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 "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]

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Comtesse Rosetta
1000ème fantôme ?


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MessageSujet: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 28 Oct - 0:56

THE HOLLYWOOD HOTEL MYSTERIES




Chapitre 1


1929

Un terrible orage se préparait à frapper la Cité des Anges. La radio, pour ceux qui la possédait, relayait par les soldats du feu, la garde civile et tout ce que l’État de Californie comptait comme représentants de la loi et de l’ordre avaient averti la population. Chaque habitant de Los Angeles devait rester dans son foyer et attendre que la menace et l’alerte passe.

Les catastrophes naturelles étaient un véritable fléau, il fallait prendre toutes les précautions au cas où la foudre viendrait à tomber et déclencherait des incendies sur son passage. En 1886, un terrible incendie avait détruit la majeure partie de Chicago : la vache de la veuve O’Leary, blanchisseuse irlandaise, aurait déclenché le feu en donnant un coup de sabot dans une lanterne. En 1929, il n’y avait plus de vaches à l’intérieur des villes, mais la foudre était toujours là et les risques d’incendie l’étaient donc tout autant. Par ailleurs, le feu n’était pas la seule menace pesant telle une épée de Damoclès sur la Cité des Anges. Les habitants le savaient et ils prenaient les consignes des autorités au sérieux. En 1906, un terrible tremblement de terre avait détruit la majeure partie de San Francisco. Nul besoin d’évoquer les redoutables tornades dites « tortilleurs » qui dévastaient le Kansas et les États voisins, nul besoin de songer aux cyclones qui s’abattaient sur la Floride et la Louisiane : Los Angeles était située comme San Francisco sur la faille de San Andrea, et les tremblements de terre la menaçaient tout autant.

Déjà, des flots torrentiels s’abattaient sur la ville. Le ciel d’été se couvrait rapidement de sombres nuages. La radio avait annoncé un orage tel que personne n’en avait encore jamais vu. Nul ne cherchait à savoir d’où l’on tenait ces informations, la prudence était de mise. Mieux valait se mettre à l’abri, la foudre effrayait et pouvait se montrer destructrice. Les néons étaient éteints, les cinémas vides. Sur la colline de Hollywood, les lettres célèbres semblaient attendre, veiller en silencieuses gardiennes, que la menace passe en espérant être encore debout le lendemain.

1942

Un soleil éblouissant écrasait les rues de Los Angeles en cette après-midi du 2 Juillet. A l’image de chaque arpent de terre des Etats-Unis d’Amérique, de Washington aux fermes isolées du Montana, la Cité des Anges étaient plongées dans l’effervescence des préparatifs de l’Independence Day. Il ne restait plus que deux jours pour que tout soit prêt. Partout, aux quatre coins du pays, ballons et cocardes aux couleurs de la bannière étoilée flottaient au vent, les fanfares répétaient dans les kiosques à musique et les ventes des bons pour l’effort de guerre montaient en flèche. Un peu plus de six mois s’était écoulé depuis l’attaque de Pearl Harbor. Cette année, le 4th July revêtait une dimension particulière : le pays était en guerre.

Une pluie fine et mélancolique serrait le cœur de Rosetta. Ses pas la conduisaient à travers les rues de la Cité des Anges presque machinalement. Elle gardait la tête baissée, indifférente aux passants qui la bousculaient parfois, comme si elle ne les sentait pas et n’entendait pas les protestations de certains, les « Regarde où tu vas ! » ; elle serrait encore entre ses mains la lettre qu’elle avait reçu quelques semaines auparavant, un courrier officiel lui annonçant que son père avait été tué dans le Pacifique. Les larmes aux yeux, elle revoyait le jour fatal où un homme en uniforme était venu lui remettre cette lettre. Elle avait à peine entendu les paroles de sollicitude et les condoléances qu’il lui adressait, la voix lui semblait venir de si loin, comme adressée à une autre. La jeune fille ne pouvait croire qu’elle ne reverrait plus jamais son père. Il avait élevé tout seul et de son mieux la petite Rosetta. Il était garagiste et vivait avec sa petite fille dans un quartier irlandais pauvre. La fillette n’en avait pas moins eu une enfance heureuse mais elle avait connu la mélancolie de ceux qui n’ont plus de maman. A quatorze ans, la jeune fille avait dû quitter l’école. Elle avait trouvé une place chez une fleuriste. Le magasin venait de fermer.

En tant qu’orpheline de guerre, Rosetta venait de recevoir une petite pension, mais rien qui lui permette de vivre décemment. « Nous avons toujours été très pauvre » se dit-elle tout en poursuivant son errance, les yeux baissés sur ses vêtements, mal fagotée dans une robe noire qu’elle avait fait elle-même sur la vieille machine à coudre qu’avait laissé sa mère. Il fallait cependant qu’elle trouve quelque chose, un moyen de subvenir à ses besoins. Elle était seule au monde désormais. « Je ne sais pas faire grand-chose mais je serais courageuse, je ferai bien ce qu’on me donnera à faire », se disait-elle, « Je ferai tout ce que l’on me demandera. » Ses pas la conduisirent devant un cinéma, sur un trottoir comme tant d’autres où se pressaient des hommes en uniforme. Rosetta leva les yeux pour regarder les affiches des films. En de rares occasions, elle était entrée dans le cinéma à côté du magasin de fleurs. Elle avait vu Tyrone Power et Linda Darnell sous ses yeux émerveillés et éblouis. « Il est si beau et elle si belle… » Elle regarda avec tristesse un couple d’amoureux qui entraient dans le cinéma ; « Mais moi, personne ne voudra de moi. » On lui disait parfois qu’elle était jolie, qu’elle ressemblait un peu à Linda Darnell que Rosetta trouvait si belle, mais la jeune fille ne se sentait pas attirante. Elle vit alors entrer dans le cinéma un autre couple, un mari et une femme accompagnés de leurs enfants. Rosetta s’enfuit en pleurant.

Dans une fuite illusoire, sur un trottoir où se croisaient d’autres hommes en uniforme, Rosetta continua d’être bousculée par les passants. Elle manqua glisser, se rattrapant de justesse, du fait de ses mauvais souliers et d’un vieux journal qui traînait sur le sol. Elle le ramassa en même temps que son chapeau défraîchi. Elle lirait les nouvelles et regarderait les photographies des jolies filles qui remontaient le moral des troupes. Quelques instants plus tard, elle était assise sur un banc, dans un jardin, le journal sur les genoux. La manchette attira son attention : « Le Hollywood Hotel rouvre ses portes 13 ans après ! » Le journal était daté de quelques jours déjà, mais cela n’avait pas d’importance. « 13 ans après », cela faisait revenir à 1929, l’année du Jeudi noir, de la Récession. « 13 ans après », 13, comme un mauvais présage. Rosetta n’était jamais entrée dans un hôtel, elle ne savait pas que les treizièmes étages et les chambres n° 13 portaient toujours le n°12 bis. Ce « 13 ans après » avait quelque chose d’inquiétait, et pourtant la jeune fille n’y prêta pas attention. Elle n’ouvrit d’ailleurs pas le journal pour lire l’article, elle venait de penser à quelque chose : un hôtel venait de rouvrir ses portes, le patron devait avoir besoin de personnel. Sans doute du monde avait-il déjà été engagé, mais peut-être avait-on encore besoin de quelques personnes.

Après des heures de marche à travers une ville immense dont la jeune fille ne connaissait que le quartier de son enfance et celui du magasin de fleurs, Rosetta parvint à quelques rues de sa destination. Elle avait demandé son chemin à maintes reprises, suscitant des haussements de sourcils : qu’est-ce qu’une fille d’allure si misérable espérait trouver à Beverly Hills ? Elle cherchait du travail, sans doute, mais elle avait bien piètre allure pour être employée dans un établissement comme le Hollywood Hotel ! Rosetta ne se faisait guère d’illusions, elle avait bien compris les regards quand elle demandait son chemin. Néanmoins, elle continuait à marcher, solitaire, vers ce lieu qui scellerait sa destinée.
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JUJU
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 28 Oct - 10:58

Me revoilà après de longue absence !
Re-bonjours tous le mondes !

Bravos :Contess Roseta !tes "histoires"sont toujours magnifique !
Je t'en courage aussi a mettre "ton histoire" sur le forum tower of terror :

http://www.tourdelaterreur-wds.fr
Nous avons de petit problème avec aceboard en ce moment...

Je t'encourage pour continuer en attendant impatiement la suite !
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 28 Oct - 12:14

Merci, JUJU ! cheers

C'était bien mon intention de poster sur ton forum mais les forums aceboard ne fonctionnent pas en ce moment. Wink
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Dim 29 Oct - 18:12

Chapitre 2


Rosetta était impressionnée par l’architecture du bâtiment qui lui faisait face. Non qu’il s’agisse de la première tour qu’elle ait l’occasion de voir ; au contraire, ce mode de construction vertical n’était en rien original dans une ville telle que Los Angeles. Ce qui différenciait cette tour de tout autre n’était ni sa hauteur, ni l’usage verre et d’acier. C’était avant tout une atmosphère. La jeune fille avait pour habitude de marcher sans guère lever les yeux au-delà du point d’horizon que constituait son regard, à sa hauteur. A mesure qu’elle marchait, elle avait quitté les rues aux constructions élevées pour se diriger peu à peu vers un vaste décor de villas et de résidences basses. Berverly Hills ne comptait pas de tours, c’était au contraire le royaume des demeures de plaisance, de taille humaine de par leur hauteur bien que demeurant par ailleurs inaccessibles, masquées derrière les grilles, les portails et la végétation de jardins magnifiques. Rosetta aurait dû la voir. Elle aurait dû voir de loin la tour du Hollywood Hotel vers laquelle ses pas se dirigeaient presque machinalement dans un quartier pourtant inconnu, avec cependant une pointe d’hésitation. Rosetta ne vit la tour qu’une fois à ses pieds, comme une masse sombre l’obligeait à lever les yeux vers un ciel dont elle ne percevait plus le soleil. Le souffle coupé, Rosetta contempla le bâtiment qui se dressait devant elle.

La tour du Hollywood Hotel ne comportait que treize étages – treize, encore treize ! – elle était bien loin d’égaler les plus hauts gratte-ciels du pays. Cependant, outre sa présence unique dans un quartier de constructions horizontales, elle était le bâtiment le plus imposant et le plus écrasant que Rosetta ait jamais vu sans qu’elle s’en explique la raison. Cherchant dans ses souvenirs, elle trouva pourtant à se rassurer et à se convaincre d’entrer dans l’hôtel dans un moment où elle se demandait s’il ne valait pas mieux tourner les talons, s’enfuir, plutôt que d’entrer dans ce lieu pour lequel elle ressentait quelque chose d’inquiétant. Elle se souvint qu’enfant les hauts immeubles l’effraient un peu. La petite Rosetta avait vu au fil du temps construire plusieurs hauts bâtiments dès qu’elle sortait de son petit quartier irlandais fait de pauvres maisons. Lorsqu’elle vendait des fleurs, elle se rendait à la petite boutique par d’immenses rues et avenues brodées de tours. Il ne fallait pas en avoir peur, lui avait dit son père alors qu’elle n’avait que quatre ans et se cachait derrière lui pour passer devant un chantier sur lequel travaillaient des hommes du bâtiment. « Ils construisent une tour », lui avait-il dit. « Une tour, comme dans les contes de fées ? » - « Non, Rosetta, une tour comme ces immeubles que nous voyons pour aller au parc le dimanche. » - « Papa, j’ai peur des tours. » - « Il ne faut pas en avoir peur, elles ne peuvent pas tomber. » Le Hollywood Hotel n’en demeurait pas moins impressionnant aux yeux de la jeune fille.

C’était un bâtiment de treize étages de couleur clair, édifié dans le plus pur style hispano-californien, ce qui ajoutait encore au contraste de sa taille avec son environnement. L’architecte l’avait voulu telle une hacienda mais en avait fait une tour comme s’il avait voulu utiliser les plans d’une ville d’Amérique du Nord pour sortir de terre une ville au Mexique. La couleur était chaude et accueillante, nouveau contraste avec ce sentiment d’écrasement qui avait paru étouffer Rosetta. La jeune fille remarqua deux choses en observant le bâtiment. Il fallut pour cela qu’elle prenne suffisamment de recul dans la rue pour qu’une distance nécessaire lui permette de le voir dans son ensemble, lui offre une vue entière de la façade. Tout d’abord, le nom n’était pas seulement « Hollywood Hotel » mais « Hollywood Tower Hotel », ce qui n’était point dit dans le journal mais n’avait, au fond, pas grande importance. Enfin, la jeune fille vit qu’il n’y avait point de porte. Elle se rendit compte que cette façade n’était qu’une partie du bâtiment, qu’il fallait le contourner pour entrer.

Prenant une rue dont la tour faisait l’angle, Rosetta s’aperçut que l’hôtel était de construction nettement moins élevée à l’arrière, ressemblant davantage à l’horizontalité des haciendas tandis qu’à l’avant la tour composait une façade, comme une vitrine de l’architecture nord-américaine. Cependant, la tour n’était pas seulement une façade, elle était un édifice à part entière comme le montrait les nombreuses fenêtres de chambre percées de part en part de ses murs. Quoi qu’il en soit, Rosetta préférait l’arrière du bâtiment, plus à sa portée. Elle se sentait un peu plus à l’aise et n’hésita que quelques instants avant de pousser la jolie grille de fer forgée qui se présenta soudain devant elle. La jeune fille la referma avec soin derrière elle, dans le plus grand silence. Elle porta alors son attention sur le décor qui l’entourait. C’était un vaste jardin tropical agrémenté ça et là de bancs de fer forgé. Elle avançait en regardant autour d’elle de ses yeux noisette grands ouverts. Personne. Il fallait trouver l’entrée de l’hôtel, pas seulement celle du jardin. Elle aperçut un peu plus loin un long corridor de pierre destiné à offrir ombre et repos à la clientèle. Elle le suivit, marchant ainsi de longues minutes. La promenade serpentait le long du bâtiment, elle était comme un labyrinthe de pierre, dissimulant parfois banc, sculpture pré-colombienne, potiche de haute taille. Enfin, laissant derrière elle ce qui semblait vestige de hacienda, Rosetta poussa une porte décorée avec soin : elle entrait dans les salons de l’hôtel.

Ce fut avec soulagement que la jeune fille vit que les salons n’étaient point déserts. De lourds bagages étaient entreposés dans un coin, l’écho d’une conversation animée lui parvenait du salon voisin et la fumée d’un cigare effleura son nez comme elle passa près d’un canapé dans lequel un homme lisait son journal. De plus, un employé se tenait derrière le comptoir de réception, déjà prêt à lui demander ce qu’elle faisait là dans sa robe défraîchie. Elle le devança en lui exposant les motifs de sa présence en s’appuyant au comptoir de bois massif.
- Monsieur, s’il vous plait, je cherche un emploi, pourriez-vous m’aider ?
Le réceptionniste lui jeta un regard de dédain. De son comptoir, il la détaillait de son mieux selon ce qu’il pouvait voir d’elle, alors que la jeune fille n’osait pas bouger, ni même briser le froid silence qui venait de s’installer entre eux, seulement brisé par les échos de conversation. Soudain, un petit sourire apparut sur le visage de l’homme. Elle n’était pas si lamentable que cela, cette petite, elle avait un joli visage et des traits fins.
- Je crois que le patron sera disposé à vous recevoir, Miss. Il s’appelle Mr Farrell et je le préviens immédiatement de votre arrivée, ajouta-t-il en décrochant le combiné du téléphone situé devant lui.
Le cœur battant, Rosetta attendait de savoir ce que Mr Farrell dirait. S’il refusait de la recevoir, elle n’aurait plus qu’à s’en aller sans plus d’espoir qu’auparavant, s’il la recevait, encore fallait-il qu’il accepte de lui donner du travail. Elle se balançait nerveusement d’une jambe sur l’autre, tandis que le réceptionniste disait au téléphone qu’il y avait là une jeune fille en quête d’un travail.

Quelques minutes plus tard, Rosetta était conduite par un autre employé dans le bureau du directeur de l’hôtel. A peine était-elle entrée que la porte se refermait derrière elle, la laissant seule avec ce Mr Farrell qu’elle ne connaissait pas. Le bureau du directeur était une pièce immense qui comportait elle aussi des objets de style hispano-californien. La jeune fille n’en vit cependant qu’une partie, sans se douter qu’il y avait d’autres pièces à l’arrière. Un homme était assis derrière un bureau, dans un fauteuil de cuir. Il portait un costume sombre à fines rayures et fumait une cigarette, une de plus à en juger par le cendrier à demi plein posé près de lui. Au premier regard, Rosetta avait eu le temps de voir qu’il était séduisant et autoritaire, avant de baisser les yeux, intimidée par le regard perçant de l’homme qui la contemplait sans rien dire et la détaillait plus encore que le réceptionniste. Il ne lui proposa pas de s’asseoir, pour pouvoir mieux la regarder tout en soufflant la fumée de sa cigarette. Il voyait qu’elle était gênée de ce silence, qu’elle se tortillait un peu d’un pied sur l’autre. Elle avait besoin d’autres vêtements, mais elle était jolie.
- Que savez-vous faire ? demanda-t-il soudain.
Rosetta tressaillit légèrement. Elle fut également émue par le son de sa voix grave.
- Je ne sais pas faire grand-chose, Monsieur. J’ai vendu des fleurs, mais…
Farrell continuait de la regarder avec attention. De toute évidence, elle lui plaisait.
- Allons, vous êtes une femme, vous savez faire le ménage, n’est-ce pas ?
- Oui, Monsieur.
- Bien. Je vous engage comme femme de ménage. Un hôtel comme le mien a beaucoup de chambres, vous ne serez pas de trop. Vous vous occuperez du treizième étage, j’espère que vous n’êtes pas superstitieuse.
Rosetta fit non de la tête. Le directeur prit un gros trousseau de clés dans l’un des tiroirs de son bureau.
- Les clés du treizième étage. Les chambres viennent d’être refaites, elles sont comme neuves mais nous n’y avons encore mis aucun client. Les premiers devraient arriver demain, vous pourrez commencer votre travail. Les autres filles seront contentes de ne pas avoir besoin de se répartir les chambres de cet étage.
Farrell agitait les clés devant Rosetta.
- Mais faites attention : l’une d’entre elles ouvre une porte que vous ne devrez jamais ouvrir, ajouta-t-il, d’une voix lourde de menaces.
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casper
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Dim 29 Oct - 20:07

Quel suspense ! Que se cache t-il derrière cette porte ?? Il me tarde de le savoir !
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Dim 29 Oct - 22:14

Merci, Casper ! cheers Encore un peu de patience pour savoir ce qu'il y a derrière la porte !



Chapitre 3


Quelques semaines vinrent à passer. Rosetta se rendait chaque matin, au moyen de plusieurs autobus, au Hollywood Hotel pour nettoyer pendant des heures toutes les chambres du treizième étage. Elle devait se lever aux aurores et il lui fallait beaucoup de temps pour rejoindre Beverly Hills, de même que pour en repartir. La fin du trajet se faisait à pieds, si bien que, de retour chez elle, la jeune fille se laissait tomber sur son lit, après en avoir fait tant d’autres autrement plus moelleux et confortable que le sien au cours de la journée. Les premiers jours, surtout, furent difficiles. Le lendemain de son entretien avec Mr Farrell, elle eut une peur terrible, celle d’être en retard. Elle n’avait pas pensé à tout le temps qu’il fallait pour rejoindre le Hollywood Hotel. Par chance, elle arriva à temps et ne fut point réprimandée. Elle pensait à Mr Farrell qui, après lui avoir montrée le trousseau des clés du treizième étage, lui avait posée toutes sortes de questions pour en consigner les réponses dans des papiers qu’il avait ensuite rangé dans une chemise en carton de couleur grise et soigneusement enfermée dans l’un des tiroirs du bureau évidemment fermé à clé ensuite. Il avait clos l’entretien en lui disant combien il lui donnerait par semaine pour ses services, puis en lui demandant de se présenter le lendemain matin auprès du réceptionniste. Ce fut, en effet, ce dernier qui l’accueillit le lendemain matin. Il lui remit le trousseau de clés ainsi qu’une tenue de soubrette parfaitement décente. Rosetta avait croisé dans l’un des ascenseurs de service d’autres filles vêtues comme elle, elle leur avait souries mais peu avait répondu. La jeune fille était restée seule entre le douzième et le treizième étage où elle s’était mise au travail. Chaque clé portait le numéro de la chambre à laquelle elle correspondait. Le trousseau était lourd, il y en avait beaucoup. Seule l’une d’entre elles, ainsi que Mr Farrell le lui avait dit, ne portait pas de numéro. Rosetta en était intriguée mais elle finissait par ne plus y songer, n’ayant point vu encore de porte qui ne soit elle-même marquée d’un numéro.

La jeune fille faisait bien son travail. Elle était fatiguée le soir mais elle continuait le lendemain avec autant de cœur que la veille. Mr Farrell lui permettait de manger à sa fin, plus que le fonds des orphelins de guerre qui à lui seul n’aurait pu être suffisant. Elle commençait à s’habituer aux longs couloirs de l’hôtel et apprenait à se souvenir de l’emplacement des clés dans le trousseau pour ne pas chercher devant chaque porte quelle serait la bonne clé. Sa nature humble et docile la faisait s’effacer devant les clients lorsqu’elle en croisait dans les couloirs ou dans les salons qu’elle aidait aussi à nettoyer. Quelquefois, elle s’imaginait voir un jour Tyrone Power et Linda Darnell dans cet hôtel, la jeune actrice à laquelle, disait-on, Rosetta ressemblait un peu, au bras de cet acteur qu’elle admirait tant. Elle n’avait, jusque là, croisé aucune célébrité, du moins parmi celles qu’elle connaissait de nom ou en photographie, mais nombre de clients fortunés qui n’avaient pour elle nul regard.

Les salons, spacieux et confortables, offraient à l’établissement le charme feutré du début du siècle. En effet, l’hôtel avait ouvert ses portes pour la première fois en 1929 mais les décorateurs avaient refusé de créer une décoration sur le thème du jazz pour se tourner vers la nostalgie désuète d’un intérieur bourgeois des années 1900, dans un décor de hacienda. La restauration de l’hôtel, treize ans après sa fermeture, avait redonné ses lettres de noblesse à cet intérieur en époussetant les tentures et en arrangeant meubles, tapis et bibelots de prix. Le décor choisi par les décorateurs avait été couronné de succès : en cette année de 1929, année de Récession après les années de la Prohibition, le retour à ce charme feutré était le bienvenu. En cette année 1942, année de guerre, Mr Farrell avait ainsi demandé à ce que le cadre d’origine soit conservé et remis en état. Rosetta aimait traverser les salons, ce qui lui était permis lorsque les clients ne s’y trouvaient point. Des banquettes de velours rouge habillaient de lourds tapis, un globe terrestre ornait l’un des angles du plus grand des salons tandis que le fumoir possédait pour ses murs de belles boiseries en contraste avec les murs de pierre d’inspiration hispano-californienne.

Quelque chose, cependant, mettait la jeune fille mal à l’aise dans le dernier salon qu’elle traversait pour se rendre à l’ascenseur de service de ce côté-ci de l’hôtel. Elle passait une rangé d’arcades voûtées et se trouvait alors près d’une statue d’aigle aux ailes déployées dont le regard ne lui plaisait point. Il était placé sur une colonne qui avait l’air presque funéraire. Ce n’était point l’aigle de l’Amérique, au bouclier, poignée de flèches entre ses serres, rameau d’olivier dans l’autre, mais un aigle au regard étrange. « Regard », elle ne trouvait pas d’autre mot pour cela. Il la regardait, elle en était convaincue. Pour se rassurer, elle se disait alors que la guerre, dont elle entendait les nouvelles à la radio à l’heure du déjeuner, dans les cuisines de l’hôtel, la rendait suspicieuse, qu’elle s‘imaginait que cette statue la regardait de manière inquiétante et lui faisait peur parce que la radio avait parlé de l’aigle prussien. Elle ne voulait pas croire que quelque chose d’inanimé puisse être effrayant en lui-même et puisse être… maudit. Pourtant, l’aigle n’était pas le seul à la mettre mal à l’aise. Derrière cette statue étrange se trouvait une cheminée à tête tourmentée, comme un visage d’homme barbu à cornes de bouc.

Au cours de ces semaines, Rosetta n’avait pas revu Mr Farrell une seule fois. Chaque samedi soir, on venait lui donner son salaire de la semaine sans qu’il se manifeste. Elle n’en entendait point parlé non plus, pas une seule fois avant un soir enfin où le réceptionniste vint lui demander de faire le ménage dans le bureau du patron. Elle répondit, surprise, qu’elle n’en avait point la clé. Il la lui donna. Rosetta trouva le bureau vide, elle préférait cela. Elle n’avait vu Mr Farrell qu’une fois et cependant elle y pensait sans cesse, à sa plus grande honte. Il l’avait transpercé de son regard autoritaire. En faisant le ménage, elle s’aperçut qu’il y avait d’autres pièces attenantes au bureau. Elle ne sut que faire, si elle devait les nettoyer aussi. Elle s’y rendit, et découvrit un petit appartement.
- C’est moi qui vit ici, dit une voix grave dans son dos.

La jeune fille sursauta et se retourna. Mr Farrell se tenait derrière elle, en costume rayé, cigarette à la main. En un tour de main, il retira sa veste et se présenta en chemise, avec la cravate et bretelles.
- Pardonnez-moi, Monsieur, je ne vous ai pas entendu arriver. Je ne savais pas si je devais aussi faire le ménage ici.
- Oui, vous pouvez. Je veux d’ailleurs que vous vous occupiez du ménage de mon bureau, désormais.
- Oui, Monsieur. A quelle heure ?
- Je travaille une grande partie de la nuit et je dors jusqu’en fin de matinée ici, sur ce canapé, précisa-t-il en désignant du doigt le canapé contre lequel Rosetta s’appuyait. Ensuite, je m’absente un peu avant de revenir en début de soirée. Je vous demande donc de venir ici à la fin de votre travail habituel, pour être sûre de ne pas être dérangée et pour que tout soit propre à mon retour.
- Oui, Monsieur. Je…
Ce canapé l’intriguait.
- Vous vivez ici, mais vous n’avez pas de lit si vous dormez sur ce canapé ?
Elle regretta aussitôt sa question, par ailleurs naïvement indiscrète, en entendant la réponse qu’il lui fit :
- Je serai disposé à faire venir un lit lorsque j’aurai commencé une liaison avec vous.

Rosetta regardait Mr Farrell, stupéfaite. Elle pensait avoir mal entendu. Elle le vit alors se pencher sur la table basse pour écraser sa cigarette dans le cendrier qui s’y trouvait, puis le regard étrange, il la saisit aux poignets.
- Chut, ne criez pas… murmura-t-il pour faire taire d’avance un cri muet que son air apeuré laissait deviner.
Farrell s’empara brusquement des lèvres de Rosetta, la faisant reculer jusqu’à la plaquer au mur. Il se serrait contre elle et poursuivait le baiser. Il la sentait se tortiller faiblement, il savait qu’elle se laisserait faire s’il insistait.
- Chut… répéta-t-il avec autorité comme il laissait sa bouche.
Elle essaya de se dégager un peu mais faiblement. Il la prit dans ses bras et la porta jusqu’au canapé sur lequel il la renversa.
- Ne vous inquiétez pas, murmura-t-il, vous aimerez cela…
Les bretelles pendaient le long de son pantalon rayé. Il ouvrit la robe se soubrette de Rosetta ; sa combinaison de nylon lui apparut, puis ses dessous. La voix grave de Farrell se faisait envoûtante, de plus en plus. Il avait le sentiment qu’elle était la compagne qu’il lui fallait, et qu’il en était de même pour elle. Rosetta était encore tout étonnée de se retrouver là, sur ce canapé avec cet homme, dans ses bras. Dans les bras de Mr Farrell. Elle sentait son corps réagir d’une manière qu’elle n’aurait jamais imaginé. Elle ne cherchait même pas à se refuser. Elle s’abandonnait entièrement entre ses bras.
- Tout va très bien se passer… dit-il soudain en s’apercevant que Rosetta était vierge.
L’instant d’après, elle poussa un gémissement plaintif, ne s’attendant pas à cela.
- Chut, c’est fini…, l’entendit-elle murmurer.
Il attendit que la douleur s’apaise avant de continuer. Rosetta se convulsa de plaisir entre ses bras.
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Lun 30 Oct - 0:34

Chapitre 4


Alanguie sur le canapé, Rosetta regardait Mr Farrell rajuster ses bretelles. Elle attendait sagement qu’il lui adresse la parole, ne réalisant pas encore ce qu’elle lui avait permis. Il la regardait également ; elle était toujours dénudée.
- Je vais m’habiller. Vous aussi, habillez-vous, je vous ramène en voiture.
Sur ces mots, il prit sa veste et la boutonna. Il se mit à fumer le temps qu’elle se rhabille, sans se priver de la détailler de bas en haut une nouvelle fois. Quelques instants plus tard, Rosetta était assise à côté de lui, dans son automobile. Elle ne disait mot, elle n’avait encore prononcé nulle parole depuis que gémissements, cris et soupirs s’étaient tus.
- Dites mon prénom : « Johnny », commanda soudain Mr Farrell alors qu’ils étaient arrêtés à un feu rouge.
A nouveau intimidée, Rosetta prit une inspiration et « Johnny » franchit ses lèvres comme dans un souffle.
- C’est bien. Tu es satisfaisante.
Rosetta remarqua qu’il la tutoyait pour la première fois. Peu après, elle se retrouvait devant chez elle. Elle ne savait pas si elle devait lui proposer de rentrer un peu ou non, elle était gênée à l’idée d’être vue avec un homme dont elle ne savait même pas s’il était marié ou non.
- Rosetta, je voudrais que tu loges à l’hôtel.
La jeune femme ne savait pas s’il lui demandait cela parce qu’il trouvait sa maison trop pauvre ou s’il voulait seulement l’avoir sous la main même la nuit, même s’il lui avait dit qu’il travaillait la nuit – ce qui n’empêchait pas non plus de l’avoir sur le bureau à portée de main – elle n’avait plus toute sa tête pour réfléchir. Elle s’entendit à peine lui répondre « Merci, Johnny, je vais faire ma valise ». Dès le lendemain, Rosetta s’installait dans une petite chambre attenante à l’appartement de Farrell. Dans son dos, les employés de l’hôtel tenaient tous le même discours : « la petite est passée dans le bureau du patron ».

A nouveau quelques semaines s’écoulèrent. Le mois de septembre était là à présent mais le temps était toujours au beau fixe. Un franc soleil continuait d’illuminer la Cité des Anges ; lorsque Rosetta faisait les chambres du treizième étage, une vue imprenable s’offrait à ses yeux émerveillés. Elle avait appris à ne plus avoir le vertige comme cela lui était arrivé au cours de ses premiers jours de travail et n’hésitait plus à regarder par la fenêtre. Elle continuait de loger dans la petite chambre que Farrell lui avait donnée. Elle le voyait rarement, si bien qu’elle parvint à oublier les terribles remords et la honte qu’elle ne put s’empêcher d’avoir au lendemain de leur première étreinte. Rosetta, en effet, s’était réveillée en larmes, honteuse d’avoir cédé, honteuse d’avoir couché. Elle avait même hésité à retourner à l’hôtel, mais elle avait besoin de l’argent que Mr Farrell lui donnait. Elle avait donc fait sa valise et avait accepté de rester la nuit. Elle craignait d’être contrainte à retourner dans son bureau le soir même pour les mêmes raisons, mais Farrell ne la fit pas appeler. Elle fut même plusieurs jours sans le voir. Depuis, elle s’était à nouveau retrouvée plusieurs fois dans son bureau, sur son canapé. Farrell n’avait toujours pas fait venir de lit. Elle ne le voyait plus à nouveau puis il la rappelait encore.

Un jour de septembre, alors qu’elle terminait de faire les chambres du treizième étage, un éclat de rire attira son attention. Curieuse, elle resta dissimulée dans la chambre qu’elle finissait de nettoyer comme deux personnes passaient dans le couloir. « Tu vas voir comme ils ont bien arrangé la « salle de bal », entendit-elle, « ils n’ont pas lésiné, et la porte d’accès est bien dissimulée, tu peux me croire ! Aucun risque d’être pris ! Et une fois à l’intérieur… » Ces paroles intriguèrent la jeune femme tant et si bien que, la nuit venue, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Cette porte dissimulée, et s’il s’agissait de celle dont Mr Farrell lui avait interdit l’accès ? Elle ne l’avait encore jamais trouvée, et pourtant elle savait qu’elle était au treizième étage. Bien dissimulée… Et cet homme, dans le couloir, avait parlé de « salle de bal », c’était ainsi qu’il avait appelé cet endroit mystérieux. Rosetta aurait dû y penser plus tôt, un hôtel comme celui-ci devait bien avoir une salle de bal, or elle n’en avait encore jamais entendu parler : la salle de bal était-elle utilisée pour autre chose ? Mais pour quoi ? Elle n’osait pas demander où était-elle, peut-être n’était-elle pas supposée savoir qu’il y en avait une, ou tout du moins qu’il y en avait eu une. Et si elle allait voir ? Peut-être trouverait-elle la porte mystérieuse ! Après tout, si Mr Farrell lui avait confiée cette clé, c’était qu’il n’y avait rien de dangereux, sinon il l’aurait gardée et n’aurait point pris le risque de la laisser dans le trousseau ! Pourquoi voudrait-il éprouver sa loyauté ? Rosetta se leva donc, s’habilla et se dirigea vers l‘ascenseur de service, une lampe torche à la main, dans l’idée de trouver au treizième étage la porte mystérieuse. Pourtant peureuse de nature, elle était à ce moment-là si curieuse qu’elle ne pouvait s’empêcher d’aller voir maintenant qu’elle n’avait plus que cette idée en tête.

Pour rejoindre l’ascenseur de service, Rosetta dut se rendre à la chaufferie de l’hôtel. Elle se glissa silencieusement parmi les tuyaux, les panneaux de contrôle couverts de boutons, les manettes et les chaudières. Elle passa devant l’endroit où se faisait le chargement de combustible avant d’arriver enfin devant les ascenseurs de service. Il y en avait deux, mais on lui avait dit de toujours utiliser celui de droite car celui de gauche n’avait pas encore été révisé en n’avait pas fonctionné depuis 1929. Elle poussa un soupir en voyant la pancarte « out of order ». Allait-elle prendre les escaliers et monter treize étages ? Il suffirait de devoir le faire au matin pour le ménage, en attendant la venue du réparateur qui était partie se coucher quelques instants auparavant, posant la pancarte dans l’idée de réparer au matin. Elle regarda alors l’ascenseur de gauche : il lui semblait en parfait état. Elle appuya sur le bouton, le panneau au-dessus de la porte s’alluma comme s’il était neuf et l’aiguille qui indiquait l’étage de l’extérieur se déplaça lentement jusqu’à s’arrêter sur le « B » de basement puisque la chaufferie se trouvait dans les sous-sols de l’hôtel. La jeune femme pensa qu’on s’était trompé, qu’il fonctionnait bien. Elle ouvrit la porte, tira la grille à peine rouillée, et monta. Elle appuya sur le bouton qui indiquait le 13.

L’ascenseur montait lentement, gravissait les étages les uns après les autres dans un grincement sinistre. Rosetta commençait à avoir un peu peur, toute seule, en pleine nuit, dans ce vieil ascenseur de service contre lequel on l’avait mise en garde. Les grincements ne lui déplaisaient et elle se disait qu’elle devait être folle pour avoir eu l’idée d’y monter. Il lui tardait d’arriver au treizième et de voir la porte s’ouvrir. Elle trouvait le temps long, il lui semblait que celui de droite était plus rapide. Sans doute avait-il été amélioré lors des travaux de restauration, même si d’apparence il semblait dater de la même époque, de 1929. Au bout de longues minutes, l’ascenseur ralentit et s’immobilisa soudain. Rosetta pensa être arrivée. Elle repoussa la grille, ouvrit la porte et… bascula dans la quatrième dimension. Ce qu’elle voyait devant elle n’était en rien semblable à ce qu’elle attendait. C’était un couloir d’hôtel, certes, mais baigné dans une nuit étoilée, irréel, comme entre deux monde. Le sol était là, les portes des chambres également, mais elle ne voyait pas de toit, seulement les étoiles. Elle frissonna de peur, priant pour être dans un simple cauchemar et non toute seule, dans cet ascenseur lugubre, dans un endroit sans nom. Soudain, sous ses yeux, cinq formes se matérialisèrent au milieu du couloir. Cinq personnes, vêtues et coiffées comme dans les années 20, qui apparurent avant de disparaître tout aussi vite, si vite qu’elle se demanda si elle les avait bien vues. Un long frisson glacé lui parcourut l’échine, comme un doigt très froid qui monterait lentement le long de sa colonne vertébrale. Au fond du couloir où étaient les apparitions s’étaient matérialisées quelques secondes, la vitre d’une fenêtre se brisa soudain, arracha à la pauvre jeune femme terrorisée un faible cri. Alors qu’elle pensait s’évanouir, la porte de l’ascenseur se referma, la grille également, et quelques secondes plus tard Rosetta se retrouvait au treizième étage, le treizième étage qu’elle arpentait depuis deux mois et demi mais qu’elle découvrait plongé dans le noir pour la première fois.

Rosetta n’osait pas avancer dans le couloir. Tout son corps tremblait comme une feuille, ses jambes semblaient de coton. Elle avança pourtant, se refusant à retourner à sa chambre par cet ascenseur. Elle devait traverser le couloir au moins pour prendre les escaliers, de service ou non. Descendre treize étages à pieds, même sur ses jambes prises de faiblesse, mais ne pas reprendre l’ascenseur ! L’un était hanté, l’autre hors service et quant aux ascenseurs des clients, plus beaux, plus grands et pourvus d’un liftier, c’était tout de même des ascenseurs et Rosetta ne voulait pas y monter de peur de retourner entre deux étages dans un endroit bizarre. Lorsque la porte s’ouvrirait, le liftier, qui travaillait toute la nuit, lui ferait peur, elle en était sûre ! De plus, elle voulait éviter qu’on la voie. Elle finit par se décider à avancer, cela lui permettait également de s’éloigner de cet affreux ascenseur.
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Lun 30 Oct - 20:41

Chapitre 5


Comme Rosetta approchait des escaliers, des éclats de rire, comme ceux de l’après-midi, la firent sursauter. Elle aperçut les deux hommes et les suivit : après les émotions qu’elle venait d’avoir, elle pouvait bien essayer de savoir où ils allaient puisque c’était eux qui avait parlé de la salle de bal. Elle les suivit ainsi jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent devant la porte du local de maintenance en électricité. Elle comprit alors : c’était là la fameuse porte dont elle avait la clé mais interdiction d’ouvrir ! Elle passait devant tous les jours, mais n’avait jamais pensé qu’il puisse s’agir de cette porte, parce qu’il y avait écrit « local maintenance » dessus et qu’elle imaginait la porte mystérieuse dépourvue d’inscription ! La jeune femme n’en croyait pas ses yeux, que se passait-il derrière cette porte ? Elle se souvenait du ton lourd de menaces de Mr Farrell pour lui en interdire l’accès, mais une terrible curiosité la poussait en avant, à regarder « juste un peu » ce qu’il pouvait cacher. Pourtant non encore remise des émotions de l’ascenseur, elle ne voulait pas quitter le treizième étage avant d’avoir vu. Elle s’approcha donc à son tour, après avoir vu entrer les deux hommes. Le trousseau de clés tremblait dans sa petite main. Elle chercha, à l’aide de sa lampe torche, celle qu’elle n’avait pas le droit d’utiliser, la trouva enfin et ouvrit la porte qu’ils venaient de refermer après leur passage.

C’était bien l’ancienne salle de bal de l’hôtel. Si Rosetta avait pu consulter les plans de 1929, elle eut vu que les chambres du treizième n’occupaient que la moitié de l’étage contrairement aux autres et que c’était sans doute pour cela que la jeune femme était seule pour y faire le ménage. Avec la nouvelle direction, la salle de bal avait changé de fonction. D’importants travaux avaient été entrepris et une entrée avait été creusée dans le local d’électricité. Rosetta avait sous les yeux une immense salle de jeux, un casino illégal où, de manière confidentielle, se pressaient des clients en smoking et robe du soir. Il y avait une effervescence, une animation que personne n’eut pu soupçonner dans la quiétude de l’hôtel endormi. Tout était parfaitement insonorisé. Les rires, les éclats de conversation, les bruits des roulettes, rien ne paraissait au-dehors. Rosetta était stupéfaite de tout ce qu’elle voyait, elle était comme transportée dans un autre établissement, comme si l’ascenseur hanté l’avait conduite dans un autre hôtel tant elle ne reconnaissait point celui où elle travaillait depuis deux mois et demi. Au fond de la salle de jeux se tenait un bar où allaient et venaient des serveuses à jupe très courte et des « dames de compagnie » étaient perchées sur les hauts tabourets avec les clients. Alors que Rosetta, effrayée, allait s’en aller en espérant ne pas avoir été vue, une main puissante se referma sur son bras et une voix s’écria derrière son dos « Elle est là, patron, je l’ai trouvée ! »

Muette de peur, Rosetta pivota sur ses talons dans l’espace étroit que lui permettait l’homme qui la tenait. Elle ne le connaissait pas, elle ne l’avait jamais vu. Elle n’aurait point oublié cette mine patibulaire, ce regard sinistre. Derrière lui, Mr Farrell avait le visage fermé, l’air plus sévère que jamais. Il était en costume rayé et Rosetta se souvint qu’il lui avait dit travailler une partie de la nuit, ce qu’il confirma.
- Je t’ai entendue quitter ta chambre. Je savais qu’un jour tu céderais à la curiosité, ajoura-t-il en tirant une bouffée de sa cigarette.
« Pourquoi m’a-il donnée cette clé, pourquoi ? » se demandait-elle, les idées embrouillées, « Voulait-il que je vois, que je sache ? Je ne comprends rien. » Elle n’entendait même plus le brouhaha du casino illégal, seulement la voix de Mr Farrell s’adressant à son homme de main :
- Emmène-la dans mon bureau.
Contrainte de suivre les deux hommes, Rosetta oublia sa toute nouvelle peur des ascenseurs. Ils prirent celui des clients. Le liftier ne parut pas le moins du monde surprit de voir Rosetta entourée du patron et de son homme de main.

La jeune femme crut sa dernière heure arrivée en entrant dans le bureau, persuadée que Mr Farrell la ferait taire, l’empêcherait de dire à quiconque que son hôtel renfermait un casino illégal et peut-être même, qui sait, de la prostitution de luxe. Elle ne s’attendait pas un seul instant à ce qu’il s’apprêtait à lui dire. L’homme de main l’avait fait asseoir et se tenait debout derrière elle. Elle ne savait pas s’il était armé ou non, pour l’instant il ne tenait aucune arme à la main, mais elle savait que si elle essayait de s’échapper, ce qui paraissait impossible, il l’assommerait très facilement. Mr Farrell s’installa dans son fauteuil de cuir, comme si de rien n’était, les pieds négligemment posés sur le bureau entre le téléphone et le cendrier. Il continua de fumer en silence, avant de prendre la parole face à une Rosetta terrifiée.
- Le lit arrive demain.
La jeune femme luttait pour ne pas perdre connaissance. Il allait la tuer, c’était certain. Pourquoi lui parlait-il de lit ?
- Tu m’as demandée pourquoi il n’y avait pas de lit ici, reprit tranquillement Farrell, je t’ai répondu que j’en ferai venir un quand j’aurai commencé une liaison avec toi. Je sais que ça fait plusieurs semaines déjà, mais mieux vaut tard que jamais. Le lit arrive demain, c’est-à-dire dans quelques heures maintenant. Je ne veux pas que ma femme soit privée de confort.
- « Ma… ma…ma… » articula faiblement Rosetta.
- Tu as parfaitement entendu : « ma femme » ! J’ai l’intention de te conduire au bureau des mariages et le plus tôt sera le mieux. A l’ouverture, dans quelques heures. Je t’ai trouvée un tailleur, c’était prévu : je n’attendais qu’une chose, que tu ailles enfin ouvrir cette porte.
La jeune femme se croyait plongée dans un conte tant le comportement de Mr Farrell était étrange et imprévisible. Il avait tout fait pour susciter sa curiosité avec les clés et maintenant qu’elle avait cédé, elle pouvait devenir sa femme ?

Rosetta avait perdu connaissance. Elle n’avait rien trouvé à dire après que Mr Farrell lui ait ordonnée de l’épouser. Elle pensait qu’il allait demander à son homme de main de lui régler son compte, mais elle était loin d’imaginer qu’il préférait l’obliger à rester vivre à l’hôtel, par la menace, par le mariage. Cela faisait environ deux heures qu’elle était revenue à elle. L’homme de main l’avait étendue sur le canapé, à l’arrière du bureau. Elle avait entendu Mr Farrell dire : « Dors, maintenant » mais elle n’était toujours pas parvenu à trouver le sommeil. Elle voulait comprendre pourquoi ce mariage « persuasif ». « Parce que je t’aime » avait répondu Mr Farrell lorsqu’elle lui avait posé la question. Ce n’était pas faux, il l’avait désirée comme compagne dès le premier jour. Il n’avait pas pensé cependant à l’épouser, pourquoi s’enchaîner à la même femme ? Mais il avait changé d’avis. Il sentait que c’était elle qu’il lui fallait. Il pensait sincèrement l’aimer, à sa manière, et ne lui mentait pas en lui disant cela. Il n’oubliait pas non plus une raison des plus intéressées qui l’incitait à l’épouser rapidement au lieu de se demander si elle serait sa femme ou bien s’il se contenterait qu’elle soit sa compagne : en l’épousant, il lui enlevait toute possibilité de témoigner contre lui devant un tribunal parce qu’il serait son mari. Il garderait un témoin de ses activités sous contrôle pour toujours. Certes, si son témoignage ne pourrait être recevable elle pouvait tout de même attirer l’attention d’enquêteurs si elle parlait, mais il savait qu’elle ne parlerait pas. Il savait avoir assez d’influence sur elle. S’il la laissait aller, il faudrait la menacer et il y avait toujours le risque qu’elle finisse par parler en dépit de la peur qu’elle aurait de lui. S’il devenait son mari, elle ne parlerait pas.
- Elle ne dort pas, vint lui dire son homme de main.

La silhouette de Mr Farrell se détachait dans l’ombre, près du canapé. Rosetta le
regardait d’un petit air craintif.
- Il faut que tu dormes, Rosetta. Tu te maries demain, je veux que tu me fasses honneur.
- Je n’arrive pas à dormir, Mr Farrell.
- « Johnny », Rosetta, ne l’oublie pas. Rosy chérie…
- « Johnny »… Je n’arrive pas à dormir, Johnny.
- Alors je vais te donner des somnifères. Juste un peu, cela te fera le plus grand bien, ajouta-t-il comme elle protestait faiblement.
Quelques instants après, Farrell déposa des comprimés dans sa main et lui tendit une grand verre d’eau.
- Pour prendre tes cachets.
Il s’assit à son chevet et contempla sa future épouse profondément endormie une heure durant, puis il alla se coucher dans la chambre qu’il lui avait donnée au début de leur liaison.
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casper
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Lun 30 Oct - 22:45

Et bien que de rebondissements ! J'ai très envie de connaître la suite ! Very Happy
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Mar 31 Oct - 1:54

Merci beaucoup, Casper ! cheers
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 4 Nov - 12:36

T'est histoires sont toujours aussi sympas comtesse thumright
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 4 Nov - 18:58

comptesse rosetta a encore frappé !
Je viens de rentreer dre vacances et donc j'ai as encore eu le temps de le lire, mais je l'imprime immédiatement !!!!!!
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Sam 11 Nov - 1:05

Merci à vous ! flower



Chapitre 6


Tout c’était passé si vite… Rosetta avait beaucoup de peine à comprendre ce qui lui arrivait. Depuis qu’elle avait franchi la porte du Hollywood Hotel, sa vie avait changé du tout au tout sans qu’elle en prenne conscience sur l’instant, comme si cela arrivait à une autre. Son destin s’était scellé de manière inattendue, sans qu’elle s’y attende. Elle se retrouvait mariée à un homme dont elle ne savait rien hormis le nom, comme si cela faisait partie intégrante du contrat qu’il lui avait fait signer dans son bureau au cours de leur premier entretien, comme si une clause rédigée en tout petit qu’elle n’aurait pu lire spécifiait qu’elle devrait devenir l’épouse de son patron. Rosetta avait suivi Mr Farrell au bureau des mariages comme si cela était chose naturelle, de l’épouser et que cela se passe ainsi. Elle n’avait guère d’autre choix que de lui obéir mais elle y consentait également de son plein grès. Cela lui arrivait-il à elle ou bien à une autre ? Elle semblait se le demander lorsqu’elle levait des yeux étonnés sur tout ce qui l’environnait au Hollywood Hotel.

Rosetta était comme absente, comme dans un songe. Elle regardait son mari, émerveillée, avant de se rappeler ensuite qu’il dirigeait un tripot clandestin dans une partie secrète de son hôtel. Mais, lorsqu’elle se rappelait cela, elle l’en excusait. Elle avait eu peur qu’il la tue lorsque son homme de main et lui l’avaient surprise là-haut, mais elle voulait rester auprès de lui et ne partirait pas. La demande en mariage quelque peu ordinaire l’avait surprise, bien sûr, mais elle découvrait tout en même temps que Mr Farrell éveillait en elle quelque chose qu’elle ne s’expliquait pas. Non seulement ce mariage lui semblait être l’enchaînement logique de cette liaison qu’il avait commencé en la lui imposant, mais en plus elle… l’aimait. De cela, elle avait honte. Elle ne pensait pas avoir changé, elle était toujours la même petite Rosetta douce et candide. Qui aurait pu prévoir qu’elle deviendrait la compagne obéissante puis l’épouse d’un homme tel que Mr Farrell ? Son père aurait vivement désapprouvé une union avec un homme peu respectable. Il n’aurait pu supporter d’apprendre que Mr Farrell touchait Rosetta. La savoir dans un hôtel de Berverly Hills l’aurait rendu malade, et il aurait appelé la police s’il avait su qu’en plus cet hôtel renfermait une salle de jeux clandestine avec dames de compagnie. Plus Rosetta pensait à son père, plus elle avait honte. De même que songeant à sa mère dont elle n’avait aucun souvenir hormis une photographie au papier jauni mais dont elle savait la vertu. Mais, malgré tout cela, il suffisait que Johnny plonge sur elle son regard sombre pour qu’elle soit émerveillée malgré la peur qu’il lui inspirait aussi.

Les premiers jours en tant que Mrs Farrell furent semblables aux précédents passés dans l’hôtel mis à part que la jeune femme dormait désormais dans la pièce attenante au bureau, dans le lit que Johnny avait fait livrer. Ils ne dormaient pas ensemble puisque lui travaillait surtout la nuit, mais le lit était là savait parfaitement utiliser les moments où sa femme se glissait sous les couvertures. Ce n’était plus un canapé pour des étreintes rapides, c’était un lit conjugal, bien que Johnny exerçait déjà auparavant toute puissance sur elle. Rosetta continuait de faire les chambres du treizième étage. Johnny lui avait dit, après le mariage, qu’elle devait encore travailler pour lui puisqu’il n’avait personne d’autre pour le moment pour s’occuper de cet étage. En revanche, il lui avait annoncée en même temps qu’il cessait de la payer. Rosetta continuait donc de faire les chambres, ainsi que le ménage dans le bureau et le petit appartement. Souvent, en ces fins de journées, Johnny était assis à son bureau, plongé dans les livres de compte tandis qu’elle passait autour de lui et à ses pieds pour nettoyer. Ce fut ainsi qu’à plusieurs reprises il finissait par laisser ses livres pour l’attirer à lui et la faire basculer sur ses genoux.

Le mariage du directeur avait grandement surpris le personnel de l’hôtel et alimentait nombre de discussions. Qu’avait donc cette fille pour qu’il en fasse sa femme ? Certains disaient qu’ainsi il pouvait l’exploiter gratuitement, mais l’on avançait aussi qu’il était peut-être tout simplement tombé amoureux. Après trois semaines cependant, Johnny dit à Rosetta de cesser de faire les chambres du treizième. Il avait engagé une autre femme de ménage et ne lui demanderait désormais que de nettoyer son bureau et le petit appartement. Il prit cependant d’autres mesures. Un soir, il apporta un paquet à sa femme.
- Qu’est-ce que c’est, Johnny ?
- Ouvre-le.
C’était une robe fourreau en soie noire et bustier.
- C’est pour moi, Johnny ?
Jamais Rosetta n’avait porté une telle tenue parfaitement indécente selon son opinion.
- Oui, je veux que tu la portes. Tu viendras désormais avec moi le soir à la salle de jeux ; je pense que tu peux faire une bonne mascotte et que ta présence aux tables de jeux peut porter chance aux clients.
La jeune femme était stupéfaite. Elle voulait refuser, mais elle savait qu’elle n’oserait jamais. Déjà, Johnny déboutonnait sa robe d’autorité. Il resta ensuite à la regarder mettre la robe, assis dans un fauteuil, à fumer tranquillement.

Les quelques heures passées dans la salle de jeux furent un supplice pour une jeune femme aussi prude et timide que Rosetta. Sanglée dans cette robe qui soulignait son corps quand elle ne le montrait pas, elle avait dû retenir ses larmes pour suivre Johnny dans l’ascenseur et entrer enfin dans la fosse aux ours, ou plutôt dans la tanière du loup. Tous les regards s’étaient tournés vers elle et, dans la démarche hésitante qu’elle avait accoutrée de la sorte et avec de hauts talons dont elle n’avait pas l’habitude, elle avait été contrainte de passer de roulette en roulette pour assister aux mises comme si cela pouvait faire flamber davantage. Elle avait senti dans son dos le regard incessant de Johnny qui, vêtu d’un smoking, fumait dans le fond de la salle, de même que les regards à la dérobé que lui laissaient parfois les dames de compagnie devant son allure gauche et timide.

De retour dans le petit appartement, Johnny ne manqua d’ailleurs pas de lui faire la remarque de sa timidité, alors que c’était justement ce qui lui plaisait en elle. Il s’était en vérité berçait de l’illusion qu’elle serait timide avec elle mais qu’elle serait plus assurée dans la salle de jeux. Illusion.
- Prend une cigarette, lui dit-il soudain comme il fumait lui-même
Il se tenait debout près du fauteuil où elle était assise, toujours dans sa robe bustier. Il lui tendait son étui à cigarettes.
- Je préférerais dormir, répondit-elle timidement.
Johnny reposa l’étui et passa dans son dos sans un mot. Était-il contrarié ? Elle n’osait pas tourner la tête. Elle sentait dans son cou l’odeur de tabac qui accompagnait son mari partout. Il se pencha par-dessus son épaule. Rosetta sentit qu’il glissait sa cigarette entre ses lèvres délicates. Surprise et n’en ayant aucunement l’habitude, la jeune femme s’étouffait. Ses yeux devinrent rouges et larmoyant, elle fut prise d’une quinte de toux qui obligea Johnny à retirer la cigarette.
- Doucement… Il faut cracher la fumée…
Il glissa une seconde fois la cigarette toujours allumée entre les lèvres de Rosetta. Elle fit docilement ce qu’il lui demandait.
- C’est très bien… Voilà qui te donnera contenance dans la salle de jeux.

Le soir suivant, Rosetta retourna donc à la salle de jeux vêtue de sa robe à bustier.
Johnny lui avait donnée un étui contenant des cigarettes et recommandée qu’elle s’en serve. Cela ne s’était guère montré une bonne idée du fait de la nervosité de la jeune femme qui, d’une part, répugnait à fumer, et qui, d’autre part ne pouvait empêcher sa main de tremble si bien qu’elle fit tomber plusieurs fois des cigarettes de l’étui, fort heureusement sans qu’elles soient allumées. Des clients les lui ramassaient et les lui rendaient avec force regards appuyés et amusés à la fois. Par bonheur, on ne l’avait pas confondue avec l’une des dames de compagnie parce qu’elle ne portait pas la même tenue qu’elles et que le bouche-à-oreille faisait son chemin, chacun apprenant à son tour qu’elle était « la femme du patron ». Il n’en demeurait pas moins un risque qu’elle ne soit importunait et Rosetta avait très peur des commentaires et des gestes déplacés que certains clients pourraient éventuellement lui faire. Cela la rassurait de voir que Johnny ne la laissait jamais seule lorsqu’elle était dans la salle de jeux. Il restait surveiller la salle malgré la présence de ses employés, croupiers et hommes de main. « Veillez bien à ce que personne ne la touche : c’est MA femme, elle n’est là que pour faire joli », telles avaient été ses ordres.

Bientôt, Septembre toucha à sa fin et ce fut Octobre…
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Mar 14 Nov - 22:44

Chapitre 7


Les promenades au parc faisaient les délices de Rosetta depuis qu’elle ne s’occupait plus des chambres du treizième étage. Elle se réveillait en fin de matinée tout comme son époux puisque tous deux passaient une partie de la nuit à la salle de jeux. Ils déjeunaient d’ailleurs ensemble et la jeune femme aimait beaucoup ces instants avec Johnny, lorsqu’il était en robe de chambre et qu’elle lui apportait son café et lui servait son petit déjeuner. Après les heures sombres de la nuit qu’elle redoutait à la fin de chaque journée, Johnny redevenait comme tout époux, ce n’était plus « le patron du tripot » Elle aimait aussi lorsqu’il l’accompagnait dans ses promenades ou lorsqu’il l’emmenait faire les boutiques. Johnny était si gentil dans ces moments-là. Puis ils retournaient à l’hôtel et Johnny se mettait au travail. Elle s’occupait d’une manière ou d’une autre, notamment avec le nécessaire de couture qu’elle avait apporté de chez elle, puis elle faisait le ménage dans son bureau et l’appartement. Venait l’heure du dîner et celle de monter à la salle de jeux. Avec la tombée du jour, Johnny devenait plus sévère et moins gentil. Son visage se fermait. Il l’obligeait à porter des robes bustiers comme la noire qu’il lui avait offert la première fois. Il continuait de la faire fumer et ajoutait même un peu d’alcool au jus de pomme qu’aimait boire la jeune femme. « Cela te fera du bien », avait-il dit.

Il arrivait parfois que Johnny reste à l’hôtel même l’après-midi. Rosetta avait la permission de sortir seule. Il lui donnait de l’argent pour qu’elle puisse faire les boutiques, mais lorsque la jeune femme était seule ses pas la conduisaient tout naturellement vers le parc le plus proche. Elle n’avait jamais remarqué l’homme qui la suivait. Johnny la faisait en effet surveiller par un homme de main pour s’assurer qu’elle reste bien tranquille quand il n’a pas besoin d’elle. Il la suivait à bonne distance chaque fois qu’elle sortait seule. Par ailleurs, Johnny exigeait qu’elle soit toujours de retour à l’heure à laquelle il souhait qu’elle nettoie son bureau. C’était devenu un rituel, pour lui. C’était en la voyant ainsi qu’il s’était décidé à commencer une liaison avec elle. Elle lui avait plu dès l’instant où elle avait franchi la porte de son bureau, mais plus encore en la voyant avec son balai et ses chiffons. Elle était sa petite Cendrillon, au tablier le jour et au bustier la nuit. Il aimait l’avoir à quatre pattes près de lui, astiquant autour d’elle tandis qu’il travaillait sur les livres de compte de l’hôtel dans la fumée blanche de sa cigarette.

Rosetta adressa un tendre sourire à son époux. Comme tous les matins, il prenait son déjeuner la robe de chambre ceinturée sur son pyjama rayé, les cheveux, habituellement gominés, en désordre.
- Voici ton café, Johnny.
Il lisait le journal, les nouvelles du front. Il savait que Rosetta avait perdu son père dans le Pacifique. Un matin, ils avaient parlé de la guerre alors qu’ils étaient encore au lit, au chaud. Johnny avait vu Rosetta pleurer mais faire tout pour le cacher, aussi lui en avait-il demandé la raison d’un ton un peu sévère, pensant que c’était à cause de la salle de jeux. Il s’était trouvé honteux de sa suspicion lorsqu’elle lui avait dit que c’était l’anniversaire de son père qui était mort depuis plusieurs mois maintenant. Johnny l’avait prise dans ses bras et l‘avait bercée contre lui avec une tendresse que les clients du casino n’imagineraient pas et dont ils ne se doutaient pas. Il lui avait proposée de parler de son père si cela lui faisait du bien. Elle l’avait fait, profondément reconnaissante. De son côté, la jeune femme avait appris que son époux était loin d’être un exempté. Il avait combattu, lui aussi. Il était à Pearl Harbor où il avait été blessé. Les premiers soins lui avaient été donnés, mais il avait ensuite été rapatrié sur la Californie. Il ne s’était pas rengagé depuis. Rosetta comprit ce jour-là la signification d’une large cicatrice qu’il portait au thorax qu’elle avait soupçonné provenir d’une rixe entre gangsters. Lorsqu’elle en su l’origine, elle fut honteuse comme lui l’était pour s’être trompé sur la raison de ses pleurs.
- Merci, Rosy, répondit-il en pliant son journal.
Il lui souriait. Elle savait qu’il n’était pas méchant, même dans les moments où il lui faisait un peu peur.

Le petit déjeuner préparé par Rosetta était délicieux. Johnny le lui disait chaque matin et cela faisait rosir ses joues de contentement. Il lui semblait alors découvrir le vrai Johnny, celui qui était gentil et qui l’aimait. Pas le Johnny de la nuit, celui qui l’obligeait à être décorative à côté des tapis verts et des roulettes.
- Rosy…
La jeune femme leva la tête de ses tartines.
- C’est bientôt Halloween, Rosy.
Rosetta fut surprise, elle ne s’attendait pas à ce que son mari lui parle de cela. Pour sa part, elle se souvenait des bonbons qu’elle allait chercher avec son père dans les maisons voisines, déguisée en petite citrouille.
- Oui, c’est vrai. Je n’y pensais pas. Voudras-tu un menu spécial pour ce jour-là ou bien une décoration particulière ?
- Non, je pensais plutôt t’annoncer quelque chose. Tu sais que l’hôtel avait une salle de bal au treizième étage, bien sûr.
Rosetta répondit par un signe de tête. Comment l’oublier ? C’était la salle qui avait servi à aménager le casino !
- Eh bien depuis que j’ai pris la direction de l’hôtel, c’est-à-dire depuis qu’il a rouvert ses portes, j’ai le projet de créer une nouvelle salle de bal au douzième étage cette fois.
- Au douzième ?
- Oui. Nous avons d’anciens clients de 1929, ils se souviennent de la salle de bal du treizième. Il ne faut pas les décevoir. Pour ceux qui ne savent pas pour le casino, la version officielle est de dire que nos amis superstitieux n’approuveraient pas une nouvelle salle au treizième. A croire que cela a porté malheur à l’hôtel, il a fermé quelques mois après son inauguration !
La curiosité de Rosetta était en éveil. Cette histoire de 1929 l’intéressait !
- Pourquoi l’hôtel a-t-il fermé ?
Johnny connaissait bien la tragique histoire du Hollywood Hotel et cependant il ne désirait pas en parler.
- Je l’ignore, mentit-il.

Rosetta n’insista pas. Après le déjeuner, elle s’habilla pour faire sa promenade
quotidienne. Johnny lui avait achetée des robes bustiers pour le soir, mais ses vêtements de jour étaient des plus décents. Elle lui était reconnaissante de lui avoir permis d’acheter des robes et un bon manteau, au regard des vêtements défraîchis qu’elle avait portés jusqu’à présent.
- Johnny ? Je suis prête.
- Je ne viens pas, aujourd’hui. J’ai beaucoup de travail.
Rosetta sortit donc seule, sans voir, une fois de plus, l’homme qui la suivait. Le parc était magnifique en cette saison. Des feuilles aux teintes chaudes tourbillonnaient, portées par le vent. La jeune femme rencontrait beaucoup de jeunes mères qui promenaient leurs enfants. Peut-être des épouses d’acteurs, en tout cas des personnes assez aisées pour pouvoir habiter Berverly Hills. Rosetta espérait être comme elles bientôt. Lorsqu’elle se promenait avec Johnny, elle ne se disait plus que jamais personne ne voudrait d’elle : elle avait un mari. Elle espérait porter bientôt son enfant, puis d’autres encore.
Pour la première fois, Rosetta ne prêta pas attention à l’heure. Elle s’attarda près d’un étang charmant et en oublia l’exigence de Johnny, être de retour à temps pour nettoyer son bureau. L’homme qui la suivait discrètement n’était pas intervenu ; il ne le ferait que si elle montrait des signes de fuite, ainsi que Mr Farrell lui avait demandé d’agir. Il la suivit en sens inverse, comme elle retournait vers l’hôtel. Le soleil déclinait et Rosetta se hâtait. Le cœur battant à tout rompre, elle se rendait compte de son retard. Johnny devait l’attendre et il serait en colère. Ses talons martelaient le sol. Dans sa précipitation, elle ne vit pas que l’homme était cette fois tout près d’elle. Rosetta ouvrit le portail du jardin de l’hôtel. Il était sombre du fait de la luxuriance de sa végétation. Elle poussa soudain un cri : elle venait de voir une statue qui lui faisait peur comme surgie de derrière un buisson. C’était une imitation des statues grecques ; elle représentait une femme à demi nue mais son visage avait quelque chose de déplaisant qui effrayait Rosetta à chaque fois qu’elle le voyait. Il lui rappelait l’aigle et la cheminée du salon, ainsi que les fantômes qu’elle avait vu en prenant l’ancien ascenseur de service.

Au moment où la jeune femme arrivait sous les arcades conduisant aux salons, une
main l’empoigna, lui arrachant un autre cri. L’homme de main venait de la saisir par le bras.
- Mr Farrell vous attend dans son bureau. Allons-y, dit-il simplement.
C’était bien l’endroit où elle comptait se rendre, puisqu’elle devait le nettoyer et que, de plus, elle vivait dans la pièce voisine, mais l’homme de main avait éprouvé le besoin de lui faire sentir que Johnny serait intraitable pour ce retard. Il attendait son épouse, en effet, assis dans son fauteuil, en train de fumer. C’était comme si Rosetta avait voulu s’enfuir et que l’homme de main l’avait retrouvée et ramenée à Johnny, venu la chercher dans quelque hôtel. En la voyant entrer, l’homme de main sur ses talons, il écrasa sa cigarette dans le cendrier : Rosetta était là.
- Ok, Langford.
L’homme de main comprit qu’il lui donnait congé. Il quitta le bureau sans oublier de refermer soigneusement la porte derrière lui. Johnny se leva et s’approcha de Rosetta. Elle rentrait la tête dans ses épaules et le regardait avec crainte par petits regards.
- Tu sais pourquoi je ne suis pas satisfait de toi, aujourd’hui ?
Elle répondit d’un timide signe de la tête.
- Je suis rentrée tard, dit-elle d’une toute petite voix.
- C’est exact.
Il la gifla, elle tomba à ses pieds. Elle voyait le bas du pantalon rayé et les chaussures noires, puis cela se détourna et disparut : il venait de quitter le bureau sans un mot.
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Mer 15 Nov - 13:32

Comme ce johnny est étrange! Pauvre Rosetta il lui en fait voir ! Vraiment superbe cet histoire j'ai très envie de lire la suite !
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Jeu 16 Nov - 1:32

Merci, Casper ! cheers

Chapitre 8


Les travaux de la nouvelle salle de bal avançaient bien et même remarquablement bien. Johnny avait fait les choses en grand, un armé d’ouvriers avait été engagée si bien que, rapidement, une partie des chambres du douzième étage disparurent et que commencèrent les travaux de décoration. La superficie était la même que celle occupée à l’étage supérieur par le casino et l’aménagement se voulait tout en luxe et raffinement : Farrell avait dépensé sans compter. Il fallait non seulement faire beau mais également vite, la salle de bal devait être prête pour le soir du 31 octobre. Un hôtel tel que celui-ci se devait d’en avoir une, et la piste de danse, située à l’arrière du casino, se devait, quant à elle, de rester confidentielle pour des raisons évidentes : seule une partie de la clientèle connaissait son existence. Depuis le début des travaux, seuls les habitués continuaient d’affluer et ce pour le casino ; les autres attendaient l’inauguration pour revenir, incommodés par le bruit que faisait les ouvriers pour abattre les cloisons et remodeler une partie du douzième étage pour en faire une salle de bal.

Rosetta écoutait d’une oreille distraite les dernières nouvelles sur l’avancée des travaux. Chaque jour, son mari demandait où en étaient les ouvriers et Rosetta était toujours assise près de lui avec son tricot à ce moment-là. Il lui permettait de rester, ces nouvelles n’étaient pas confidentielles. Elle se faisant cependant aussi discrète que possible, le nez dans son ouvrage, veillant à ce que les cliquetis des aiguilles ne soient pas trop forts. Elle aurait pu broder, cela était encore plus silencieux, mais Johnny lui avait demandée une écharpe en laine. Elle mettait tout son cœur dans cet ouvrage, elle tenait à les réussir de son mieux, elle voulait que Johnny soit heureux et content lorsque l’écharpe serait finie. Elle n’avait aucun ressentiment à son encontre à propos de la gifle qu’il lui avait donnée. Elle se disait qu’elle l’avait méritée et que cela lui servirait de leçon pour ne plus jamais aller contre sa volonté. Elle en conservait encore une marque légère à la joue, le bleu avait mis du temps avant de s’effacer. Dans les premiers jours qui suivirent la gifle, Johnny ne la laissa pas sortir seule. Il l’accompagnait chaque après-midi en promenade, avant de la laisser à nouveau, non sans lui rappeler ce qui arriverait si elle rentrait tard une autre fois, sourcils froncés à l’appui.

Il faisait froid, maintenant. Il restait encore environ deux mois d’automne mais l’hiver semblait déjà bel et bien là. Un hiver précoce sur Los Angeles qui jouissait habituellement d’une arrière-saison des plus agréables. Le temps, en vérité, était étrange. Les bourrasques de vent en provenance de la chaîne des Cascades alternaient avec de magnifiques journées ensoleillées, et à plusieurs reprises des orages furent annoncés par la radio. Rosetta frissonnaient comme elle se dirigeait vers l’hôtel après une courte promenade. Non de peur, mais de froid. Elle n’aurait pu s’attarder quand bien même elle l’aurait voulu, elle n’avait pas fait attention au temps et s’était trop peu couverte. Elle regrettait l’absence de Johnny contre lequel elle eut pu se blottir et marcher nicher contre lui. Cela l’aurait réchauffée et cela lui aurait fait plaisir. Elle aimait se promener avec lui, si bien qu’elle n’avait pas rechigner un seul instant lorsqu’il l’avait d’abord empêchée, pendant quelques jours, de sortir seule après la gifle. C’était avec lui qu’elle voulait se promener. Peut-être pourrait-il l’accompagner le lendemain.

De retour dans les salons de l’hôtel, Rosetta s’apprêtait à rejoindre directement le petit appartement, quand elle entendit parler une fois de plus de la salle de bal. La décoration, disait le réceptionniste, avait bien avancé, et donnait déjà une idée de ce que se serait au moment de la fin des travaux. Il ne restait plus que deux semaines avant la soirée de Halloween, il restait encore beaucoup à faire mais tout de même le plus gros était achevé. Mr Farrell pouvait se montrer satisfait.
- C’est Jim qui va être content, ajouta-t-il, il parait que la décoration est la même que celle de 1929 ! Je crois bien que c’est le seul de nous à l’avoir connue !
A ces mots, Rosetta s’approcha du comptoir de la réception.
- Ooh, bonjour, Mrs Farrell ! salua le réceptionniste.
Après tout, il s’agissait de la femme du patron.
- Bonjour. Ooh, je… Qui est Jim ?
- Ce n’est un secret pour personne, Mrs Farrell : c’est le liftier de l’ascenseur de droite. Il travaillait déjà ici en 1929 et quand l’hôtel a rouvert ses portes il s’est présenté pour être repris.
La jeune femme sentait la curiosité la reprendre. Lorsqu’elle avait demandé à son mari les raisons de la fermeture de l’hôtel, il avait répondu l’ignorer. Peut-être ce Jim pourrait-il le lui dire. En vérité, cela lui importait peu, mais sa curiosité était en éveil une fois de plus. Elle savait qu’il fallait être prudent, que cela lui avait joué de mauvais tours lorsqu’elle avait pris le vieil ascenseur de service et ouvert la porte interdite, mais après tout cela lui avait permis d’épouser Mr Farrell. Silencieuse, Rosetta tourna les talons et se dirigea vers l’ascenseur. Dans sa précipitation, elle en oublia de remercier le réceptionniste pour son renseignement.
- Et voilà, dit-il entre ses dents une fois la porte de l’ascenseur refermée sur la jeune femme, elles épousent le patron et elles vous traitent de haut !

La jeune femme espérait que le liftier serait bien le bon, ne sachant pas à quelle heure
Jim commençait son service. Elle regardait à la dérobée celui qui était là, mais cela ne l’avançait guère puisqu’elle ne savait pas à quoi il ressemblait.
- Quel étage voulez-vous, Mrs Farrell ? demanda-t-il pour la troisième fois, avec patience.
Elle l’entendit enfin.
- Oh ! Euh, le douzième, je vous prie. Je voudrais… voir l’avancée des travaux de la salle de bal !
Le liftier sourit discrètement. Les travaux l’intéressaient-ils ? Il en doutait.
- Vous cherchez quelqu’un ? Vous semblez perdue, Mrs Farrell. Si c’est votre époux, il est dans son bureau d’après ce que je sais.
Elle sursauta, comme l’ascenseur commençait sa montée.
- En vérité, je cherche, euh… le liftier qui s’appelle Jim. Je ne connais pas son nom. Je le cherche parce qu’il était là en 1929 et que j’aimerais lui poser une question.
- Ce n’est pas moi, Jim. Il est plus vieux. J’étais un gamin, moi, en 1929 !
Rosetta rougit. En effet, elle aurait dû s’en douter. Un pesant silence s’instaura le temps de quelques minutes, de longues minutes.
- Il commence à 18h, si cela vous intéresse. Douzième étage, Madame.
- Merci…
Rosetta quitta l’ascenseur. Il ne lui restait plus qu’à redescendre par l’autre ascenseur. Elle reviendrait à 18 heures.

Johnny était satisfait. Rosetta se comportait très bien, il était satisfait. Elle ne s’absentait jamais très longtemps, la leçon avait portée.
- Ma chérie, je tiens à ce que tous nos clients sachent à quel point je tiens à toi, lui dit-il en souriant, lorsqu’elle revint dans le bureau.
Il se leva et se dirigea vers elle qui était assise avec son tricot.
- Je te fais faire une robe magnifique pour l’inauguration de la salle de bal. Ce sera une fête costumée puisque c’est pour Halloween, mais nous deux nous ne serons pas déguisés, il faut qu’on nous voie bien.
Rosetta espérait que la robe promise soit différente de celles qu’il lui faisait porter à la salle de jeux.
- Naturellement, il y aura également une soirée à la salle de jeux, reprit-il, accentuant la crainte de sa femme. Mais nous resterons à la nouvelle salle de bal, ce soir-là, ma chérie.
Ces derniers mots la rassurèrent.
- Ce sera merveilleux, Johnny !
Il se pencha et déposa un baiser sur ses lèvres.
- Bien. Maintenant, j’ai un coup de téléphone à donner. Je te revoie tout à l’heure, chérie.
Rosetta savait que cela signifiait qu’elle devait quitter le bureau. Elle prit son tricot et se retira.
- N’oublie pas de revenir pour le ménage.

Dans le petit appartement, en rangeant son tricot, Rosetta se souvint de Jim le liftier.
Elle regarda le réveil placé derrière le canapé et vit qu’il avait commencé son service. Elle avait le temps d’aller lui parler avant de revenir nettoyer le bureau. Lorsque la porte de l’ascenseur de droite s’ouvrit, le liftier avait effectivement changé. Il était plus âgé et avait un air inquiétant. Grand et maigre, tout en longueur comme un câble d’ascenseur. Un visage anguleux, des lèvres minces étirées en une sorte de rictus, un teint grisâtre.
- Quel étage, Mrs Farrell ?
Rosetta s’inquiéta de l’entendre prononcer son nom : il le connaissait ! Pourtant, cela était normal, elle était l’épouse du directeur, mais elle n’avait jamais vu cet homme et il lui faisait peur.
- Je… Le douzième, répondit-elle machinalement.
Il fallait que le voyage soit assez long pour discuter, mais elle n’osa cependant pas demander le treizième. Le liftier tira la grilla d’un coup sec. L’ascenseur se mit en marche. La jeune femme prit son courage à deux mains.
- Êtes-vous Jim le liftier ?

Rosetta revint toute chamboulée dans le bureau de Johnny. A quatre pattes avec son
chiffon, elle ne cessait de penser aux révélations que Jim lui avait faites. Dans la nuit du 31 octobre 1929, une soirée avait été organisée pour Halloween dans la salle de bal du treizième étage. De nombreux invités prestigieux avaient été conviés, parmi lesquels plusieurs vedettes du septième art. La météo annonçait un terrible orage et les habitants de la Cité des Anges avaient reçu pour consigne de se calfeutrer chez eux. Les invités du Hollywood Hotel – que l’on appelait alors Hollywood Tower Hotel – étaient arrivés la veille, dès l’annonce des consignes, afin d’être sur place au moment où il ne faudrait plus sortir, pour ne pas manquer la soirée. C’était un hôtel, c’était bien commode, et le directeur de l’époque en avait été enchanté : toutes les chambres étaient prises, l’établissement était complet. Au moment où la soirée de Halloween battait son plein, le terrible orage éclata. La foudre tomba sur l’hôtel, arrachant un pend de la façade entre le onzième et le treizième étages, comme une cicatrice profonde laissée dans la chair de la façade. Cinq personnes étaient montées dans l’ascenseur de service, le seul qui existait à l’époque. Elles étaient allées au bar et voulaient absolument regagner le treizième étage pour rejoindre la salle de bal. L’accès de l’ascenseur des clients leur avait été refusé pour des raisons de sécurité. Les invités imprudents étaient entre le douzième et le treizième étages lorsque la foudre tomba. Ils passèrent… dans la quatrième dimension…
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Jeu 16 Nov - 20:54

Chapitre 9


Les jours passèrent. Depuis que Rosetta connaissait la raison de la fermeture de l’hôtel, en 1929, son regard se voilait souvent d’une tristesse qu’elle-même ne s’expliquait pas. Elle comprenait qu’elle puisse avoir de la peine pour les cinq personnes qui avaient péri dans la chute de l’ascenseur touché par la foudre, de la compassion pour leurs familles, mais d’où venait cette mélancolie, ce cœur serré ? Était-ce parce qu’elle les avait vues ? Oui, elle avait vu cinq personnes ce soir-là, dans le vieil ascenseur de service. Cinq personnes qui lui étaient apparues dans un couloir étrange dont le plafond était un ciel étoilé, avant de disparaître aussi vite qu’elles s’étaient matérialisées. Cinq fantômes. Jim le liftier prétendait qu’elles étaient passées dans la quatrième dimension. Mais autre chose serrait le cœur de Rosetta. Après avoir entendu le récit de Jim, elle était retournée dans le bureau de Johnny pour y faire le ménage. Elle n’avait pas pu résoudre une énigme : pourquoi son mari prétendait-il ne pas connaître les raisons de la fermeture de l’hôtel ? Pourquoi n’avait-il pas voulu lui dire qu’il y avait eu un accident dû à la foudre, que l’établissement avait été sinistré ? Rosetta se souvenait du terrible orage de 1929, elle avait 7 ans et la petite fille était terrorisée, mais aucun souvenir de l’accident ; son père n’avait pas les moyens d’avoir la radio, comment savoir s’il avait parlé d’une chose survenue à Beverly Hills avec ses voisins ? Mais Farrell avait dix ans de plus qu’elle et il avait fait rouvrir l’hôtel.

Johnny avait remarqué le regard triste de son épouse et n’en comprenait pas la raison. Ou bien croyait-il la comprendre que trop. Sans doute ces heures qu’il lui imposait à la salle de jeux, au cours desquelles il l’obligeait à fumer et où il versait quelques gouttes d’alcool dans son jus de pomme. Elle devait souffrir de tout cela, mais c’était plus fort que lui. Le soir venu, il ne pouvait s’empêcher d’être dur avec elle. Il avait changé, il était devenu ainsi avec cet hôtel. Non qu’il ait toujours été honnête, loin de là. Il avait déjà dirigé auparavant dans un casino illégal mais l’avait laissé, dans un mouvement patriotique, pour s’engager dans le Pacifique. A son retour, une fois remis de ses blessures, il avait voulu posséder un établissement plus rentable encore ce qui était chose faite aujourd’hui sous couverture d’hôtel respectable. Le Hollywood Hotel avait été son choix car il était sans propriétaire puisque fermé, et facile à obtenir pour un quartier et un bâtiment tel que celui-là. Johnny avait vite appris que personne n’en voulait et il savait pourquoi : l’orage de 1929. Une autre question s’était alors posée, une fois propriétaire et directeur tout puissant : comment attirer des clients si cet hôtel avait la réputation d’être maudit ? Mais, curieusement, cela avait été facile. L’hôtel était devenu un paysage habituel avec sa haute silhouette inquiétante et il attirait, au contraire, les riches clients. La nouvelle, par le bouche-à-oreille, de la présence d’une salle de jeux et de dames de compagnie, y était aussi pour beaucoup. Les chambres s’étaient vite remplies. Les employés même n’avaient pas été difficiles à trouver, à croire que ce n’était que pour le diriger que cela devenait effrayant.

Rosetta était donc triste. Johnny, croyant que cela venait de lui, ne lui en parlait pas, il voulait qu’elle le suive dans la salle de jeux, elle finirait par s’y faire. Il avait refusé de lui parler de l’orage de 1929 pour ne pas conforter la propagation d’histoires à dormir debout. La foudre, l’accident, c’était vrai, mais il trouvait ridicule ces rumeurs de quatrième dimension. Rosetta ne devait pas savoir pourquoi l’hôtel avait fermé, où elle finirait par entendre elle aussi ces rumeurs. Elle chercherait à en savoir plus, il le savait.
- Rosetta !
La jeune femme sursauta.
- Il est l’heure d’aller à la salle de jeux, tu le sais !
Sans rien dire, elle lui obéit.

La salle de bal fut terminée un jour avant la date annoncée par les ouvriers. C’était une véritable prouesse, un exemple de bon travail. Au matin du 30 octobre, tout était prêt pour la soirée du lendemain. Les premiers invités étaient déjà dans les murs de l’hôtel, d’autres arriveraient encore et logeraient sur place tandis que d’autres enfin ne viendraient que le soir même. Cependant, ces derniers révisèrent leur jugement et commencèrent eux aussi à arriver dans le courant du 30 et du 31 : ils avaient entendu dire à la radio qu’un orage se préparait pour la soirée de Halloween. Rosetta était devenue livide en entendant elle aussi l’annonce météo. Ce devait être un orage d’une rare violence, la population devait rester chez elle et n’en sortir sous aucun prétexte. Le gouverneur de Californie lui-même fit un discours, en exhortant à l’état d’alerte les forces de sécurité et en priant le Ciel de garder sur les habitants de la Cité des Anges.
- Johnny… L’orage…
Johnny était de dos, en train d’attacher sa cravate.
- Oui, j’ai entendu. C’est pour cela que nos invités arrivent maintenant, ainsi ils seront déjà sur place.
- Mais, Johnny… Cela se répète. C’est comme en 1929…

A ces mots, Farrell se retourna. Comment savait-elle ? Elle avait demandé à quelqu’un !
- Tu connais cette histoire ? Tu sais ce qui est arrivé à l’hôtel ? Tu étais enfant, à l’époque, et tu ne connaissais pas Berverly Hills !
Rosetta baissa la tête, sentant qu’elle avait été trop curieuse et que cette fois ce n’était pas quelque chose que son mari attendait.
- Oui, Johnny. J’ai demandé à Jim le liftier. J’ai entendu le réceptionniste dire qu’il travaillait ici à l’époque.
- Qu’a-t-il dit ?
- Il m’a parlée de la foudre, des câbles de l’ascenseur de service qui ont lâché. Des… fantômes, de la quatrième dimension…
- Et tu crois à ces sornettes ? Tu crois que parce que c’est arrivé il y a treize ans un soir de Halloween ça va recommencer ?
- Oui… Parce que j’ai pris cet ascenseur de service, Johnny. Le soir où j’ai découvert le casino. Sans le savoir, par erreur. J’ai vu des fantômes, Johnny.
- Cette histoire est ridicule, Rosetta, ridicule !
- Mais… Puisque les câbles ont lâché, comment ai-je fait pour prendre cet ascenseur si l’explication n’est pas qu’il est maudit ?
- On l’aura réparé avant la fermeture, voilà tout ! Tu sais pourquoi il y a 13 étages dans cet hôtel, et pas un étage 12 bis comme dans les autres ?
- Non, Johnny…
- Parce qu’il n’y a pas de superstitieux, au Hollywood Hotel, ex Hollywood Tower Hotel, à part le vieux Jim ! Regarde, nous avons des clients sans avoir été obligé d’enlever les sigles « H.T.H. », « Hollywood Tower Hotel », des portes d’ascenseurs et des boiseries, ni le mot « Tower » sur la façade principale. Maintenant, tais-toi, femme, et va te pavaner entre les tables de roulette comme je te l’ordonne !
Rosetta était muette de peur : Johnny hurlait ! Elle crut qu’il allait la frapper comme la fois où il l’avait giflée.

Le 31 octobre était la journée tant attendue. Rosetta la redoutait plus que tout, elle sentait un malaise au fond de son cœur. Quelque chose de terrible allait arriver, elle le sentait. Elle n’en parla pourtant pas une seule fois, gardant pour elle larmes et angoisses pour ne pas remettre Johnny en colère. Elle priait pour que rien n’arrive, Dieu était son seul recours.
- Rosetta ! Il faut mettre la robe que je t’ai fait faire tout exprès !
- Oui, Johnny…
Elle était magnifique, blanche comme les ailes d’un ange, blanche comme la robe de mariée que Rosetta n’avait pas eu, Johnny l’ayant emmenée au bureau des mariages dans une robe de couleur. Elle était belle, mais Rosetta avait peur de la voir se tacher de sang. Elle chassa cependant vite cette impression et s’empressa d’obéir. Johnny attendait. La soirée commença par l’inauguration de la salle de bal du douzième étage. Rosetta fut époustouflée par la beauté des lieux. Les invités, costumés pour la circonstance en personnages de Halloween, formaient une joyeuse farandole sous les lustres de cristal. A la salle de jeux, une autre soirée était donnée. Les mises et les gains étaient là, les joueurs flambaient leur argent et la piste de danse attenante était occupée par un grand nombre de personnes. L’orchestre jouait du jazz, comme en 1929. Les dames de compagnie, vêtues plus court que jamais, s’occupaient d’amuser les clients les plus exigeants et leur servaient à boire chaque fois qu’ils le demandaient.

Rosetta croyait qu’elle pourrait rester dans la salle de bal, mais Johnny l’obligea très vite à le suivre à la salle de jeux. Il avait changé d’avis, avec l’arrivée de la nuit. Très vite, la jeune femme fut importunée par un client qu’elle n’avait encore jamais vu là et qu’elle ne connaissait pas. Il s’agissait pourtant d’une célébrité, le patron tout-puissant de la Columbia, Harry Cohn. Attablé avec deux dames de compagnie, déguisé en loup-garou, l’homme d’affaire lorgnait la jeune femme de son œil lubrique.
- Viens par ici, toi !
Mortifiée, Rosetta obéit. C’était la première fois qu’on l’interpellait de la sorte. Johnny s’était toujours arrangé pour qu’on ne l’ennuie pas et son homme de main, Mr Langford, s’en occupait lorsque le patron s’absentait un instant. Ce soir, Mr Langford n’était pas en vue, et Johnny regardait ailleurs.
- Moi, monsieur ?
- Oui, toi ! Je pourrais faire de toi une actrice, tu sais ? Montre si tes dents sont saines et si tes cuisses sont fermes !
« Johnny, aide-moi ! »
Farrell regardait dans leur direction, à présent, mais il ne bougeait pas, se contentant de tirer sur sa cigarette. Les larmes aux yeux, Rosetta s’éloigna de Harry Cohn qui éclatait de rire avec ses dames de compagnie et ne cherchait pas à la rattraper.

Rosetta voulait retourner au douzième, mais Johnny l’en empêcha comme elle tentait de quitter la salle de jeux.
- Où crois-tu aller comme ça ? demanda-t-il.
- A la salle de bal, Johnny, avec nos invités. Ceux auxquels tu voulais montrer à quel point tu m’aimes.
- J’ai besoin de toi ici. Les joueurs aiment te voir quand ils font leurs mises.
- Mais tout à l’heure, un homme m’a importunée.
- Tu t’en es sortie, tu vois ? Allons, suis-moi au bar. Tu as besoin de quelque chose d’un peu fort, ce soir.
Rosetta le suivit docilement et avala le verre qu’il lui tendit. Une grimace d’écoeurement étira ses lèvres. C’était fort, c’était piquant. Elle sentit très vite qu’elle perdait ses moyens, que la salle de jeux vacillait un peu autour d’elle. Elle alla d’une roulette à l’autre telle une automate, tandis qu’au dehors les premiers éclairs déchiraient le ciel. Une pluie battante, un vent d’une rare violence battaient les vitres de toute la tour. La foudre était près de tomber…
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Jeu 16 Nov - 23:38

Mais qu'il ménerve ce Johnny !!! Mr. Green Mais attention l'orage arrive il ma tarde de savoir ce qui va se passer !
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Ven 17 Nov - 20:35

casper a écrit:
Mais qu'il ménerve ce Johnny !!! Mr. Green

Kiiiiiii, c'est mon chériiii !!! Sad (il vient du personnage principal du film "Gilda")


Chapitre 10


L’alcool faisait effet sur Rosetta. Elle ne le supportait pas et, avant d’épouser Johnny, jamais une goutte n’avait effleuré ses lèvres. Ce n’était pas parce qu’elle était irlandaise et avait grandi dans un quartier irlandais qu’elle le tenait. Jusque là, Johnny s’était contenté de quelques gouttes dans son jus de pomme, jamais encore il ne l’avait conduite au bar. Jamais, jusqu’à présent. « Bois, ça te fera du bien ! » dit-il. C’était un ordre, Rosetta n’avait pas eu le choix. Elle avait porté à ses lèvres le verre que Johnny lui tendait et avait hoqueté sous la brûlure de l’alcool. Elle ne savait même pas ce que c’était, seulement qu’elle trouvait cela fort et désagréable. Rapidement, les effets se firent sentir. Après avoir fait le tour des tables de jeux, d’une démarche de plus en plus hésitante, Rosetta se mit à chercher Johnny du regard. Où était-il ? Elle ne le voyait pas. Il était là, pourtant. Il fumait, comme à son habitude. Sans très bien savoir ce qu’elle faisait, elle agita ses bras en tout sens pour attirer l’attention de tous à défaut de celle de son mari, sans savoir qu’il ne perdait pas une miette, stupéfait, de son manège. Il n’eut cependant pas le temps d’intervenir tant tout ce passa vite, l’effet de surprise jouant aussi.
- Écoutez !
Les regards se tournèrent vers Rosetta. Les clients, tout comme Johnny, étaient stupéfaits. Elle se mit alors à crier :
- Je suis folle d’amour pour mon souteneur !
Il ne s’était écoulé que quelques secondes.

Des murmures envahirent la salle de jeux devant Mrs Farrell, la femme du patron, se donnant en spectacle, prétendant que Johnny se conduisait en proxénète avec elle. Remis d’une stupeur bien légitime devant l’incongruité du comportement de Rosetta et la vitesse à laquelle elle avait rassemblé les gens et crié ces mots, Johnny se précipita vers elle pour la récupérer, la sortir de la salle de jeux avant qu’elle ne fasse d’autres dégâts. Il fut sur elle avant qu’elle n’ait eu le temps de le voir approcher. Il l’empoigna brutalement et la traîna derrière lui sans ménagement pour lui faire quitter les lieux aussitôt. Il ne s’arrêta qu’à l’autre bout du couloir du treizième étage, près des ascenseurs de service. Loin de lâcher le poignet qu’il avait saisit et serrait fortement, sans se soucier de lui faire mal, il la coinça contre le mur et, de sa main restée libre, lui administra une violente gifle.
- C’est ça que tu veux ? demanda-t-il d’une voix blanche. Tu veux que je te traite comme tu viens de le dire ?
Rosetta reprit ses esprits sous la force du coup qu’elle venait de recevoir. Elle porta une main à sa joue douloureuse et, tandis qu’il lui lâchait le poignet, elle s’affaissa doucement le long du mur, tête baissée. L’alcool ne faisait plus effet soudain et elle avait le souvenir de ce qu’elle avait dit.

Mortifiée, Rosetta n’osait pas lever les yeux sur son époux. Elle avait dit des mots, des choses qu’elle ne pensait pas. D’où lui étaient venus ces mots ? Elle avait traité Johnny de souteneur ! Que dire, à présent ? Qu’allait-il faire ? Il venait de lui demander si c’était ce qu’elle voulait, elle n’avait pas répondu. Johnny, de son côté, était fou de rage et pourtant il se contenant. Son épouse venait de déclencher un scandale, mais il devait se modérer ou il la rouerait de coups ce qu’il ne voulait pas. Il l’aimait. Que faire, alors, que faire ? Avait-elle conscience de ce qu’elle avait dit ? Il ne savait que trop bien qu’elle était sous l’emprise de l’alcool et que c’était lui-même qui l’avait forcée à prendre quelque chose d’un peu fort. Il ne pouvait nier sa responsabilité. Il se détourna soudain de Rosetta et se dirigea à grand pas vers l’ascenseur de service. Regagner son bureau, la laisser là pour le moment, être seul pour réfléchir calmement à ce qui venait de se produire.

Dans sa hâte, Johnny ne vit pas qu’il ouvrait la porte du vieil ascenseur, resté au treizième étage depuis la mésaventure de Rosetta. La jeune femme s’en aperçut avant lui. Sentant qu’il n’était plus contre elle, elle avait levé les yeux et regardé où allait-il. Elle s’avança, effrayée, tandis qu’au dehors le tonnerre grondait de plus belle et que des orages de plus en plus menaçants zébraient et déchiraient le ciel violet de part en part.
- Non, Johnny, c’est le vieil ascenseur de service ! Pas celui-là !
Il était à l’intérieur, il ne l’écoutait pas. Il porta sur elle un regard tout à la fois lourd de menaces et très triste. Il tira la grille. L’ascenseur se referma. Rosetta se mit alors à crier, poussée par le désespoir, espérant qu’il l’entende maintenant comme s’il ne pouvait l’entendre plus tard :
- J’ai menti, Johnny ! Mais pas sur un point : je t’aime du plus profond de mon coeur ! Je suis folle d’amour pour toi !
A cet instant, à peine l’ascenseur avait-il amorcé sa descente, la foudre tomba sur l’ascenseur. Rosetta entendit les câbles se dérouler et, après quelques secondes, la cabine s’écraser treize étages plus bas. Elle s’effondra dans un hurlement de détresse…

***

La jeune femme revenait pour la première fois dans ce quartier depuis que l’accident était arrivé, six mois auparavant. Elle n’avait pas pu jusqu’à présent, il était bien trop difficile de revoir cet hôtel où son destin s’était scellé de manière si irrémédiable. Elle y avait trouvé un époux et elle l’y avait perdu. Elle s’était jurée de ne jamais revenir, de ne jamais plus approcher du Hollywood « Tower » Hotel. Pourtant, ses pas l’y avaient conduit cette après-midi là, une pluvieuse et triste après-midi d’avril, mois pourtant habituellement agréable dans la Cité des Anges. Il fallait qu’elle revoit cet endroit avant de… avant de donner naissance à son enfant. Rosetta porta la main à son ventre rond en souriant tristement. Un enfant, ce qui lui restait de « Mr Farrell », Johnny qu’elle aimait appeler ainsi par nostalgie des premiers moments passés auprès de lui quand il était le directeur et elle la petite femme de ménage irlandaise.

Comme en 1929, la foudre avait touché l’ascenseur. Rosetta voulait fuir cet hôtel. Elle revint dans son quartier irlandais. Elle trouva un fleuriste qui voulut bien d’elle. Elle pleurait Johnny. Il était dans l’ascenseur, il était mort. Elle disait que tout était de sa faute. Il était en colère contre elle, il avait pris cet ascenseur. Elle l’avait insulté. Il était mort, et leurs derniers instants ensemble n’étaient pas de bons souvenirs.

Rosetta regardait la marque profonde laissée dans la paroi de la façade par la foudre, tel un stigmate, une cicatrice. Une marque qui se superposait à une autre plus ancienne, celle de 1929 que les travaux de restauration avaient camouflée en partie. Une large brûlure sur la pierre rose. L’hôtel était fermé. Peut-être ne serait-il, cette fois, jamais rouvert. Ce serait certainement mieux ainsi. Peut-être serait-il rasé. La foudre n’avait pas fait cinq victimes mais une seule, mais cela suffisait pour que personne ne veuille de troisième fois. Rosetta tourna les talons, il ne servait à rien de rester là. Elle devait rentrer chez elle. Elle se revit, au cours de ces derniers mois, arpenter les rues comme elle l’avait fait après la mort de son père. Elle n’était pas seule, cette fois, elle était enceinte. « Nous avons toujours été très pauvres », comme elle le disait l’été précédent, « mais nous serons heureux, mon petit, mon cher petit. Je t’aime de tout mon cœur et je ferai tout pour être la meilleure des mamans. Nous serons heureux tous les deux. » La jeune femme n’avait pas trouvé étrange que personne ne la convoque pour l’ouverture du testament de Johnny. Elle n’y pensait pas.

« Rosetta… » A quelques pas, sous la pluie, la silhouette d’un homme se détachait de l’ombre d’un réverbère. Il s’avançait vers elle. Le cœur battant, Rosetta crut voir un souvenir du passé. Son père ? Non…
- Rosetta ?!

Il l’appelait ! Le corps, le corps retrouvé dans les décombres de l’ascenseur, c’était celui de Jim le liftier. Rosetta ne le savait pas. Ce n’était pas Johnny. Une fois la porte de l’ascenseur refermée, il avait appuyé sur le bouton du douzième étage. Il avait quitté la cabine et Jim y était entré comme s’il sentait que l’orage de 1929 allait le rattraper. Johnny avait entendu ce que Rosetta lui avait dit, elle lui avait crié son amour. Il voulait descendre et 12 et remonter à pied jusqu’à elle - bien trop impatient pour vouloir encore une fois ouvrir et fermer la grille et la porte - au lieu de regagner son bureau, mais il y avait eu l’accident. Les secours avaient découvert la salle de jeux clandestine, Johnny avait passé cinq mois en prison sans que Rosetta n’en sache rien, mais il était vivant, il n’y avait donc pas eu de testament. Johnny était rongé par les remords à l’idée de l’avoir abandonnée, à l’idée qu’elle le croit mort dans la confusion qu’avait été l’hôtel après l’accident. Il ne l’avait pas fait prévenir. Il l’avait laissée croire qu’il était mort. Cela faisait maintenant deux semaines qu’il la suivait de loin comme Langford avant, tout aussi discrètement. Il avait appris ainsi qu’elle était enceinte.
- Johnny…
C’était lui, c’était bien lui… Il la prit dans ses bras, elle se blottit contre lui.
- Jamais plus que je ne vous abandonnerai… Je ne vous laisserai plus jamais tous seuls, mon enfant et toi…

FIN.
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casper
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Ven 17 Nov - 20:58

Vraiment une superbe histoire qui en plus fini bien ! Enfin sauf pour le pauvre Jim . Concernant Johnny la seul chose qui me déplait ce sont les giffles qu'il donne à Rosetta et ce qu'il l'oblige à faire, mais autrement on rescent bien au travers de tes descriptions son charme ténébreux. On voit bien qu'il n'est pas quelqu'un de mauvais.Voila que dire de plus à part te féliciter encore ! Bravo et merci !!! thumright cheers
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Dim 19 Nov - 22:46

Merci à toi, Casper ! Embarassed
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Sintes
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Mer 22 Nov - 15:34

C'est super bien Rosetta ! (Comme toujours thumright )Ca joue plus sur le tragique que sur le fantastique en plus.
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Ven 24 Nov - 2:07

Merci, Sintes ! cheers Je suis très contente que cette histoire vous ait plus ! cheers
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Princesse du Phantommanor
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Ven 24 Nov - 22:12

Je viens de lire ta fic, franchement j'ai adoré !!! Smile
bravo Very Happy
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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Ven 24 Nov - 23:50

princesse du phantommanor a écrit:
Je viens de lire ta fic, franchement j'ai adoré !!! Smile
bravo Very Happy

Merci beaucoup !!!! cheers
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MessageSujet: Re: "The Hollywood Hotel Mysteries" [Tower of Terror]   Aujourd'hui à 12:36

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