dans la bouche ? Comment ça ? confused
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 5 Nov - 21:14

celui qui le mor le couteau juste avant celui qui se balance ..non???
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Sam 5 Nov - 22:05

Aah non, c'est le décor de la première scène du "Cygne Noir" qui me fait penser à POTC, pas le pirate. Dans la 1ère scène, on voit une ville espagnole en Jamaïque, de nuit. Elle se fait attaquer et ensuite les pirates partent avec des trésors et des filles. Je trouve que le décor ressemble à la ville de POTC pas seulement parce que ça se passe au même endroit dans le coin de Tortuga, mais parce que les couleurs sont dans le même ton. Wink
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 6 Déc - 20:45

Chapitre XVII


Lentement, l’ombre s’allongeait sous la faible lueur d’une lampe torche dans les corridors du Silverspur Steakhouse, se déployait tandis que résonnaient des pas inquiétants, martelant le sol, décidés. Le plancher de bois craquait. L’ombre en même temps dessinait une sombre auréole sur les portes des chambres devant lesquelles passaient les pas. La marche ralentit soudain, la lampe fut dirigée vers l’une des portes pour en éclairer le numéro gravé dans une plaque de forme ovale. Une main apparut alors dans le faisceau lumineux, se posa sur la poignée plutôt que de toquer, hésita et se retira enfin. Ce n’était pas la bonne porte. Les pas poursuivirent leurs pérégrinations dans les sombres corridors de l’hôtel.

A présent, la lampe torche s’élevait haut sur les murs, semblant parfois lécher la tapisserie aux motifs floraux qui les couvraient mais ne passant en réalité jamais aussi près comme s’il se fut agis d’une torche qui eut pu brûler par la morsure de son baiser. La fée électricité pouvait sans risque enlacer la cloison mais elle était, entre les mains de celui qui la tenait, comme un flambeau, tel le flambeau de la Columbia tendu au bout du bras de sa dame. L’ombre ayant en sa main la lumière s’arrêta enfin devant un numéro, le numéro qu’elle cherchait. Une main d’homme parut alors dans son rayon. Trois coups furent frappés.

Derrière la porte, nul ne bougeait. La main toqua encore plusieurs fois. Cela avait été d’abord lento, puis allegro enfin presto. L’homme s’agaçait à présent, estimant que l’occupant de la chambre avait eu le temps de se réveiller. Il se mit à frapper du plat de la main jusqu’à ce que le visage ensommeillé de Henry Fonda lui apparaisse.
- Je cherche Rita, dit simplement l’homme.

Le tapage avait attirée l’occupante de la chambre voisine. Ava, en peignoir jaune, faisait preuve de curiosité. Les autres clients, installés à cet étage, n’avaient pas entendu ou bien faisaient-ils semblant, l’actrice ne le savait pas mais lorsqu’elle vit l’auteur du tapage elle fut contente que seuls Henry et elle soient éveillés.
- Glenn Ford !
Sans attendre la moindre réponse de la part l’intéressé, elle le prit par le bras et le fit entrer dans la chambre de Henry, bousculant au passage ce dernier. Plusieurs fois partenaire de Rita pour la gloire de la Columbia et le bonheur du public, Glenn pouvait se vanter d’être l’un de ses amis les plus dévoués. Comme tant d’autres, il était tombé amoureux d’elle sur le tournage de « Gilda », bien que la connaissant déjà, mais il avait accepté qu’il n’y ait rien entre eux qui s’appelle un amour autrement que fraternel. Le meilleur ami de l’actrice, pourrait-on dire, peut-être son seul ami. Désintéressé, dévoué et fidèle, le premier à s’être manifesté lorsqu’elle revint en Amérique, brisée par son mariage avec le Prince. Il était là pour la soutenir et l’écouter. Il n’avait plus dans l’idée de la séduire. Seulement être son ami. Son ange gardien. Il ne voyait pas d’un bon œil sa liaison avec Tyrone mais celle-ci persistait même après les années aussi ne tentait-il jamais de lui en faire reproche. Il n’avait jamais fait allusion à Rosetta en lui faisant voir qu’elle était certainement malheureuse de ce ménage à trois. Il ne disait rien de cela par honnêteté car lui-même avait voulu séduire Rita en dépit d’Eleanor, son épouse qu’il aimait, et d’un fils qui n’avait pas encore un an au moment du tournage de « Gilda ». Aah, « Gilda » ! Le public avait identifié les deux acteurs à leur personnage respectif. « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi ! » disait Rita. Glenn, lui, ne s’attendait pas à ce que son Johnny Farrel soit l’objet de tant d’amour et de passion de la part des Américaines.

Tandis que Henry frottait ses yeux encore gonflés de sommeil, Ava se tenait juché sur le bras de son fauteuil, une cigarette à la main. Elle regardait Glenn tourner en rond dans la chambre, lui jeter parfois un regard las. Elle-même pensive, toujours dans son peignoir jaune, soufflant des volutes de fumée tout autour d’elle, l’actrice n’avait plus rien dit depuis que la porte de la chambre s’était refermée. Personne n’avait rien dit.
- Je cherche Rita ! répéta Glenn.
Ce fut Henry qui répondit, alors qu’Ava était perdue dans sa contemplation.
- Pourquoi la cherches-tu ? Elle n’a pas dit qu’elle t’avait invité sur le tournage et je ne crois pas que tu sois l’ami d’Orson, il n’a donc pas pu te demander de faire son entremetteur. D’ailleurs il n’a pas d’amis.
- Je la cherche parce qu’avant de venir ici elle allait mal. J’aurais préféré qu’elle tourne aux studios, mais elle a voulu partir pour faire ce film. Je ne suis pas venu la chercher, mais seulement la voir, lui rendre visite.
- Bon, alors tu es allé voir à sa chambre ? Comme tu vois, l’homme qui essaie de dormir dans mon lit est un membre de l’équipe technique. Nous avons eu un incendie, la foudre est tombée. Elle a donc du partager elle aussi.
Glenn suivit le regard de Henry et vit effectivement un homme enroulé sous les couvertures.
- Bah, nous le gênons, alors, entre la lumière, la fumée et nos discussions, nous ferions mieux de sortir !
Henry n’y avait pas pensé. Il lui montrait l’homme tranquillement comme s’il parlait lui aussi de la pluie et du beau temps en pleine nuit, sans voir l’importunité de la situation. Lorsqu’il s’en rendit compte, il se confondit en excuses puis fit sortir Ava et Glenn, laissant enfin le technicien dormir en paix.

Tous trois dans le couloir, Glenn entreprit de parler à voix basse pour ne pas causer plus de désagréments.
- Rita n’est pas dans sa chambre.
- ET SI…
Ava avait parlé haut.
- Chûûût !! fit Glenn, un doigt sur la bouche.
Main aussi sur la bouche, Ava rougit comme une enfant prise en faute.
- Et si Rita était allée se promener ? Je sais qu’il pleut, mais…
- Je sais où elle est…
Tous trois sursautèrent comme surpris en train de comploter et se retournèrent aussitôt. Helen était adossée à la porte de sa chambre, bras croisés sur sa robe de chambre.
- Je sais où elle est… Elle est partie dormir dans le manoir…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 6 Déc - 20:46

Chapitre XVIII


Clark riait de ce qu’il appelait « sa petite plaisanterie. » Imiter la voix d’Orson était l’un de ses plaisirs mais il ne le faisait d’ordinaire qu’en secret de peur de se trahir un jour et d’oublier qu’il ne valait mieux pas se livrer à sa petite plaisanterie en présence de Rita. Chacun sait combien la moquerie est entreprise risquée, l’on peut un jour laisser échapper les surnoms ou mots que l’on ne devrait point dire devant certaines personnes. Clark aimait donc se moquer d’Orson, mais le faire en présence de l’intéressé serait suicidaire, le faire devant Rita guère mieux et devant quelqu’un d’autre, la chose peut toujours être rapportée. Il était cependant convaincu qu’il ne risquait rien avec Mrs Power. Elle avait même tout intérêt à ce que Rita soit bien avec Clark si cela permettait un jour de la détacher de son époux.
- J’aime bien ma voix grave ! dit-il en riant.
Rosetta lui sourit.
- Je dois avouer qu’elle peut-être chaleureuse, mais aussi terriblement inquiétante. Vous m’avez effrayée, tout à l’heure ! On aurait dit… On aurait dit…
Rosetta réfléchissait, ne parvenant pas à qualifier exactement l’impression que cela lui avait fait.
- On aurait dit l’une de ces émissions de radio… Vous savez ? CBS. Comme lorsque Mr Welles raconte des histoires !

Clark ne songeait plus à vanter sa voix grave – il aurait pu tout aussi bien dire « J’aime bien ma moustache ! » - non, curieusement, il pensait à Orson. Au lieu d’entrer dans le manoir, il restait dans l’entrebâillement de la porte, Rosetta sur ses talons, à regarder Thunder Mesa endormie au pied du monticule, par-delà la balustrade de bois. Orson… Parce que les premières images de « Citizen Kane » avaient donné à Clark l’impression de regarder un film d’horreur ? Il est vrai que le générique aurait pu servir pour un film avec Bela Lugosi ou Boris Karloff. Le plan dévoilant le fabuleux palais de Xanadu, avec sa musique inquiétante, pouvait faire songer au manoir des Ravenswoods. Non, c’était Rita, encore Rita qui occupait ses pensées. Malgré sa liaison avec Tyrone, malgré un nouveau mariage, malgré… Clark, la plus grande place de son cœur était dédiée à Orson. En dépit des relations tumultueuses que son premier époux avait entretenu avec elle, il était le seul qui comptât vraiment. Tyrone en était loin, bien qu’elle n’en fut point consciente, sincère lorsqu’elle lui disait que lui seul était aimé d’elle. On ne pouvait oublier Orson. Rien, ni son caractère épouvantable, colérique, cassant tout ce qui lui passait sous la main à la moindre contrariété, odieux au point d’avoir pour ennemi la moitié du globe en attendant l’autre, sa maniaquerie, son infidélité chronique et bien connu, connu pour avoir fait sa campagne électorale aussi bien dans les alcôves que dans les lieux plus appropriés lorsqu’il voulut habiter la Maison Blanche, rien, donc, ne pouvait détacher Rita de lui. Divorcés, à nouveau ensemble, leur vie était un chassé-croisé au cours duquel ils se retrouvaient et se séparaient encore. Clark savait que s’il pouvait espérer prendre un jour la place de Tyrone, il ne pourrait lutter contre l’emprise du génie wellesien. Cependant, il était prêt à se contenter des miettes qu’elle lui donnerait. Sa déesse.

Une petite main passa soudain devant les yeux de Clark. Il découvrit Rosetta, tendue sur la pointe des pieds, agiter ses doigts devant lui pour attirer son attention. Elle le faisait avec effort, être sur la pointe des pieds n’y suffisait pas tout à fait pour elle.
- Clark ? Vous ne m’avez pas répondu…
- Parson ? Vous disiez ?
- Pourquoi n’entrons-nous pas ? Vous avez ouvert la porte sans difficultés, nous sommes à demi dans l’entrée du manoir, à demi dehors.
- Oui, vous avez raison, nous allons…
Des ombres furtives, parcourant les jardins à la lueur de lampes torches, apparurent alors. Ni l’un ni l’autre ne les avaient encore remarquées.
- Vous croyez que ce sont… des fantômes ?
Rosetta, effrayée, s’agrippait au bras de l’acteur.
- Eh bien, dans un certain sens…
Des voix, les ombres parlaient ! Assez fort, étant certaines d’être seules.
- La voix de Henry ! s’écria Clark.
Les ombres l’entendirent puisqu’elles se turent immédiatement. On entendit alors courir puis le même bruit de pas précipités sur les planches de bois et… Henry, Ava et Glenn furent devant eux.
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mar 6 Déc - 20:46

Chapitre XIX


De voir tout ce monde – ils étaient cinq à présent, rassurait Rosetta. Leur aide pour retrouver Tyrone et Rita était bénie.
- Bonsoir, Rosetta !
Une voix que la jeune femme aimait à entendre bien qu’elle n’en eut que peu l’occasion…
- Glenn !
Elle rougit légèrement et dissimula son léger trouble par un éclat de rire. Par chance, Ava vint à son secours. L’actrice avait bien compris que Mrs Power n’était pas insensible au charme de Glenn et qu’elle faisait tout pour le cacher.
- Ce sont nos tenues qui vous font rire, bien sûr ! Vous êtes habillée, mais moi j’ai un manteau sur mon peignoir jaune, Henry, la même chose sur son pyjama, Glenn… Ah non, Glenn est impeccable, manteau sous lequel je distingue ce qui ressemble à un costume rayé. Quant à Clark…

Le visage jusque là imperturbable de Ava se contorsionna en une multitude de petite grimaces. Spectacle curieux qui attirait l’attention des trois hommes et de Rosetta. Enfin, le fou rire contenu avec effort éclata.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!!
- Tu as perdu la tête ? Je te fais rire ?
C’était pourtant une évidence et Clark n’avait pas besoin de poser la question. Le faire renforça l’hilarité de la jeune femme.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!! Tu as un trench-coat mais je vois bien que c’est un pantalon de pyjama qui dépasse ! Clark en pyjama ! C’est encore plus drôle qu’Henry ! Ça me rappelle cette histoire que Don Ameche m’a raconté, d’une fois où il s’est retrouvé sur le palier, dans un hôtel, alors que des gens sortaient d’un ascenseur. Il s’était fait mettre à la porte de sa chambre, et…
L’hilarité était générale. Vexé, Clark s’en pris à Glenn qu’il n’aimait pas, jaloux d’avoir constaté plusieurs fois que Rita parlait toujours de lui lorsqu’il était question d’amitié.
- Qu’est-ce que tu as à rire, toi ?
Glenn jugea préférable d’en rester là.
- Et si nous entrions ? Nous sommes bien venus pour cela, non ?
Il ne jugea pas utile d’expliquer qu’il était à Thunder Mesa pour voir Rita, il jugeait au regard de Clark que celui-ci avait très bien compris. Quant à Mrs Power, elle avait l’air si émerveillée de le voir qu’elle n’en demandait nulle explication.

L’idée de Glenn était la bonne. Il ne servait à rien de passer la nuit dans l’entrebâillement de la porte du manoir. Cela avait eu, cependant, le mérite de mettre Rosetta plus à l’aise. Ils avaient ri et on en avait oublié combien le manoir était sinistre et combien sa vétusté pouvait être dangereuse.
- Soyons prudent, dit-elle quand même.
- Nous marcherons sur des œufs, la rassura Glenn.
- Sur la pointe des pieds, comme les domestiques chez Orson pendant que Monsieur se repose ou réfléchit ! s’écria triomphalement Clark, avant de regretter ce qu’il venait de dire.
« Mon vieux, tu as de la chance que Rita n’ait pas entendu ! Attention à la prochaine fois ! » s’admonesta-t-il pour lui-même. Il s’offrit cependant le luxe d’une nouvelle imitation à la Welles, rendant sa voix démesurée, jouant sur les tremolos :

« Allez, ne vous faites pas prier, entrez, qu’attendez-vous donc ? N’ayez pas peur, au point où vous en êtes… »

Ils entrèrent donc. Henry referma derrière lui la porte du manoir :
- Alea jacta est !

Clark s’amusait beaucoup à jouer les guides. « Je peux faire aussi bien que le joufflu à la radio, moi ! », pensait-il en exhibant ses dents dans un sourire qui eut pour effet de tendre les deux bouts de sa moustache.

« Montrez-vous en pleine lumière, que je vous voie un peu ! … Ha ha ha ha, gniark-gniark-gniark ! … Vous n’avez rien à craindre, chers amis. Allez, entrez, j’ai tellement de choses à vous faire découvrir ! »

Il n’entendit pas Glenn marmonner « C’est pas bientôt fini de jouer au fantôme, Gable ? » En revanche, Henry attira leur attention à tous sur un portrait en médaillon suspendu dans l'un des angles de la petite pièce...
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 7 Déc - 17:14

Chapitre XX


Rosetta évoluait, fascinée, dans la petite pièce. Bien que couverte de toiles d’araignées dont elle n’aurait supporté d’entrevoir l’ombre de l’une d’entre elles, le foyer était joli, les boiseries ne semblaient pas vermoulues. Des rideaux, qui avaient dû être immaculés du temps des Ravenswoods, ornaient les fenêtres et flottaient doucement, sans doute à cause du vent qui s’était engouffré dans la pièce au moment où Clark ouvrit la porte. Le mobilier faisait défaut. Seule une cheminée et un lustre de cristal servaient d’ornement, à l’exclusion des belles boiseries de bois sombre qui contrastaient avec la partie supérieure des murs, tendus de rose.

En dépit de cette nudité, de ce sobre dépouillement surprenant quant à la splendeur des Ravenswoods, le foyer offrait bien plus qu’une petite pièce ayant pour fonction d’être l’entrée du manoir, d’accueillir tout visiteur. Une atmosphère intime émanait de ce cadre victorien et le manoir en eut paru chaleureux si l’on occultait l’inquiétante façade et la légende qui donnait naissance à « Bloody Rose ». Ces réflexions, que Rosetta se faisait en regard de la singulière attirance qu’exerçait sur elle ce lieu faussement enchanteur, trouvèrent vite une apparence plus rationnelle : c’était une entrée, un hall, ce n’était point là que l’on trouverait le splendide mobilier que l’on était en droit d’attendre dans une demeure de cette distinction. Ce devait être le domaine du majordome. La jeune femme imaginait un homme grand et maigre, tout en raideur et dignité dans son strict costume amidonné, portant des gants blancs et accueillant de la sorte les relations des Ravenswoods.

Si Rosetta avait levé les yeux vers le lustre de cristal, elle avait omis de scruter les angles du beau plafond. C’était pourtant là que trônait, majestueux et fier, l’unique témoin des occupants du manoir. Henry l’avait remarqué, à la différence des ses amis, car il s’était tout de suite avancé vers le fond de la pièce, en quête d’une porte qui leur permettrait à tous de poursuivre leur découverte des lieux puisque ni Tyrone ni Rita n’était dans le foyer.
- Regardez… Vous pensez qu’il s’agit de Mélanie Ravenswood ?
Tous s’approchèrent, suivant le regard de l’acteur. Niché dans l’angle gauche du foyer, entre le plafond ouvragé et les murs tendus de rose, le portrait d’une femme semblait les observer de quelque côté qu’ils furent. Le cadre était joli, de forme ovale ; c’était un portrait en médaillon. La mince épaisseur de verre qui le protégeait était piquée de noir, assombrie, des toiles d’araignées y étaient accrochées mais le regard pénétrant de la jeune femme perçait les ténèbres et fixait les visiteurs improvisés.
- C’est… C’est Rita… s’écria Rosetta, rompant l’étrange silence quasi religieux qu’observaient ses compagnons depuis la découverte du portrait.

L’intervention de Mrs Power eut pour effet saisissant de paraître tirer d’hypnose Henry, Glenn, Clark et Ava. Rosetta fut prise au sérieux pour la première fois sur le chapitre des ressemblances, elle qui d’ordinaire en voyait où il n’y avait pas lieu d’être et n’en aurait point vu en présence de jumeaux. Il lui était arrivé, par le passé, de croire reconnaître quelqu’un qui était un inconnu mais de ne pas reconnaître une personne pour laquelle elle aurait dû. Cela lui avait attiré de petits soucis ; connaissances vexées, « Kiiiiiiiiiii » au contraire lorsqu’elle se rendait compte qu’elle s’adressait à un inconnu. Or, donc, ses compagnons, qui savaient d’elle tout cela pour en avoir été « victime » parfois et notamment Clark que Rosetta avait un jour appelé « Don Ameche », se mirent à partager le même avis. C’était à qui reconnaîtrait le plus les traits de Rita. Clark parla des lèvres charnues, Glenn des yeux magnifiques et Henry de l’opulente chevelure auburn. Ava était d’accord sur chaque indice : c’était Rita, ou plus exactement un sosie de Rita.
- C’est amusant, elle porte un médaillon autour du cou et son portrait est lui-même en forme de médaillon ! commenta Clark.
Bon public, Rosetta rit doucement, se doutant que cela lui ferait plaisir.

La dame du portrait avait un joli visage, un doux ovale harmonieux qui pouvait expliquer le choix de l’ornement d’acajou qu’était son écrin. Le teint sans doute laiteux était assombri par le passage du temps. Le charmant minois était encadré d’anglaises auburn. Mais plus que la beauté du modèle, que l’on retrouvait en Rita, ce furent sur les yeux que chacun posa son regard. Ils ressortaient admirablement bien et paraissaient animés bien que tout profondeur de champ fasse défaut sur un tel portrait en une dimension. Doucement, perdu elle aussi, comme les messieurs dans la contemplation de la dame, ainsi que Rosetta, Ava se mit à fredonner « Cheek to cheek », une chanson de Fred Astaire qui ne provenait cependant pas de l’un des films qu’il avait tourné avec Rita. « Joues contre joues » lui était venue face aux pommettes roses que l’on distinguait par miracle sous la poussière et l’usure, pommettes de peinture. Le foyer, changé en sanctuaire l’espace des quelques minutes que dura la contemplation, le souffle coupé, de l’idole nouvelle, de l’icône aux anglaises auburn, revint à l’instant présent par le timbre de voix de Ava. Une fois de plus, chacun parut tiré d’une singulière hypnose.

Mrs Power quitta l’emprise du portrait en même que Ava, alors que les trois acteurs restaient fascinés.
- Nous devrions continuer, choisir l’une des deux portes que nous voyons là. Nous devons retrouver mon mari et Rita !
Ils se retournèrent enfin, un peu hébétés.
- La voix de la raison ! s’écria enfin Glenn.
Comme il disait cela, il s’avançait vers le mur de gauche. Les boiseries révélaient la silhouette d’une porte et semblable motif ornait le mur du fond de sorte de former un angle droit avec le portrait qui les toisait de sa hauteur.
- Deux portes, laquelle choisir ? demanda Glenn.
- Prenons celle-ci, puisque tu y es ! fut la réponse de Clark.
La porte, fondue dans les boiseries telle un décor de théâtre, s’ouvrit assez facilement. Elle n’avait point été franchie depuis fort longtemps, mais Rita puis Tyrone étaient passés. Pourtant, il eut été naturel de s’interroger sur la manière dont avait pu s’y prendre l’actrice pour ouvrir le panneau de bois, de toute évidence gonflé par le temps. Il donnait à penser qu’il était de fabrication récente. Non pour le style et la manière, mais pour l’excellence de son état quand bien même le manoir était laissé à l’abandon.
- Quelle porte étonnante ! C’est un panneau de bois qui coulisse ! s’exclama Glenn.
- On dirait que notre ami Ravenswood voulait que sa maison ait l’air bien fermée ! renchérit Clark.
Le mécanisme était ingénieux. La splendeur des Ravenswoods avait permit un équipement fait de rouages et d’engrenages et l’on ne serait étonné si l’on découvrait plus loin des structures faites de verrières et d’armatures pour soutenir la majesté du bois.

Rosetta et les quatre acteurs passèrent dans un petit salon et prirent soin de refermer la porte derrière eux…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Jeu 8 Déc - 19:10

Chapitre XXI


Par réflexe, Glenn passa la main sur le mur une fois la porte franchie et chercha à tâtons le bouton magique qui permettrait que lumière se fasse, que la pièce soit éclairée de bien meilleure manière que par de simples faisceaux de lampes torches. Il se rendit compte de son erreur aussitôt.
- J’oublie que ce manoir ne peut pas avoir le confort électrique !
- Et pourquoi pas ? questionna Ava. Mr King nous a dit que la scène du Lucky Nugget saloon avait été équipée très tôt !
- Ah oui, euh, bon… Je ne sais plus si cela aurait été possible au moment de l’abandon du manoir même en y mettant le prix, je n’en sais rien, je ne sais même plus en quelle année il est supposé avoir été abandonné ! Mais peu importe, il n’y a pas l’électricité, en tout cas ! Voyons un peu ce qui nous entoure. Après tout, tout à l’heure nous avons pu voir le portrait en médaillon alors que la pièce était plongée dans le noir ! Elles ne sont pas mal du tout, ces p’tites lampes ! conclue Glenn en agitant la sienne sous le nez de ses compagnons.

C’était un salon hexagonal composé de panneaux de bois identiques à ceux du foyer mais, au lieu d’être tendus de rose, les murs étaient recouverts d’une tapisserie bleue et blanche, un motif de rayures. Rayures bleues du fond blanc ou rayures blanches sur fond bleu, voilà qui aurait prêté à pari s’il y avait un moyen quelconque de prouver ses dires. En l’absence de l’artisan qui avait posé les tapisseries, il fallait bien se résoudre à ne plus y penser. L’ensemble, comme le foyer, était dépourvu de mobilier : avait-on tout emporté ? Henry en déduisit que ce n’était sans doute qu’un salon pour accéder aux autres pièces, ou plutôt une antichambre. Les lampes portées à bout de bras révélèrent un haut plafond, peut-être à caissons mais rien n’était moins sûr. Il avait dû être blanc, ivoire peut-être. Il était recouvert d’une épaisse couche de poussière et de toiles d’araignées. Un peu plus bas en faisant descendre le faisceau lumineux du plafond, à chaque angle, étaient des gargouilles sculptées, portant chacune deux bougies. Ces chandeliers sombres, ricanants et effrayants n’étaient pas de ceux auxquels les quatre acteurs et Mrs Power étaient habitués.
- C’est très romantique ! commenta ironiquement Ava.
- Ils me font peur…frissonna Rosetta.
- J’espère que Ty n’aura jamais le mauvais goût d’en poser un comme ça sur la table pour un dîner avec toi ! C’est idéal pour couper l’appétit ! Regardez tous, avec les oreilles pointues et le sourire bizarre ! Beurk, j’aime pas !

Les portraits avaient immédiatement attiré les regards, tandis que les lampes balayaient la pièce dans tout son volume, projetant sans le vouloir des ombres qui s’entrecroisaient, inquiétantes, déformant l’ombre des gargouilles. Un salon hexagonal, une antichambre… une galerie de portraits ! De part et d’autre des chandeliers, chaque mur soutenait un tableau, délicate peinture aux tons qui avaient dû être doux et lumineux, à présent assombris sans toutefois, et cela en était étrange, perdre de sa douceur. Cela contrastait violemment avec l’impression de malaise que donnaient les chandeliers en forme de gargouilles. D’une manière quasi instinctive, les lampes torches se braquèrent sur le tableau qui leur faisait face. Clark avait exercé de nombreux métiers avant de faire ses débuts à Hollywood, il avait même était vendeur de cravates, mais la profession de « guide-à-la-Orson-avec-un-soupçon-de-Mr-Loyale » semblait beaucoup lui plaire depuis qu’il escortait Rosetta :

« Notre visite commence ici dans cette galerie où vous pouvez admirer la douceur et l'innocence de la jeunesse. »

Le premier portrait représentait une jeune fille vêtue de couleur lilas et bleue, une ombrelle orangée entre les mains. Elle était assise dans ce que l’on devinait être une barque, dans un décor évoquant les bayous, chose surprenante dans les terres arides de Thunder Mesa.
- Nous sommes loin des bayous, pourtant ! commenta l’ex Rhett Butler.
La jeune fille avait l’air sereine, le portrait était très beau. Les traits du visage, les anglaises de cheveux auburn, il ne pouvait y avoir de doute : la jeune fille du médaillon, le sosie de Rita. Seuls ses yeux étaient légèrement différents, ils n’avaient pas le même éclat magnétique. Les lampes passèrent au second portrait.

- Encore la même jeune fille ! s’écria Henry.
Elle était, cette fois, vêtue de rose, de blanc et semblait se baigner dans un cours d’eau. Le tableau ne révélait ni ses jambes si ses pieds, mais la perspective faisait voir derrière elle le lit d’une rivière et sa posture légèrement inclinée, ses mains posées sur la jupe donnaient à penser qu’elle retenait sa robe tandis que ses pieds nus étaient dans l’eau. A l’arrière plan, une demeure se dressait dans un coin. Elle rappelait la silhouette du manoir.
- Je suis sûr que c’est Mélanie Ravenswood, le rôle qu’on a donné à Rita ! reprit Henry.

C’était bien chose probable, d’autant que la jeune fille apparut une troisième fois, sur le portrait suivant. Elle était cette fois dans un jardin, devant un massif de roses rouges magnifiques. Bustier rouge, manches blanches, jupe bleue, un chapeau de paille orné d’un ruban rouge, une rose à la main, panier d'osier à l'autre. A l’arrière plan, de manière nette le gazebo et le garden pavilion où Rosetta avait été attirée par une fontaine dont la statue était couverte de mousse.
- Plus de doute ! conclut Henry.

Le quatrième portrait était le plus étonnant. La jeune fille n’y était pas seule. Un moustachu, dans une tenue de cowboy, était assis près d’elle. Il jouait de la guitare tandis qu’elle le contemplait amoureusement. Elle était vêtue de bleu pâle et de blanc. Le manoir n’apparaissait nulle part. La prairie était le décor d’un pique-nique que l’on devinait aisément à la nappe à carreaux rouges et bancs sur laquelle ils étaient assis.
- Mais… on dirait moi !! s’exclama Clark. D’ailleurs, il y a une scène de pique-nique dans le script de « Bloody Rose » ! Il y a un salon aux portraits ! Je me souviens avoir dit à Ty que Rita et moi nous tournerons cette scène aux studios parce que nous sommes l’hiver et qu’il faut être au printemps et que d’ici là nous aurons quitté Thunder Mesa ! Je sais ce qui va se passer, la nappe a l’air toute jolie, comme ça, mais en réalité elle est envahie par des insectes et des reptiles, c’est dégoûtant ! Et il y a aussi des choses qui apparaissent subitement sur tous les autres tableaux !
Glenn se mit à rire.
- Voyons, ce n’est qu’un portrait ! Le reste, c’est inventé par un scénariste pour les besoins du film. La seule chose, c’est que quelqu’un ici connaît l’intérieur du manoir, en a parlé, a peut-être écrit je ne sais quoi, des mémoires, et dedans on a décrit le fiancé de Mélanie d’après ce portrait, puisqu’il s’agit sans doute de lui, et toi on t’a engagé parce qu’il y a une ressemblance physique. Je ne trouve pas qu’elle soit si frappante, d’ailleurs, moi…
Ava et Henry se mirent à rire à leur tour, surtout lorsque Glenn se saisit de l’occasion pour se moquer de Clark, en prenant une voix chevrotante :
- Aââlôôôôrrrrrs, Mr Gâââble, on a peur des vilaîîîns portraîîîîts ?

Sans y prêter attention, la lampe dans la main de Henry, hilare, passa sur le mur suivant, celui de la jeune fille à la barque. Un cri strident de Rosetta les fit tous lever les yeux. De saisissement, les rires se turent et un silence flacé les remplaça. Le tableau semblait s’être allongé. Ils comprirent qu’ils n’avaient pas vu toute la scène, ils comprirent que la barque se dirigeait droit sur une chute d’eau, une cascade à la profondeur infinie dans laquelle la jeune fille au visage si serein s’apprêtait à basculer sans en avoir conscience…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 14 Déc - 17:50

Chapitre XXII


Tremblant comme une feuille, Rosetta n’osait pas regarder les autres portraits, comme s’il était évident pour elle que tous avaient changé. Les lampes demeuraient braquées sur le premier portrait, la jeune fille à la barque qu’il convenait maintenant de nommer « la jeune fille et la cascade », chacun refusant de croire à ce qu’il voyait. Comment pourrait-il en être autrement ! Comment estimer rationnel un tel phénomène ! Une peinture ne peut changer d’image ainsi !
- C’est peut-être un phénomène optique ? hasarda Henry. Il y a forcément une explication ! Un trucage, comme un cinéma ! Vous êtes sûrs que Mr King n’a pas fait aménager le manoir par les décorateurs du tournage ? On se croirait sur un plateau, il ne manque que les projecteurs, quelqu’un pour crier « Action ! » et des tas de personnes pour nous scruter quand il y a un baiser !
La nervosité de sa voix ne laissait cependant aucun doute, de même que celle de Clark qui lui répondit.
- Non. Toutes les scènes intérieures seront tournées en studios. Le manoir a été déclaré vétuste, il nous était interdit d’y entrer.
- Si nous ne sommes pas dans un décor de cinéma, alors…. ? Dans un train fantôme, je comprendrai ! Chez Orson, je comprendrai, je le vois bien installer chez lui de faux tableaux maudits faits par des trucages de cinéma, pour faire peur aux téméraires qui auraient encore l’idée d’aller chez lui ! Mais là…
- Tu as parlé de train fantôme, Henry, mais l’histoire de « Bloody Rose », qu’est-ce que c’est sinon une histoire de fantôme ?

Les deux acteurs se retournèrent brusquement, entendant gémir derrière eux. C’était Rosetta. Afin de ne pas troubler davantage encore les dames, Clark décida d’endosser à nouveau le rôle de pseudo guide du manoir.
- Hum, hum, allô, ici Orson Welles ! Je vais vous expliquer de que nous faisons dans cette pièce où je vous ai laissés au cours de l’épisode précédent !

« Hélas ! Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent… Les murs de cette pièce, par exemple, ne s’allongeraient-ils pas, par hasard ? »

Guère plus rassurée, Rosetta songeait davantage à l’effrayante découverte qu’à l’idée d’une promenade chez Orson si jamais celui-ci avait un jour l’idée de transformer en attraction sa demeure de Carmelina Drive, où il vivait avant de s’expatrier en Europe.
- Je… Je suis sûre qu’ils ont aussi changé…
Elle parlait naturellement des autres portraits et imaginait déjà leur ombre devenue menaçante s’allonger et dévoiler quelque autre « accident » survenant à la jeune fille. Elle voulait voir autant qu’elle le redoutait, elle posa la main sur le bras de Glenn, celui qui de tous se tenait le plus proche d’elle, pour qu’il incline le faisceau de sa lampe en direction du second tableau, celui de la jeune fille à la baignade. Désormais, une créature marine faisait son apparition à ses pieds sans qu’elle se rende compte, une fois encore, du danger. Une patte gigantesque, couverte d’écailles et de griffes, s’avançait et allait d’un instant à l’autre saisir les délicates chevilles pour précipiter la jeune fille avec elle dans les abysses infernales.

Ainsi, de tableau en tableau, dans un silence glacé à peine animé par les gémissements lancinants d’une Mrs Power terrorisée, les quatre acteurs découvraient avec horreur que le peintre avait souhaité dans chacune de ses toiles que la probable Mélanie Ravenswood subisse un mauvais sort. Lorsqu’elle cueillait des roses, un squelette sortait des entrailles du massif. Lorsqu’elle pique-niquait avec son fiancé, des fourmis envahissaient la nappe à carreaux rouges et blancs, accompagnés d’un serpent de bonne taille et d’une grosse araignée. Cette dernière vision fut de trop pour Rosetta qui poussa un cri strident et cacha ses yeux entre ses mains, la tête rentrée dans les épaules, le dos en boule, comme pour échapper à ce cauchemar par le simple fait de se recroqueviller. Les lampes s’éteignirent alors, le salon était plongé dans la plus grande obscurité. Un cri de Mrs Power à nouveau, accompagné cette fois de sanglots, le cliquetis des doigts sur le bouton des lampes. Elles ne fonctionnaient plus.

Clark se souvint des chandeliers en forme de gargouille. Ils portaient encore des bougies, deux à chaque fois, ce qui en faisaient huit en tout.
- J’ai des allumettes dans la poche de mon trench, je vais allumer les bougies ! Il va falloir grimper un peu, par contre. Henry, tu me fais la courte échelle ? Nous allons trouver les angles des murs à tâtons. Oooh, pourvu que nous évitions de toucher ces horreurs de tableaux !
Sans perdre une minute, les deux hommes mirent cette idée à exécution. Ils ne savaient pas par quel tour de magie - magie noire probablement – les portraits avaient pu se transformer à moins que le manoir soit habité par un passionné des trucages du septième art, mais ils préféraient d’abord que la lumière soit avant de s’interroger sur ce phénomène. De petits bruits comiques se firent entendre, le « toc ! » de Clark se cognant dans le noir contre un mur, le « aïe ! » qui s’en suivit, les grognements de Henry lorsqu’il dut supporter le poids de son amis sur ses épaules.
- Pourquoi ils sont si haut, ces fichus chandeliers ?
Il fallut recommencer trois fois l’opération ; Henry aurait été bien en peine de porter Clark sur ses épaules de mur en mur. Enfin, le salon se trouva à nouveau éclairé d’une lueur plus blafarde encore.
- Fiat lux ! conclue Henry, triomphant, tandis que Clark descendait enfin de sur son dos.

Les portraits parurent tels que leur auteur l’avait voulu, l’ombre de chaque flamme semblant lécher les pans de peinture, les consumer non pour rendre les teintes plus chaudes, plus accueillantes, mais pour souligner tout à la fois la noirceur et le feu rougeoyant des Enfers. Les ombres rongeaient la douceur et l’innocence de Mélanie, tandis que les flammes figuraient sa chute imminente. L’huile délicate de la peinture menaçait de s’enflammer et de brûler à chaque instant. Rosetta pleurait dans les bras de Glenn. Ce dernier, en effet, avait entrepris de la réconforter tandis que Clark et Henry s’occupaient des bougies. « Chuuut, ça va aller… Tout va bien… », avait-il répété sans relâche. La jeune se calmait peu à peu. Elle crut perdre connaissance lorsque les bougies s’éteignirent d’un coup, en proie à un souffle venu de nulle part, que chacun ressentit comme un courant d’air. L’obscurité ne dura cependant pas, à peine le temps pour Rosetta de pousser un cri déchirant. Les lampes torches fonctionnaient à nouveau. D’abord, ce fut comme si une main invisible pressait à la fois les boutons de toutes sans y parvenir vraiment : la lumière, le noir à nouveau, la lumière encore, le noir, la lumière enfin. Le salon était à nouveau comme au début, les portraits, inoffensifs et beaux.

Un petit bruit attira l’attention des quatre acteurs. Rosetta venait de perdre connaissance dans un long gémissement de terreur…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Mer 14 Déc - 19:22

Ca devient vraiment de mieux en mieux !
Bravo !

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Lun 19 Déc - 3:03

Merci beaucoup, Phantom Manor Fan !! cheers



Chapitre XXIII


Immédiatement, les quatre acteurs formèrent un cercle autour de Rosetta. Elle avait glissé au sol telle une poupée de chiffon, inanimée, après avoir eu une vision terrifiante dans l’un des interstices de temps au cours duquel la lumière était revenue une fraction de seconde. Rosetta avait cru voir un pendu, le corps d’un homme se balançant au bout d’une corde accrochée au plafond du salon hexagonal. Elle n’avait pas eu le temps de se demander si cette vision avait été suscitée ou non par la lecture du script de « Bloody Rose » qui Tyrone lui avait faite. Le scénario prévoyait, en effet, la pendaison du fiancé de Mélanie dans ce même salon. Elle s’était évanouie aussitôt alors que le noir revenait puis la lumière enfin.
- Aaaah, elle est morte ? demanda Ava en ouvrant de grands yeux.
Comme les trois hommes la regardaient d’un air lourd de conséquences, elle reprit :
- Mais qui sait, dans cette maison maudite ?
- Oui, on va vérifier.
Sur ces mots, Glenn souleva Mrs Power dans ses bras et, aidé de Clark qui lui tenait les pieds, la déposa assise, adossée à l’un des murs. La lumière des lampes torches semblait tenir bond, le faisceau ne vacillait plus. Les portraits avaient à nouveau leur allure inoffensive comme si tout ce qui venait de se passer n’était qu’un mauvais rêve.

Henry faisait les cent pas.
- Il faut la faire sortir du manoir, la ramener à l’hôtel. Elle n’est pas en état de continuer. Je ne sais pas ce qu’elle a vu, mais elle a eu son lot d’émotions, qui sait ce qu’il va y avoir encore ! On devrait chercher nous-même Ty et Rita !
Tous approuvèrent. Tandis que Glenn se penchait sur Rosetta pour la faire revenir à elle, Ava se dirigea vers la porte qui donnait sur le foyer.
- Tu comptes t’y prendre comment ? questionna Clark.
Glenn hésitait entre le bouche-à-bouche et une autre technique tout aussi efficace. Il opta pour cette dernière. Il administra à Rosetta une paire de gifles sonores. Elles produisirent immédiatement leurs effets.
- Ooooh…
- Et voilà !
Derrière eux, Ava avait beau secouer le panneau de bois qui avait si aisément coulissé tout à l’heure, rien ne se produisait.
- Je ne peux pas l’ouvrir !
Une pointe de panique perçait sa voix. Clark eut envie de dire, à la manière d’Orson :
« Et comme vous pouvez le remarquer, il n'y a ni porte... ni fenêtre... Quel angoissant problème à résoudre... par où sortir ? HA HA HA HA HA HA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! J'ai bien peur que vous soyez contraints de me suivre.»
Mais il ne le fit pas, ce n’était point le moment de plaisanter. Jouer les guides revenants était révolu, en particulier pour faire croire aux pauvres mortels que le seul chemin pour eux désormais consistait à suivre le fantôme dans son monde à la croisée des chemins. Clark, au contraire, fut le premier à se porter au secours d’Ava mais sa poigne ne lui fut d’aucune aide en vérité.
- Le panneau est coincé ! Je ne sais pas s’il a été mal fermé ou non, juste que cette bicoque a besoin de travaux.
Que le salon n’ait ni portes visibles ni fenêtres n’avait alarmé personne jusque là. Les gargouilles et les portraits concentraient toute attention sur eux.
- Il y a forcément une autre porte ! Ce manoir ne peut pas avoir deux pièces, c’est idiot ! reprit-il. Regardez, le tableau du pique-nique, par exemple ! Il est exactement comme dans le script ! Or, dans le script, il y a aussi une foule de salles, dont une salle de bal, un boudoir ! Elles sont bien quelque part !
- Peut-être, objecta Henry, mais et si ce manoir était réellement le fruit d’un esprit malade ? Si ce salon était une sorte d’oubliette pour les curieux qui auraient l’idée de s’introduire là sans connaître l’emplacement de la bonne porte qui doit sans doute relier le foyer au reste de la maison ? Rappelez-vous, dans le foyer : nous avons hésité avec le panneau de l’autre mur ! Ou tout simplement, si c’était un salon de portraits réservé à la contemplation du maître des lieux ? Pas de fenêtres, c’est plus intime ainsi ! Il y a une porte pour entrer mais aussi pour sortir, mais comme elle est coincée nous devons attendre que…
Hébétée, Rosetta écoutait Henry dire des mots comme « emmurer », « tombeau égyptien dans une pyramide » Étaient-ils… prisonniers ?
- Clark, s’il vous plait, essayez de penser au script ! supplia-t-elle. Il y a ce salon, n’est-ce pas ? Peut-on en sortir ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas encore lu les scènes intérieures, nous les tournerons à Los Angeles en studios !
- Si nous les tournons ! précisa Henry, d’humeur « joyeuse ».
Les cœurs battaient très forts. Il fallait trouver une solution, il fallait quitter cette pièce ! Alors qu’Ava aidait Rosetta à se relever, les trois hommes se mirent à tâter chaque linteau, chaque panneau de bois dans l’espoir que l’un d’eux révèle un passage.
- Il y a toujours des passages dans les vieilles demeures, confia Rosetta à Ava d’une petite voix tremblante, sur le ton de la fausse certitude que l’on voudrait sûre.
Il fut véritablement question de suivre Clark, qu’il soit guide fantôme ou non. Ce fut lui qui trouva le moyen de s’échapper du petit salon hexagonal en déclenchant un mécanisme dans l’un des panneaux de bois. Une large ouverture se fit, de la taille d’une porte de forme carrée.
- J’ai trouvé !!
Sans s’attarder davantage, tous se faufilèrent dans le passage, n’ayant qu’une hâte, laisser le salon aux portraits à ses mystères,
- Nous retrouvons le foyer, vous croyez ? demanda Ava, Ou bien nous entrons plus avant dans le manoir ?
La question resta sans réponse quelques secondes. Il fallait d’abord s’accommoder à des lieux loin d’être familiers. Les lampes torches révélèrent un long couloir.
- Non, ce n’est plus le foyer, répondit Clark. Nous le laissons probablement derrière nous et nous entrons véritablement. Je ne suis pas fâché d’avoir quitté ce salon tant il était déplaisant avec ces… ces… ces trucages !
Il fallait bien donner le change, se rassurer, que dire d’autre ? Si ce n’était pas des trucages, qu’était-ce donc ? Nul ne pouvait le dire. Un consensus muet s’était instauré entre les acteurs : ils avaient eu affaire à des trucages. Ils ne savaient pas qui en était responsable ni pourquoi, si quelqu’un leur faisait une farce, mais il ne pouvait en être autrement.
- Les fantômes n’existent pas ! Les fantômes n’existent pas ! Les fantômes n’existent pas ! répétait Rosetta.
Clark se transforma encore en Orson, non plus pour lui comme la dernière fois mais à voix haute :

« Oh pardon, je ne voulais pas vous effrayer. Continuons la visite, il y a encore beaucoup des choses à découvrir... Alors, gardez votre sang-froid et restez groupés. Je serais navré de vous perdre… si tôt ! »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Lun 19 Déc - 3:04

Chapitre XXIV


Un long couloir s’étendait devant les intrus, « les invités », préférait dire Clark. Avant même de pouvoir orienter en toutes directions les faisceaux des lampes, le panneau de bois que l’interprète de Rhett Butler avait trouvé se referma brutalement d’un coup sec derrière eux, juste dans le dos de Henry, sorti le dernier du salon hexagonal. L’acteur fit un bond prodigieux en entendant le « clac ! » de fermeture. Rosetta se trouvait au milieu du petit groupe, soutenue par Ava. Elle l’entendit tout autant et un gémissement plaintif franchit ses lèvres.
- Ce n’est rien, seulement la porte qui se referme, dit Ava pour la rassurer.
Il était, de toute manière, bien trop tard pour revenir en arrière et la jeune femme n’aurait voulu pour rien au monde revoir ces portraits de première apparence magnifique pour mieux révéler ensuite leur noirceur. Si seulement il n’y avait eu que les portraits ! Mais Rosetta avait vu un pendu, c’était la raison pour laquelle elle avait perdu connaissance. Elle n’osait pas encore le dire, de peur qu’on ne la croit pas ou que l’on se moque de son imagination, décuplée par la peur déjà présente avant les facéties de l’éclairage. Elle espérait ne pas retrouver plus loin de « pièce train fantôme » et d’emprunter un autre chemin pour quitter le manoir avec son époux et sa maîtresse. Quitter le manoir avec eux le plus rapidement possible ! Elle n’avait que faire de la visite, elle voulait quitter cet endroit ! Lorsqu’elle avait repris connaissance, elle avait été prête à laisser Glenn la reconduire à l’hôtel pendant que Clark, Henry et Ava continueraient à chercher Tyrone et Rita, mais il avait été impossible de retourner dans le foyer.
- J’ai peur… dit-elle simplement pour répondre à Ava.

Les lampes parcouraient maintenant l’ensemble du couloir. Il était composé de plusieurs éléments. Encore une fois des tableaux aux murs, tant sur celui de gauche que sur celui de droite et même tout au fond, en face d’eux.
- Encore des tableaux ! J’espère que ceux-là n’ont pas été peints pour faire un gag ! commenta Clark d’une voix nonchalante.
En revanche, le mobilier faisait son apparition, console et banquette recouvertes de la poussière de plusieurs décennies, petits guéridons.
- Vous croyez qu’on va voir d’abord la salle de bal ou le boudoir ? A moins que ce soit le salon de la diseuse de bonne aventure ! Hein, Ava, qu’en penses-tu ? demanda Clark joyeusement en clignant de l’œil.
Tout en parlant, ils avancèrent jusqu’à se trouver à hauteur du premier tableau, sur le mur de droite. C’était un portrait de femme. Ils y prêtèrent peu d’attention. Elle n’était pas particulièrement belle et les teintes rougeâtres, loin de rappeler la beauté des sanguines, mirent tout le monde d’accord pour considérer que le maître des lieux avait manqué de goût avec ce tableau. Ils passèrent, attirés, en revanche, par l’immense portrait en pied qui ornait le mur du fond. Il représentait Mélanie Ravenswood, souriante, rayonnante même, vêtue d’une robe de mariée, sa robe de mariée.
- Allons voir plus près ! proposa Henry.
Il fallait passer devant cette peinture pour quitter le couloir, celui-ci ayant été dessiné en L inversé, mais, au lieu de tourner à l’angle du mur de droite, examiner de plus près ce portrait malgré la mésaventure du salon hexagonal parut une bonne idée. Comme ils avançaient, le regard rivé sur celui de la mariée, ils ne virent pas que la femme aux teintes rougeâtres venait de laisser place doucement à l’image d’une terrifiante gorgone à la tête hérissée de serpents.

En avançant dans ce que Glenn appela tout de suite « la galerie de portraits », le petit groupe parut tomber en état d’hypnose, tant fasciné par le portrait de la mariée comme peu avant par le médaillon dans le foyer qu’ils ne remarquaient pas les métamorphoses affreuses des autres tableaux, tant à droite qu’à gauche. Ils virent bien qu’il y a un chevalier sur son destrier, ils ne les virent pas devenir tous deux squelettes. De même, un magnifique voilier devint vaisseau fantôme, une femme alanguie sur un sofa se changea en chatte aux yeux perçants et maléfiques.
« En passant devant ces inestimables oeuvres d'art, peut-être ressentez-vous comme une impression bizarre... N'ayez pas peur ! Ce n'est qu'une illusion d'optique. La vraie beauté de cette maison nous attend plus
loin... »

Telles étaient les paroles que Clark eut pu prononcer en cet instant. Seul le regard lumineux de Mélanie, envoûtant certainement, paraissait exister. Il était encore question de médaillon mais ce n’était plus la forme du cadre. C’était un bijou que la mariée portait autour du cou. L’une de ses mains était délicatement posée sur le dossier d’une chaise tandis que de l’autre elle tenait une gerbe de roses d’un rouge éclatant. Henry prit la parole :
- Maintenant, nous en sommes bien certain, c’est bien Mélanie ! Et Rita a été bien choisi pour le rôle, quelle ressemblance !
- Pourquoi Mélanie, pourquoi pas Martha Ravenswood jeune, au moment de son mariage ? interrogea Ava. C’est étrange de faire un portrait en robe de mariée alors qu’elle n’a pas eu le temps de se marier !
- Oui, mais le script dit qu’elle hante le manoir habillée en mariée ! En plus, c’est la même fille que dans le salon hexagonal, avec le cowboy ! Et ce n’est pas Martha qui se baladait avec un cowboy ! Ça ne peut être qu’un portrait fait au moment où Ravenswood faisait semblant d’approuver le mariage de sa fille.
- Oui, mais… N’empêche… Peut-être Mélanie tout à l’heure, mais sa mère quand il y a la robe de mariée… Elles pouvaient se ressembler énormément. C’est si bizarre, ce portrait…
- Il n’y a pas que le portrait qui est bizarre ! conclue Clark.

Sur cette dernière remarque, le petit groupe suivit l’angle du corridor et le laissa définitivement derrière lui, sans voir que les tableaux avaient changé à l’exception du portrait de la mariée. De nouveaux meubles apparaissaient désormais, rappelant que le manoir avait été habité et qu’il n’était pas seulement une galerie de peintures « un peu » étranges. Soudain, tous s’arrêtèrent d’un même mouvement. Une silhouette familière venait de surgir devant eux.
- Tyrone !!!!!!! s’écria Rosetta.
Elle se jeta dans les bras de son mari, oubliant tout ce qui l’entourait, oubliant cette demeure, ses « impressions bizarres »…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Lun 19 Déc - 3:05

Chapitre XXV


Tout à sa joie de retrouver son époux, Rosetta en avait oublié Rita. En cet instant, rien d’autre n’existait que les bras de Tyrone autour de sa taille. Elle était blottie contre lui, la tête nichée contre son épaule. Elle sentait une main lui caresser le dos et une voix douce lui murmurer :
- Je suis là, Rosie Chérie… Tout va bien…
Lui aussi dans un autre monde pendant un petit instant, Tyrone parut soudain s’apercevoir de la présence des autres.
- Henry, Ava, Clark ? Glenn, tu es à Thunder Mesa ? Merci d’avoir accompagné Rosetta. Je n’aurais jamais permis qu’elle vienne seule. D’ailleurs, ajouta-t-il en faisant passer sa femme devant lui, tu as fait une folie en venant, tu le sais. Ce manoir est en mauvais état. Si j’avais pu prévoir que je viendrais ici, je t’aurais défendue de venir. Je sais que tu m’aurais obéi, tu es obéissante, ma chérie.
Tyrone avait croisé ses bras autour du ventre de la jeune femme pour la maintenir dans son étreinte. Elle l’entendait murmurer contre son oreille. Très vite, alors qu’il changeait de sujet, il la fit avancer, toujours de sorte qu’elle lui présente son dos. Il posa alors ses mains sur ses épaules.
- Glenn, je ne savais pas que tu devais venir nous rendre visite !
- Oh, je ne suis que de passage. Je venais saluer Rita, cela fait un petit moment que je ne l’ai pas vu. Et aussi lui parler d’un projet de film noir que la Columbia lui propose ainsi qu’à moi. Ce serait notre cinquième film ensemble. D’ailleurs, où est-elle ?

Que dire de plus sinon que Rita avait disparu ? Tyrone expliqua qu’il ne l’avait pas encore retrouvée. Assis sur des banquettes de velours envahies par la poussière, tous l’écoutèrent évoquer son passage par les jardins, le foyer, le salon hexagonal. Rosetta n’osa pas lui demander s’il avait vu un pendu, elle craignait avoir été victime d’hallucinations. Tyrone avait vécu aventure semblable que ses amis. Les portraits s’étaient transformés sous ses yeux. En revanche, il n’était pas resté prisonnier. Il avait réussi à retourner dans le foyer et avant ensuite emprunter la porte que le petit groupe avait vue sur l’autre mur. Tyrone s’était alors retrouvé dans un salon hexagonal à peu près identique au premier, à ceci prêt que les bandes rayées de la tapisserie était d’une autre couleur. Il eut cru autrement tourner en rond. Dans ce second salon, une porte l’avait mené à une série de pièces sans grand intérêt. Peu meublées, il s’agissait des communs, véritables coulisses du manoir.
- J’ai sans doute pris la mauvaise direction…
Dans une niche, à l’arrière, un buste représentant une dame âgée semblait les suivre du regard. Tout au moins Rosetta s’en était-elle aperçue, étant assise tout près des yeux perçants. Elle se détourna tandis que Tyrone parlait et poussa un hurlement. Chacun sursauta, il en fallait moins que cela pour être inquiet après ce qui était arrivé dans le salon hexagonal. Ce n’était rien, cependant. Clark s’était mis à s’amuser avec sa lampe en la plaçant sous son menton.
- Euh, pardon…
Il ne pensait pas que Mrs Power se retournerait et le verrait, s’excusa-t-il, confus. Dans la pénombre, cela avait pour effet d’éclairer d’une manière très étrange la moustache, les narines et les yeux de Clark.
- Bon, après ces petits jeux d’atrium… conclue Tyrone, alors que Rosetta se cachait dans ses bras. Il serait temps de reprendre les recherches !


Le petit groupe, composé maintenant de six personnes, se remit en route. Tyrone ne connaissait pas encore cette partie du manoir dans laquelle il se dirigeait. Il avait fait l’aile Est et n’avait pas vu de ce fait le corridor aux peintures rougeâtres. Après quelques pas, tous s’arrêtèrent d’un même élan pour admirer un escalier majestueux. Parvenues à un demi étage ornée d’une immense verrière qui donnait probablement sur l’arrière du manoir puisqu’on ne la voyait pas sur l’avant de la façades, les marches se séparaient en deux escaliers un peu plus étroits menant ensemble au premier étage de manière à former une corbeille. Les balustrades que l’on devinait là-haut, dans leur beauté, n’invitaient pas, cependant, à gravir les marches. Elles imposaient un froid respect, une distance respectueuse. Ce fut pour cette raison qu’on ne s’attardât pas davantage après avoir regardé un petit peu.
- Mais Rita est peut-être là-haut ? suggéra Glenn. Si elle est partie en disant qu’elle dormirait dans le manoir, elle a dû chercher les chambres et elles sont sûrement à l’étage !
- Nous devrions finir de fouiller le rez-de-chaussée ? trancha Tyrone.
Un éclair déchira soudain le ciel au travers de la verrière du demi étage. Le bel escalier devint sinistre, auréolait d’une lueur blafarde à chaque coup de tonnerre. Par ailleurs, une pluie violente vint secouer la verrière.
- Curieux climat, par ici ! commenta Clark entre ses dents.
Le temps d’un bref instant, Rosetta avait imaginé son héroïne Blanche Neige descendre de son pas gracieux les marches du bel escalier pour rejoindre son Prince. Elle revenait de son rêve : ce manoir n’était point celui d’un conte de fée à moins d’être le château de la vilaine Reine.

Le grand escalier fut laissé sur le côté. Alors que tous les six s’engageaient dans un corridor bordé d’armures, Rosetta crut être victime d’hallucinations pour la seconde fois. Elle poussa un nouveau cri.
- J’ai cru voir une mariée ! Rita en mariée ! Elle tenait un chandelier ! Elle a salué en s’inclinant ! Mais vous ne l’avez pas vu ?
Les cinq acteurs firent non de la tête.
- Vous avez vu un portrait tout à l’heure, c’est sans doute ça ! dit gentiment Henry.
- Non, j’ai vraiment vu une mariée !
- Mais vous êtes la seule, apparemment ! Ava, tu as vu une mariée ? interrogea Glenn.
- Moi ? Mais non !
- Aaah, alors ce n’est pas un fantôme que seules les femmes s’imaginent voir puisque seule Mrs Power l’a vue et pas Ava !
- Et l’armure, demanda Tyrone les yeux brillants de malices, elle respirait, n’est-ce pas ?
Rosetta baissa les yeux en rougissant. Elle n’osa pas dire qu’elle avait peur des mariées fantômes et des armures qui respiraient – car elle avait entendu ce qui était un sujet de plaisanterie chez son mari.

Le corridor se scinda en deux après l’angle d’un mur. Il continuait tout droit jusqu’à ce que l’on devinait être un salon de musique tandis que sous la forme d’un second corridor poursuivait son chemin sur la droite. Cette fois, Rosetta crut entendre un chant lancinant, très faible cependant. Cela semblait venir du corridor de droite. Elle se pencha pour regarder. Un magnifique tapis, assorti à une tenture pourpre tendue au-dessus d’un encadrement de bois, lui indiqua qu’il fallait d’abord monter deux marches. Toutes les lampes torches venaient de se braquer dans cette direction. Le corridor devait être fort long car on n’en distinguait pas la fin. Long, long, si long…

Lalala, lalala, lalala, lalaaa…

- Rosetta, pourquoi chantes-tu ? demanda Tyrone, surpris. Pour oublier que tu as peur, pense plutôt que je suis là !
La jeune femme se redressa et pivota lentement vers son mari, répondant d’une voix blanche :
- Mais… Ce n’est pas moi…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose"   Lun 19 Déc - 3:05

Chapitre XXVI


Si Rosetta avait été la seule à voir la mariée quelques instants plus tôt, il n’en fut pas de même pour le chant que tous entendaient, stupéfaits.

« Lalala, lalala, lalalala, la-lâââ… »

Tyrone refusait de croire que le manoir, à nouveau, se jouait d’eux et recommençait ses tours qui semblaient orchestrés par de facétieux revenants.
- Allons, Rosetta, je t’ai entendue ! Ce n’est pas Ava, elle parlait avec Clark !
- Ce n’est pas moi…
- Ce doit être Rita, plutôt ! intervint Ava. Excuse-moi, Ty, mais j’ai déjà entendu ta femme chanter et là ça ne peut pas être elle !
- Peut-être, mais les petits réclament tout le temps des chansons, preuve que leur maman ne chante pas si mal que ça ! Pas comme Rita qui se fait doubler ! Et comme ce n’est pas toujours par la même personne, elle n’a jamais la même voix dans ses numéros de chants selon les films ! rétorqua Ty, surpris de se moquer ainsi de sa maîtresse.
- Mais pourquoi ce ne serait pas Rita ? Elle est peut-être au fond de ce corridor ?

Tyrone allait répondre lorsqu’il vit Rosetta passer devant lui et s’engager dans le corridor, attirée par le chant lancinant.

« Lalala, lalala, lalala, la-lâââ… »

Il dut admettre que ce n’était pas elle, d’autant qu’il connaissait la voix de son épouse. Devant l’inconnu, il avait préféré se bercer de l’illusion que le chant venait d’elle. Après quelques pas, la jeune femme se figea. Elle sentit un souffle glacé envelopper son corps. Le même souffle passait par sa bouche comme si elle était encore à marcher dans la neige. Une forme se matérialisa alors devant elle comme le chant devenait plus précis. L’apparition - Mélanie, Rita, qui était-ce ? Elles se ressemblaient tant - vêtue de sa robe de mariée, avançait vers elle, légèrement courbée, brandissant un chandelier dont les flammes jetaient autour d’elles des ombres inquiétantes. La mariée leva lentement son visage et plongea son regard dans celui de Mrs Power qui tremblait comme une feuille mais ne disait rien. Avant de disparaître aussitôt ! Épouvantée, Rosetta se mit à courir pour revenir d’où elle était venue. Le petit groupe n’avait pas bougé.
- Tu as vu jusqu’où va le corridor ? demanda Tyrone.
- J’ai vu…. J’ai vu….
L’air hagard, le menton tremblant, Rosetta dit enfin :
- J’ai vu encore la mariée fantôme ! Kiiiiiiiiiiii !!!!!!!!! La mariée fantôôôme !!!!!!!!!!!!!!!
A bout de nerfs, Rosetta serait repartie en courant et en criant en direction du grand escalier si Tyrone ne l’avait pas attrapée.
- Il n’y a pas de mariée fantôme, Rosetta ! Seulement dans le script de « Bloody Rose » mais certainement pas en vrai ! gronda-t-il en fronçant les sourcils.
Rosetta ne se calmant pas, se débattant au contraire dans ses bras, il lui administra une paire de claques, la seconde après Glenn depuis son entrée dans le manoir. Rosetta cessa aussitôt de s’agiter et de gémir.
- Ça va mieux, là ?
- Oui. Pardon, Tyrone.
- Bien !
Il lui sourit gentiment.
- Nous avons tous entendu chanter, Rosie Chérie, mais tu es la seule à avoir vu une mariée, tu comprends ?
Elle fit oui de la tête. On laissa le corridor sans fin pour continuer par l’autre.

Le salon de musique aperçu plus tôt avant l’épisode du corridor sans fin était plutôt petit. Quelques photographies encadrées avec soin ornaient les murs. Quelques meubles dont fauteuils et banquettes de velours, des plantes mortes et fleurs séchées, reliques de leur passé. Une très belle verrière, en forme de box window, ornait le mur du fond. Elle laissait entrevoir ce qui devait être un jardin d’hiver. La végétation, laissée à l’abandon, avait repris ses droits.
- Je plains le malheureux jardinier ! plaisanta Clark.
Le piano était après la verrière l’élément le plus remarquable. Noir, sobre, il portait sur son couvercle une gerbe de fleurs mortes. Un tabouret recouvert de velours rouge invitait tout musicien amateur à prendre place : les partitions étaient déjà en place.
- Nous allons nous asseoir un instant, Rosetta, si tu en as besoin, proposa Tyrone. Tu es fatiguée et nous devrons peut-être marcher encore longtemps.
Il pensait que, s’ils ne sortaient pas du manoir avec Rita au matin, Helen alerterait Henry King et toute l’équipe, et que l’on investirait le manoir pour leur porter secours. Hollywood n’avait que faire de Rosetta, « la marchande de fleurs », mais on ne prendrait pas le risque de perdre dans la nature Tyrone Power, Henry Fonda, Clark Gable, Ava Gardner et Rita Hayworth ! On ignorait sans doute la présence de Glenn Ford, mais la Columbia n’apprécierait pas qu’on ne le lui ramène pas dès que l’on s’apercevrait de sa disparition – car on finirait par comprendre que si sa meilleure amie Rita avait disparu il était probablement près d’elle ou tout du moins parti à sa recherche. Tyrone songeait à Helen. Il était rassurant de savoir que quelqu’un les avait vu se rendre « Chez Ravenswood ». Il était cependant désolé qu’on n’ait rien tenté pour empêcher Rosetta de venir, elle si fragile et si sensible.
- Il faut continuer, Darling, ne te préoccupe pas de moi, nous devons retrouver Rita !

Le petit groupe quitta le salon de musique. Tyrone tenait sa femme contre lui, comme pour la soutenir si elle venait à s’évanouir encore une fois. Glenn lui avait dit qu’elle avait eu un malaise dans le salon hexagonal, qu’il avait voulu la reconduire à l’hôtel mais qu’il n’avait pas pu rouvrir la porte du foyer. Fort heureusement, que Tyrone soit passé par une autre porte était une bonne nouvelle, ils passeraient par les communs pour quitter le manoir… avec Rita.
- Si elle n’est pas en bas, nous irons en haut, il y avait ce grand escalier, et… commença Ava.
Derrière eux, dans le salon de musique qu’ils venaient de laisser, le piano s’était mis à jouer tout seul. Ils se précipitèrent en effet aux premières notes, désireux de savoir qui leur jouait tous ces tours. Personne. Les touches blanches et noires étaient actionnées par une invisible main, « un deus ex machina des enfers » aurait pu dire Orson.
- Bon, ça y est, s’énerva Ava, c’est un mauvais coup fomenté par Rita, complice de l’esprit détraqué d’Orson !
Mais avant que réponse lui soit donnée, qu’on tente de la calmer, que Rosetta, livide, dise quelque chose ou pousse un cri, le chant lancinant repris de plus belle et leur firent abandonner le piano ensorcelé. Les trémolos joués par les mains invisibles s’atténuèrent, le chant les guidait à présent à travers le corridor bordés de portes, aux murs tapissés de violet foncé, aux motifs rappelant des têtes de démons, le démon de la grille d’entrée des jardins. Personne ne dit que le décorateur des lieux avait décidemment des goûts bien macabres mais tous le pensaient. Au bout du couloir, une horloge se dressait de toute sa hauteur, affichait fièrement treize heures, marquant treize coups. Elle marquait l’entrée d’une vaste pièce circulaire tendue de violet. Sur une table placée bien en évidence sur une petite estrade, une boule de cristal fit souvenir à Ava de son rôle de diseuse de bonne aventure, Mme Leota. Mme Leota dont le visage apparut soudain dans le cristal. Une voix venue d’outre-tombe s’éleva alors, alternant l’anglais et le français de la Nouvelle Orléans :

« Goblins & ghoulies, creatures of fright,
We summon you now to dance through the night !

Esprits et fantômes, sur vos fiers destriers,
Escortez dans la nuit la belle fiancée !

Warlocks & witches, answer this call,
Your presence is wanted at this ghostly ball !

Des douze coups de minuit aux mâtines sonnantes ;
Nous valserons ensemble, macabres débutantes !

Join now the spirit in nuptial room,
A ravishing bride, a vanishing groom !

Les croassements inattendus d’un corbeau vinrent ponctuer l’étrange prophétie…
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